V) PREFACE
lier ( I5g5). Il refuse de quitter la Terre Sainte avant la délivrance du menu peuple de Dieu avec qui il était venu {$421 et 481 ) . Telle était la sévérité de ses mœurs quil ne voulait même pas donner lieu à d injustes soupçons ( .^ 5 02 ). Sdttendant à être massacré avec les autres prisonniers, il entendait la confession du connétable de Chypre ( S -355); « mais à mon endroit , dit -il , il ^( ne me souvint pas de péché que f eusse fait [^ 354). " Averti que par distraction il manque à V abstinence du vendredi , il repousse son manger, et s impose par excès de scrupule une pénitence dont le légat du pape condamne la rigueur {^32(S). Tous ces traits appartiennent à la Jeunesse de Joinville , et cest aussi pendant sa jeunesse qu'il eut la pensée de faire son Credo, qui est un petit manuel de piété , destiné uniquement à procurer le salut des âmes i ^ 777 )• ^^ u'est donc pas seulement pour se co) former aux intentions de Jeanne de Navarre, cest en même temps pour obéir à la voix de sa propre conscience, que Joinville, appelé soudainement à écrire Ihistoire de saint Louis, a voulu quelle servît surtout à Fédif cation de ses lecteurs.
Si Ion ne se pénétrait pas de cette pensée première, qui inspire et guide partout l'auteur, on risquerait parfois de le mal comprendre, quand il lui arrive d'opposer à la grande parole de saint Louis les saillies de son humeur franche et originale. Je prendrai pour exemple cette scène bien connue oîi le bon roi demandait à Joinville, ce qu'il ai7nerait mieux d'être lépreux ou d' avoir fait un péché mortel. La réponse ne se fit pas attendre : « J'en aime- « rais mieux avoir fait ti^ente que d'être lépreux. » On l'it volontiers à cette brusque répartie de Joinville, et on a raison; mais ce serait une grande erreur de supposer quil a prétendu se réserver le beau rôle et mettre, comme on dit, les rieurs de son côté. Ceux qui s arrêtent là quand ils citent ce récit , le tronquent et le dénaturent. Saint Louis réplique, et il a le dernier mot : il conclut devant Joinville, qui accepte sa propre condamnation, que la pire des lèpres c'est le péché mortel [l ij et 2S).
Quoiqu'il ne soit pas douteux que Joinville, dans son Histoire de saint Louis, tout aussi bien que dans son Credo, ait eu pour