‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 5 sur 467 · VI · texte numérisé non relu

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but r édijîcation du lecteur, il est certain néanmoins que pour atteindre le même but il na pas employé les mêmes procédés dans les deux ouvrages. On peut dire que dans son petit manuel de piété, il a un plan rigoureusement tracé, et que depuis le premier mot Jusqu'au dernier il suit fidèlement le texte dont il a entrepris de donner à la J'ois la paraphrase et la représentation Jîgurée. Il est vrai quà la paraphrase sur la résurrection du Christ il a rattaché un épisode historique (^ So3 à 8i5); mais cet épisode n'est pas un hors d'œuvre, puisque le petit vieillard arabe qu'il met en scène n'arrive là que pour rappeler aux prisonniers chrétiens le dogme sur quoi ils devaient Jonder leur foi et leurs espérances. Sauf cette exception, qui confirme la règle, on ne trouve dans le texte du Credo qu'un exposé méthodique des articles de la foi chrétienne, qui s'adapte toujours aux divisions d'un cadre net-, tentent accusé. Au contraire dans i Histoire de saint Louis le plan annoncé au début semble bientôt oublié, tant l'auteur, une fois qu'il entre en matière , paraît peu se souvenir qu'il ait d'autre règle à suivre que celle de son inspiration.

Il ne faut pas croire que la différence qui existe entre le Credo de Joinville et son Histoire de saint Louis tienne uniquement à la différence du sujet. S'il en était ainsi , d'autres histoires de saint Louis, qui furent composées dans le même temps, devraient ressembler à celle de Joinville, tandis qu'elles forment avec la sienne une opposition complète, qui fait d'autant mieux ressortir l'originalité de son talent. Arrêtons-nous un instant pour considérer à côté de lui Geoff'roi de Beaulieu et Guillaume de Chartres. Ils voulaient comme Joinville édifier leurs lecteurs , et ils avaient comme lui connu saint Louis dans l'intimité. Mais il semble que tous deux se soient proposé d'altérer la simplicité de leur sujet var la pompe du style, et d' einbarrasser leurs récits par un cortège inutile de citations bibliques et d'allégories. Geoffroi de Beaulieu procède comme dans un sermon : il emprunte à l'Ecclésiastique l'éloge de Josias , et s'attache à montrer que cet éloge convient de tous points à saint Louis. Guillaume de Chartres, à son tour, le compare à un soleil qui se lève à l'occident pour se

viij PREFACE.

coucher au midi, dans toute la ferveur de la foi et de l'amour divin. On voit comme ils se préoccupent d'être éloquents, et à quel genre d'éloquence ils peuvent atteindre, lorsqu'à force de travail ils i^éussisse7it tant bien que mal à j'ust if er le parallèle qu ils ont imaginé.

Pendant que gênés par leurs entraves ils s avancent péniblement à la recherche de ces faux traits de ressemblance, Joinville marche au but dans l'aisance et la liberté, les yeux fixés sur saint Louis, qu'il n'a pas cessé de voir et d'entendre. S'il na pas besoin de préparation et d'étude pour dicter son livre , c'est que ce livre, à vrai dire, est composé depuis long-temps. N'at-il pas vingt fois répété les bons enseignements et les prouesses du roi? Est-il une aventure de la croisade qu'il n'ait redite aux hôtes de son château? Est-il ime journée dont il n'ait parlé dans les chambres des dames [^ 242)? C'est parce quil avait toujours été prêt et inspiré devant ses auditeurs, qu'il ne pouvait pas manquer de l'être le jour oîi il recommença les mêmes récits devant le clerc qui était chargé de les recueillir sous sa dictée. Voilà comment s'explique la rapide éclosion et la longue durée de ce livre. Joinville ressemble à ces orateurs qui possèdent à fond leur sujet, et qui improvisent bien parce quils ont médité longtemps. Les opuscules de Geoffroi de Beaulieu et de Guillaume de Chartres sont plus étudiés, mais la maturité leur manque. Joinville au contraire a porté en lui-même pendant plus d'un demi-siècle ce chef-d'œuvre oii brille, entourée d'une auréole, lijnage vivante de saint Louis.

Si on demandait ce qui constitue d'une manière générale la supériorité de ce livre, je dirais que c'est le stjie. Le Dictionnaire de l'Académie définit le style « la manière d'exprimer par écrit « les pensées «. Personne ne contestera sans doute que Joinville n'ait une manière qui lui soit propre, et qu'il n'ait imprimé à son livre un cachet tout particulier. « Le style, a dit Buffon dans un « discours célèbre , n'est que l'ordre et le mouvement qu'on met « dans ses pensées. « Ce serait aussi nier une vérité évidente que de ne pas reconnaître dans la langue du treizième siècle une H-

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