Obole tournois d'alliage
Cours, un demi-denier tournois.
Valeur moyenne, 4 c. Z^^.
Valeur intrinsèque de la pièce, 3 c. y.
au parlement de la Pentecôte 1282 {Olim> tome II, p. 197), le besant d'or est évalué à huit sous tournois seulement; et dans un compte de la Toussaint 1 285 (Hist. de Fr., t. XXII, p. 641 ), il est estimé sept sous parisis, ou huit sous trois deniers tournois. On s'éloignerait beaucoup trop
de ces données si on supposait que Joinville a parlé de livres parisis. En tenant compte de la réduction de cent mille livrés, consentie par le soudan (§ 343), la rançon coûta quatre cent mille livres tournois ou huit millions cent cinq mille cinq cent vingt-huit francs de notre monnaie. Je rappelle qu'il s'agit ici de la valeur intrinsèque, qui est celle d'un poids déterminé d'or et d'argent , dont le cours ancien est expliqué par le cours que le même poids aurait aujourd'hui en francs et en centimes. Mais il ne s'agit nullement de la valeur relative des métaux précieux sous le régne de saint Louis, c'est-à-dire de la quantité plus ou moins grande de marchandises qu'on pouvait acheter moyennant un poids déterminé d'or et d'argent , comparée à la quantité nécessairement moindre qu'on obtiendrait aujourd'hui moyennant ce même poids.
le n'aurais certainement pas entrepris de parler des armes défensives et offensives ni du vêtement, si je n'avais eu pour me diriger, d'une parties excellentes définitions de M. Quicherat, professeur d'archéologie à notre École des Chartes, dont il est en même temps le digne directeur, de l'autre des dessins exécutés avec une grande fidélité par M. Demay d'après les sceaux originaux du treizième siècle. C'est une bonne fortune pour moi que de pouvoir mettre sous les yeux du lecteur des renseignements qui sont tout à fait dignes de sa confiance. J'avertis d'avance que je placerai toujours entre guillemets les définitions de M. Quicherat, afin de les distinguer de mes propres observations.
Avant d'examiner en détail les armes défensives , il ne sera pas inutile de se faire une idée de l'aspect présenté par un chevalier qui en était revêtu. En voici un premier exemple fourni par le sceau de Jean Poilevilain, en 1257 (figure i ,page 477). Un chevalier en costume deguerre saisit un vilain et \epoile, c'est-à-dire lui arrache les cheveux; car poiler signifiait d^er le poil. Ce rébus était bien dans le goût du treizième siècle, mais l'action en elle-même ne convient guère au règne de saint Louis, qui était trop sévère justicier pour permettre qu'un seigneur se vantât de poiler un vilain.
Un autre exemple d'armure défensive s'est conservé dans le sceau de Gautier de Nemours, en 1265 (figure 2). C'est le personnage qui jouait
aux dés avec le comte d'Anjou pendant la traversée d'Egypte en Syrie (§ 4o5), et qui eut la présence d'esprit de faire glisser tous les deniers de l'enjeu dans son giron, avant que le roi eût pris le damier pour le jeter à la mer. Ce dernier sceau montre bien quel était l'aspect d'un chevalier sur le champ de bataille.
La pièce la plus importante de l'armure défensive d'un chevalier était le haubert. M. Quicherat le définit « une cotte de mailles à laquelle s'a- « justait une coiffe également de mailles, qui couvrait le cou et la tête, a ne laissant que le visage découvert ». Le sceau d'un des jurés de la commune de Fîmes en Champagne (figure 3 ) laisse apercevoir clairement comment la coiffe du haubert enveloppait le cou et une portion de la tête. Sur les deux premiers sceaux on le voit couvrant le cou et les bras, et s'arrêtant un peu au-dessus du genou. Certains hauberts servaient pour les tournois ( § 3 1 6 ) ; mais on ne sait pas en quoi ils différaient des autres. On peut conjecturer qu'ils étaient plus légers. Aux chevaliers seuls appartenait le droit de porter le haubert (§ io3).
