I. SUR LE POUVOIR ROYAL
1 ne faut pas demander à Joinville, qui n'est pas un légiste, une définition du pouvoir royal de saint Louis; mais son livre peut nous apprendre de quelle manière ce pouvoir s'est exercé Idans des circonstances nombreuses et diverses : de ces renseignements pratiques découlent des conséquences dont l'exactitude ne saurait guère être contestée.
Autant l'autorité royale était incomplète et limitée dans ses relations avec les grands vassaux, qui avaient chacun, dans leur domaine propre, une souveraineté indépendante à beaucoup d'égards de celle du suzerain, autant elle était entière et en quelque sorte absolue quand elle s'appliquait dans le domaine royal aux hommes de condition diverse qui ne reconnaissaient pas d'autres seigneurs que le roi. Un tel pouvoir, aux mains d'un mauvais prince eût été un fléau ; ce fut au contraire une source de bénédictions aux mains d'un prince chrétien , qui l'exerçait pour le bien du peuple et sous le regard de Dieu.
Que saint Louis eût une haute idée de la royauté, clef de voûte du système féodal, lequel reposait au treizième siècle sur la base de l'hérédité ; qu'il la considérât comme un sacerdoce , auquel le sacre devait assurer un respect religieux, cela ne saurait être révoqué en doute. Mais ce qui dominait en lui, c'était la pensée des devoirs que Dieu lui imposait : s'il eût manqué à les accomplir, il serait devenu, à ses yeux, indigne de régner. Atteint d'une grave maladie à Fontainebleau , il disait à Louis son fils aîné : « J'aimerais mieux qu'un Écossais vint d'Ecosse et gouvernât le « peuple du royaume bien et loyalement, que si tu le gouvernais mal au ce vu de tous (§ 21). )> Il trouvait bon qu'un Cordelier enseignant dans un sermon que l'injustice entraîne la chute des rois , le prît à partie pour lui recommander de se concilier par son équité l'amour du peuple sous peine de perdre la couronne [^ 65g). Plus il se croyait indépendant des hommes par l'origine de son pouvoir, plus il se sentait responsable devant Dieu.