Il y avait une autre pièce qui ne rendait pas de moins grands services ; c'était le gamboison, a tunique ajustée ou long gilet à manches, remcc bourré et piqué, que les chevaliers portaient sous le haubert. Il cons- « tituait la seule armure de corps pour la plupart des combattants de « condition inférieure «. Le prêtre de Joinville se croit assez protégé par son gamboison quand il marche seul contre huit Sarrasins (§ 258), et Joinville lui-même s'en contente dans un moment d'alerte (§ 256). C'est en se servant d'un gamboison en guise d'écu qu'il put se garantir en partie contre les traits dont son cheval fut couvert le jour de la bataille de Mansourah (§ 241). Le gamboison préservait donc de certaines blessures, et en outre il atténuait l'effet des contusions dont le corps avait à souffrir alors même qu'il n'était pas entamé par le fer.
« La cotte d'armes, blouse sans manches et fendue par le bas, se met- « tait par-dessus le haubert ; elle était le plus souvent armoriée. » Telle est celle qui paraît sur le sceau de Philippe, fils aîné de saint Louis en 1 267 (figure 4). Joinville admettait que l'on portât des cottes en bon taffetas garni d'armoiries; mais il condamnait l'usage des cottes brodées, et il affirme que personne n'en avait à la croisade (§ 25). Ce n'était donc pas une cotte d'armes brodée que celle du comte d'Artois qui fut montrée aux Sarrasins comme si elle eût été celle du roi (§ 261 ); mais ce devait être une cote armoriée, qui fût de nature à autoriser une telle supposition. Le sceau de Pierre, comte d'Alençon, cinquième fils de saint Louis (figure 5),
porte une cotte non armoriée', comme celle de Jean Poilevilain et de Gautier de Nemours. Les cottes étaient dépourvues de manches pour ne pas gêner les mouvements du bras, et assez fendues pour flotter librement sur les côtés. Le roi Richard pouvait donc prendre un pan de sa cotte et la porter devant ses yeux, pour éviter de voir Jérusalem alors qu'il ne lui était pas permis de la délivrer (§ 556). Gautier de Châtillon pouvait ôter facilement sa cotte, pour en retirer les traits dont il avait été couvert en défendant à lui seul la rue du village où le roi devait être fait prisonnier (§ 391).
J'arrive à l'armure principale de la tête, qui était le heaume ou « casque (c chevaleresque de forme cylindrique. Posé comme on aurait fait d'un « pot par-dessus la coiffe du haubert, il emprisonnait la tête tout ence tière. Il était garni sur le devant de deux bandes de métal assemblées « en croix; et dans les cantons de cette croix étaient percées des ouver- <c tures pour les yeux et des trous pour la respiration. » Tous ces détails se vérifient sans peine sur un premier type qui est vu de trois quarts (figure 6). Un second modèle, vu de profil, est fourni par un sceau de Fan 1226 (figure 7). Mais un modèle d'une forme plus ancienne s'est conservé, suivant une remarque ajoutée par M. Demay à son dessin, sur le sceau de Robert, comte d'Artois, frère de saint Louis, en 1237 (fig. 8). Ce heaume ne descendait pas aussi bas sur la nuque : il en résulte que, vu de profil , il offre une ligne qui se heurte à la courbe dont la mâchoire est enveloppée. Rien de plus différent à cet égard que le heaume de Charles, comte d'Anjou, en i253 (figure 9). Quant à celui de Philippe, fils aîné de Louis en 1267 (figure 10), il se distingue par une altération sensible de la forme cylindre à fond plat : la calotte se rétrécit et tend à devenir ovoïde.
Bien différent du heaume, le chapeau de fer était « un casque léger, « consistant en une calotte garnie d'un bord rabattu, sans jugulaires ». On a déjà vu plus haut (sous le n" 3) un modèle de chapeau de fer sur le sceau d'un juré de la commune de Fîmes. Un autre exemple est fourni en 12 56 par le sceau de Jean Payebien, seigneur du pays d'Artois (figure II). M. Demay croit voir sur l'un et l'autre sceau une indication certaine de jugulaires. On peut demander pourtant si cette bande étroite, qui se dessine sur la joue le long du haubert, s'engage assez sous le menton pour maintenir le chapeau. On devrait, en tout cas, voir là deux
1 11 est remarquable cependant que les armoiries du comte ornent la housse du cheval et le trousseqiiin de la selle.
exceptions qui laisseraient subsister la règle générale posée par M. Quicherat.
Le soir de la bataille de Mansourah, saint Louis quitta son heaume et prit le chapeau de fer de Joinville pour avoir le vent. Ce devait être , en effet, suivant l'observation de M. Quicherat,un vrai supplice que de porter un heaume sous le soleil d'Afrique. Il semblerait que Joinville avait voulu ce jour-là échapper à ce supplice , puisqu'il put prêter au roi son chapeau de fer. On voit d'ailleurs que le prêtre de Joinville avait un simple chapeau de fer quand il attaqua les huit Sarrasins, et que Jean le Grand, chevalier génois, avait la même coiffure quand se préparant à jouter contre un Sarrasin , il laissa cet ennemi isolé et courut sur huit Turcs qui s'étaient arrêtés pour jouir du spectacle de la joute (§ 548 et 549). Ne doit-on pas croire que le heaume était quelquefois mis de côté pour le chapeau de fer, quand on voit que dans une seule journée, parmi les chevaliers de Champagne , quiétaient peu nombreux, il y en eut un qui fut blessé de trois coups de lance au visage, et un autre qui eut le nez tranché d'un coup d'épée(§ 225)? C'est peut-être à défaut de heaume qu'au même combat, Pierre, comte de Bretagne, fut aussi atteint au visage (§ 237), et que dans l'espace de peu de jours le maître du Temple, Guillaume de Sonnac, après avoir perdu un œil à la bataille du mardi gras, perdit le second à celle du premier vendredi de carême. Je n'insisterai pas sur cette conjecture ; car on peut trouver d'autres explications aux faits que je viens de signaler. Je n'invoquerai pas non plus le dessin de la prise de Damiette, où l'on voit bien des combattants qui ont la figure découverte. Cette composition , tirée du manuscrit A, peut reproduire dans son ensemble celle qui ornait le manuscrit original; mais les détails en ont été rajeunis. Le jugement qu'en a porté M. Quicherat confirme l'opinion de ceux qui se refusent à considérer le manuscrit A comme contemporain de Joinville. « La miniature de la prise de Da- « miette représente le roi coiffé d'un heaume qui n'a plus tout à fait « la forme de celui du treizième siècle. La cotte d'armes déceinte, les « genouillères et grevières qui recouvrent les chausses de mailles, les « bassinets que les autres combattants portent en guise de heaume, sont « des choses qui ne se rapportent pas non plus au temps de Joinville. »
Un élément important de l'armure défensive était l'écu ou « bouclier « chevaleresque, de la forme d'un triangle isocèle avec deux côtés courbes, ce II était en bois recouvert d'un fort cuir sur lequel étaient peintes les « armoiries du chevalier. Une bride que l'on passait autour du cou était
JOINVILLE. — 5y
« lixée à la partie supérieure. » En voici un type fourni par le sceau d'Eudes de Bourgogne, comte de Nevers, en 1259 (figure 12); on en trouvera d'autres dans quelques-uns des sceaux dont il a été question plus haut : il en est dans le nombre dont la convexité est fortement accentuée (voy. les figures 6 et 8). Tout en restant suspendu au cou , l'écu était porté et manœuvré par le bras gauche quand il fallait parer ou amortir un coup. Dès le commencement de la bataille de Mansourah, Joinville perdit son écu, qui fut enlevé de son cou , dans un moment où il ne le tenait pas (§ 224). Quand saint Louis saute à la mer pour rejoindre ses gens qui ont déjà pris possession du rivage , il a l'écu au cou ; mais au moment où il se prépare à courir sus aux Sarrasins, au lieu de le laisser pendre librement au cou, il le tient devant lui (§ 162). Assez solide pour résister à des chocs violents, l'écu était cependant assez léger pour surnager à la surface de l'eau (§ 235).
Joinville fait en outre mention de deux autres sortes de boucliers : delà roelle, « petit bouclier rond des gens de trait, qu'ils portaient attaché à « la ceinture; » et de la targe, « bouclier de forme arbitraire, à l'usage « des combattants de condition inférieure ». Un sergent du roi, à qui des vilains à pied jetaient le feu grégeois , échappa au danger d'être brûlé vif en recevant sur sa roelle le pot de feu grégeois (§ 240). Des Sarrasins à pied, mis en déroute par les gens du comte de Flandre, abandonnèrent en fuyant plusieurs de leurs targes (§ 273). Il est question à deux reprises de l'etfet produit par les pennons armoriés du comte de Jaffa qui flottaient attachés aux targes de ses gens, sur sa galère, quand il aborda en Egypte (§ i58), ou qui se voyaient avec une targe à chacun des cinq cents créneaux de son château en l'honneur du roi dont la visite était attendue (§ 5 16). M. Quicherat pense que ces targes devaient être hxées à des perches au bout desquelles flottait un pennon.
Les gants que le valet Guillemin allait voler, quand un des chevaliers de Bourgogne en avait besoin (§ 417), n'étaient pas un simple objet d'habillement : il faut entendre par là « une armure des mains, qui s'ajus- ■< tait aux manches du haubert; ils étaient de peau de daim ou de cerf, « et recouverts de mailles de fer », Guillemin se chargeait aussi de voler les éperons : on les attachait par-dessus les chausses de mailles servant à la défense des jambes et des pieds. Le sceau d'Amauri de Craon en 1223 (tigure 12) offre un modèle d'éperon à traverse d'une grande longueur, qui aurait pu blesser profondément le cheval si la pointe n'en avait pas été émoussée. A ce type a succédé l'éperon à trois branches
en fleuron, reproduit ici d'après un sceau de Gui III, comte de Saint- Paul, en 1270 (figure 14). Ce qui a fini par dominer, c'est l'éperon à grande molette ou molette rayonnante, dont un exemple très-ancien est fourni dès l'an 121 1 par un sceau de Jean de Boury (figure i5).
J'ai épuisé la nomenclature des armes défensives nommées par Joinville, et le lecteur, qui en connaît maintenant la définition et la figure, pourra mieux se représenter un chevalier qui avec l'aide de ses gens s'était fait armer de tous points. C'est ainsi que Joinville peint l'audacieux Gautier d'Autrèche, qui, monté sur son cheval, l'écu au cou , le heaume en tête , fit lever les pans de son pavillon , et piqua des éperons pour aller aux Turcs (§ 174).
l'arme offensive par excellence, c'était l'épée. « Elle était droite, « à deux tranchants, la pointe arrondie , de sorte qu'elle ne « pouvait frapper que de taille. « Si l'on se reporte à quelques-uns des sceaux qui ont été cités plus haut (n"* 2 , 4, 5 et 8), il sera facile de voir, à la manière dont les chevaliers tiennent l'épée, que ce n'est pas un coup de pointe qu'ils se préparent à donner : ce qu'ils veulent c'est de rabattre leur pesante lame sur le heaume pour le défoncer, ou sur le haubert pour en rompre les mailles. L'épée de Jean P'', comte de Bretagne, en i238 (figure 16), devait être d'autant plus lourde qu'on n'en avait pas creusé la lame par une gorge ou cannelure : ce qu'on y aperçoit est une simple trace de damasquinure. Au contraire , l'épée d'Alfonse, comte de Poitiers, en 1254 (figure 17), a été évidée dans toute sa longueur; mais elle est restée assez massive pour asséner encore des coups redoutables. Celle de Charles , comte d'Anjou , en 1253 (figure 17), en diffère surtout par les fleurons qui ornent le pommeau et les qiiillons (ce qu'on appelle aujourd'hui la garde). A ces types principaux on peut comparer ceux qui ont été reproduits d'après les sceaux de Mathieu de Beauvoir, en 1260; de Gautier de Nemours, en 1265; de Philippe, fils aîné de saint Louis, en 1267; de Robert, comte de Dreux, en 1268 (figures 19, 20, 21 et 22).
A la bataille de Mansourah, saint Louis portait une épée d'Allemagne (§ 228), avec laquelle il frappa à grands coups sur six Turcs qui avaient saisi le frein deson cheval (§ 236). C'est l'épée au poing qu'il s'é-
lança au secours de Charles d'Anjou , son frère, dont les Turcs avaient envahi le camp (§267); c'est aussi l'épée au poing que Gaucher de Châtillon luttait seul pour préserver la personne du roi (§ 3g\). Ces lourdes épées avaient le tranchant bien affilé : on voit qu'elles pouvaient couper un poing (§ 5 10), fendre une main jusqu'au bras (§340), et trancher la tête (§338 et 354). Cependant un turban, aussi bien et mieux peut-être qu'un heaume, pouvait garantir contre un grand coup d'épée (§ 549). Un chevalier qui renonçait à se défendre rendait son épée (§ 3i i), mais il n'était pas sûr pour cela d'avoir la vie sauve (§ 334).
Outre l'épée qui se portait à la ceinture, on voit, par le témoignage même de Joinville, qu'il y avait aussi une « épée de rechange, qui était a attachée à la selle du cheval (§221) ».
Le couteau était une « dague que les chevaliers portaient suspendue « à leur ceinture sur le flanc droit , » c'est-à-dire du côté opposé à l'épée. C'était un des objets que le valet Guillemin, dans l'intérêt de ses maîtres, se chargeait de procurer en les volant (§ 417). Les Sarrasins étaient aussi armés de couteaux : Joinville, prisonnier sur le fleuve et menacé de la mort, raconte qu'on le terrassa et qu'on lui mit le couteau à la gorge (§ 32 2). Le Vieux de la Montagne, dont le prestige ne se maintenait que par l'assassinat, faisait présenter des couteaux à ceux qu'il défiait (§ 45 1), ou marchait en public précédé de cet emblème (§463).
Quant au fauchon dont un clerc se servit pour trancher la jambe d'un sergent et fendre la tête d'un autre (§ 117), M. Quicherat croit y reconnaître « une sorte de sabre ou de cimeterre à lame courbe , avec le- « quel sont quelquefois représentés les sergents et autres combattants « de condition inférieure ».
« La hache danoise est sans doute une hachette à manche court et à « tranchant très-convexe, que l'on voit représentée dans l'imagerie du « temps. » Une troupede Sarrasins fit irruption au milieu des prisonniers chrétiens, l'épée à la main et les haches danoises au cou (§ 354) : il semble bien que cette arme n'aurait pu se porter de la sorte si elle eût été munie d'un long manche. Joinville, qui observait tout, même dans les moments les plus critiques, dit quelques lignes plus loin que le Sarrasin aux pieds duquel il s'agenouilla, s'attendant à périr comme sainte Agnès, tenait une hache danoise à charpentier. L'arme ressemblait donc à l'outil. Le sceau n° 3 montre un juré de Fîmes tenant une hache d'armes dont le manche est beaucoup plus long que celui d'une hache danoise.
Ce n'est pas certainement le type ordinaire de cette arme qu'on peut reconnaître dans la hache danoise à long manche tout couvert d'argent que le Vieux de la Montagne faisait porter devant lui par son crieur (§ 463).
« La masse est figurée aux mains de deux sergents dans la miniature « où Joinville est représenté à genoux offrant son livre à Louis le Hutin. » C'est un sergent à masse qui vint avertir le connétable du danger que courut le roi à la bataille de Mansourah quand les croisés furent refoulés sur le fleuve (§ 234). Il y avait alors mêlée entre les combattants, qui se frappaient de masses et d'épées (§ 2 35). Joinville, un peu auparavant, avait admiré une semblable mêlée qui tournait alors à l'avantage des croisés : il en parle comme d'un très-beau fait d'armes , parce qu'on ne se servait ni d'arcs ni d'arbalètes, mais de la masse et de l'épée (§ 229). C'est à coups de masse que les Sarrasins assommèrent Gautier d'Autrèche lorsque, tombant de cheval, il resta étendu à terre (§ lyS). Pendant que Pierre de Neuville défendait un pont, en compagnie de Joinville et du comte de Soissons , il reçut par derrière un coup de masse qui le coucha sur la tête de son cheval. C'était donc une arme dangereuse , et que les Sarrasins savaient employer, comme le prouvent deux autres passages de Joinville (§ 549 et 5j5). Il est probable que les masses qui servaient dans les usages de la vie civile étaient moins lourdes que celles des combattants; mais l'élasticité du manche devait augmenter la force des coups.
Joinville, qui se sert quelquefois du mot lance , se sert plus souvent encore du mot glaive pour désigner une seule et même arme. « Peut-être « y avait-il eu dans l'origine une différence en ce que le fer du glaive « était plus long et plus large que celui de la lance ordinaire ; mais pour « Joinville les deux choses n'en faisaient qu'une , puisque dans le « même récit ce qu'il a d'abord appelé latice est ensuite désigné sous le M nom de glaive. » Le passage désigné par M. Quicherat est celui où Joinville raconte qu'un jeune valet gentilhomme renversa deux chevaliers d'un émir sans briser sa lanre , et que d'un troisième coup il frappa l'émir en lui brisant le ^/rt/ve au corps (§519). Le mot ^/a/ve dans Joinville n'a donc jamais le sens d'épée; en effet on voit bien que ce sont pour lui deux armes différentes quand il dit que les Béduins en bataille portent seulement l'épée et le glaive (§ 25 1).
Un des jurés de Fîmes en Champagne (figure 23) est armé d'une lance qui ne diffère pas de celle qu'on a représentée d'après le sceau équestre de Jean Payebien (n'' 11). Ce n'était pas une arme réservée exclusivement aux chevaliers; car il y avait des sergents à lance : Joinville parle
d'un sergent du roi et d'un sergent sarrasin qui se renversèrent à terre chacun d'un coup de lance (§ 542). C'est ce qui devait arriver souvent quand la lance ne se brisait pas, et que les deux combattants étaient égaux en force et en adresse : ils s'entrechoquaient de toute la vitesse de leurs chevaux, serrant leur arme dans la main, et la maintenant solidement sous l'aisselle (§ 162), dans la direction qu'elle devait avoir pour atteindre l'adversaire. Dans d'autres circonstances, au lieu de s'attacher à maintenir la lance fixe et comme soudée au corps, on se servait du bras pour lui imprimer un mouvement de manière à frapper un point déterminé, comme Joinville qui atteignit sous l'aisselle (§ 221) un ennemi prêt à remonter' sur son cheval ; quelquefois même on l'employait en guise de javelot (§ 260). Enfin, un autre passage nous apprend qu'au moment où ils débarquaient en Egypte, Joinville et ses compagnons, abrités derrière leurs écus et détendus par le fer de leurs lances dont ils avaient fixé le fût dans le sable , purent attendre et arrêter, sans coup férir, une charge de cavaliers sarrasins (§ i56).
Un sceau de Jean de Chàlon, en 1239 (figure 24), nous montre comment un gonfanon pouvait être armé d'un fer de lance et constituer ainsi une arme offensive. A la différence du gonfanon, la bannière ne se découpait pas en plusieurs fanons, mais elle pouvait aussi se transformer en arme offensive, comme le prouve un sceau de Mathieu de Montmorenci en i23o (figure 25). Ici d'ailleurs nous avons le témoignage même de Joinville, qui raconte qu'à la bataille de Mansourah un bourgeois de Joinville, lui apporta une bannière à ses armes avec un fer de glaive, c'est-àdire de lance (§ 241). Il était monté sur un roussin, et il courait sus aux Sarrasins quand ils pressaient trop les sergents du roi. Le sceau de Raimond V, vicomte de Turenne, en i25i (figure 26), donne une idée assez exacte de cette scène, si ce n'est que Joinville se servait d'un gamboison pour remplacer l'écu qu'il avait perdu à la bataille.
M. Quicherat définit Vespié « une lance courte, armée d'un fer en « forme de flèche ». Il n'est question qu'une fois de cette arme dans Joinville ; c'est quand il raconte que Geoffroi de Sargines, pour défendre le roi, prenait son espié, qu'il avait mis entre lui et l'arçon de sa selle, et le mettait sous son aisselle , puis courait sus aux Sarrasins (§ 309). Ce passage seul suffit pour montrer que Vespié était une espèce de lance , puisqu'il s'employait de la même manière que cette arme. Il est donc probable que l'on pouvait aussi s'en servir en guise de javelot, puisque la lance même devenait, au besoin, une arme de trait (§ 260).
La pile ou le pilet était certainement une arme de trait. M. Quicherat pense que c'était « un javelot à fer massif en forme de fuseau. >' Joinville parle de pilets que les Sarrasins avaient lancés en assez grande quantité pour cacher la terre (§ 270). Là il s'agit bien de pilets lancés à la main; mais dans d'autres passages (§ 2o5, 208 , 3 14 et 391) ce n'est pas le verbe lancer, c'est le verbe traire, équivalent de notre verbe tirer, qui est employé par Joinville. Dans un de ces passages les pilets, tirés vers les nues, ont une force de projection assez grande pour traverser le fleuve et retomber verticalement sur les chrétiens , derrière les châteaux qui les cachent aux regards des Sarrasins (§ 2o5). Il semble qu'il a fallu se servir de l'arc pour obtenir un eftet aussi puissant. Je serais porté à croire qu'il en était de même de ces pilets dont les Turcs couvrirent Gaucher de Chàtillon , et qu'ils tiraient derrière eux tout en fuyant (§ 391). Il est vrai que Joinville a employé une fois le verbe lancer et non le verbe traire ou tirer, en parlant d'une arbalète ; mais là il est question de feu grégeois que les Sarrasins lançaient avec l'arbalète à tour (§ 206). Il préfère au contraire le verbe traire pour les saiettes et les carreaux.
M. Quicherat définit la saiette « une flèche d'arc à fer barbelé », et le carreau «• une flèche armée d'un fer ayant la forme d'une pyramide à « quatre pans » ; c'était le trait propre à l'arbalète. La saiette était plus légère que le carreau parce que l'arc avait moins de puissance que l'arbalète.
Il n'est personne qui n'ait manié un arc et qui ne comprenne en quoi consiste cette arme offensive. Un homme tenant un arc tendu , et prêt à percer un oiseau d'une flèche , est représenté au bas de la miniature placée en tête de ce volume. 11 y a dans Joinville un passage fort difficile sur des arcs de cor qui furent offerts en présent à saint Louis. « L'arc a de cor mentionné au paragraphe 591 était de corne, dit M. Quiche- « rat, et non pas de cormier. Cette interprétation est une erreur de Dom « Carpentier, qui n'a pas tenu compte des nombreux exemplesde balistade « cornu allégués par Du Gange. Il a traduit comme s'il y avait de corno, ce et il s'est trompé sur l'équivalent de cornus , qui signifie cornouiller « et non cormier. )> J'aurais déféré complètement à cette observation si Joinville , à propos d'un achat fait pour des arbalètes , n'employait pas le mot corne (§ 446) ; il semble donc qu'il n'aurait pas employé un peu plus loin le mot cor pour signifier ce qu'il avait auparavant appelé corne. Gomme il est certain d'ailleurs que le bois servait, aussi bien que la corne , à la fabrication des arcs , j'ai pensé que l'équivalent de cor pouvait être (smon le cormier) du moins le cornouiller.
L'arbalète était « un arc monté sur un arbre à coulisse et garni à son « sommet d'un anneau de fer ou étrier, dans lequel on passait le pied « pour bander l'arme (§ 243). Les arbalètes à tour étaient bandées au « moyen d'un mécanisme adapté à Tarbre, mécanisme dont l'organe « principal était une rouelle (§ 206 et 547). » L'arbalète à étrier tenait le milieu pour la puissance entre l'arc et l'arbalète à tour, qui elle-même était de beaucoup inférieure aux engins proprement dits.
Joinville parle plusieurs fois des engins qui étaient employés par les Sarrasins , et avec plus de succès peut-être que par les croisés (§ igBj; mais il ne nomme particulièrement qu'une pierrière , qui en certaines circonstances servit à lancer le feu grégeois (§ 2o3 , 209 et 21 3). Ce fut certainement l'engin le plus redoutable, et celui qui en causant les plus grands ravages inspira aussi aux croisés la plus grande terreur (§ 2o3 à