DES SCEAUX
preinte du sceau dépendait l'authenticité d'un acte. On représentait à saint Louis une charte, ou autrement dit des lettres-patentes , constatant que le roi avait donné le comté de Dammartin aux héritiers de la comtesse de Boulogne; mais de l'empreinte du sceau royal que, suivant l'usage , on y avait suspendue par des lacs de soie , il ne subsistait plus alors qu'un fragment, où se voyait la moitié des jambes du roi et l'escabeau où s'appuyaient ses pieds. L'acte était-il obligatoire ? Tout le conseil disait que non. Saint Louis se lit alors apporter une charte au bas de laquelle était une empreinte bien entière du sceau dont il usait avant d'aller outre-mer (celui-là même qui est représenté ici sous le n° i), et après avoir montré que le sceau brisé était semblable à l'autre, il déclara qu'il rendrait le comté (§ 66 et 67).
Le sceau dont il vient d'être question fut perdu, ou peut-être (pour qu'il ne tombât point aux mains de l'ennemi) volontairement détruit, quand saint Louis fut fait prisonnier par les Sarrasins au mois d'avril i25o. Il porte pour légende : LVDOUICVS DI (Dei) GRA (gratia) FRANCO RVM REX '. Ce premier type ne tarda pas à être remplacé par un autre qui a servi au moins à partir du mois d'août i252 : il se distingue de l'ancien par des différences peu nombreuses et peu apparentes-, mais qui doivent y avoir été introduites avec intention, ou pour prévenir la reproduction frauduleuse du type primitif, ou pour empêcher que le garde du type nouveau ne pût devenir responsable d'actes qui auraient été irrégulièrement scellés avec l'ancien.
En partant pour sa seconde croisade en 1270, saint Louis jugea nécessaire de nommer des régents et de leur laisser un sceau (n°2) dont la légende constatait en quelle circonstance il avait voulu que l'autorité royale fût exercée en son nom: S. (sigillum) L'VDOVICI DEI GRA (^gratia) FRANCOR(Francorum) REG (régis) IN PARTIBVSTRANSMA- RINIS AGENTIS •'. Philippe le Hardi, à l'exemple de son père, institua, en partant pour l'expédition d'Aragon, un sceau de même nature que les régents durent employer pour les actes rendus par eux en son nom pendant son absence. On ne connaît pas d'autre type qui ait été depuis lors créé pour des régents, et la mesure prise par saint Louis en 1270 fût restée unique en son genre si Philippe le Hardi avait tenu compte du
• (• Louis par la grâce de Dieu roi de France » tlittéralement des Français). — - Notamment par la cinquième lettre du mot Ludovicus, qui n'est plus ligurée comme un U mais comme un V. — 3 « Sceau de Louis par la grâce de Dieu roi de France retenu (littéralement agissant) dans les contrées d"outre-mer. »
b5o ECLAIRCISSEMENTS.
désir, trop ardent peut-être, que Marguerite de Provence sa mère avait d'exercer l'autorité. Aucun empêchement légal ne s'y fût opposé; car si les femmes en France ne peuvent succéder à la couronne, on ne leur conteste pas le droit d'exercer la régence au nom d'un roi mineur, et à plus forte raison au nom d'un roi absent. Blanche, qui avait régné de fait sous le nom de son fils mineur, devint régente de droit quand saint Louis , partant pour la croisade en 1 248 , lui laissa le gouvernement de ses États. Le sceau employé par elle pour les actes qu'elle eut à rendre, au nom et en l'absence de son fils, était celui dont elle se servait pour ses actes personnels depuis i223 , et dont elle continua de faire usage jusqu'à sa mort, en i252 (voyez figure 3), Ce type a la forme allongée qui était généralement préférée pour les sceaux de femme , comme pour ceux des membres du clergé. Il manque sur la face principale la première et la dernière lettre de la légende : SIGILLV (sigillum) BLACHE (Blanche) DEI GRATIA FRANCORVM REGINE ^; au revers on lit, BLACHA (Blancha) FI LIA REGIS CASTELLE. -
Le sceau de Marguerite de Provence (figure 4) est de même forme que celui de Blanche de Castille , mais d'une exécution qui laisse à désirer; ce n'est donc pas un dessin si imparfait qui peut offrir une ressemblance même éloignée avec la femme que chérissait saint Louis , et dont Joinville a peint tour à tour la gaieté rieuse et le courage héroïque. Ce qu'on peut y rechercher c'est la représentation du costume d'une reine de France dans la première moitié du treizième siècle. Quoique ce type soit connu seulement par une empreinte suspendue au bas d'une charte de i 294, il est tout à fait probable qu'il a été employé dès l'an 1234, date du mariage de Marguerite de Provence avec saint Louis. La légende de la face principale n'est plus intacte , mais on peut suppléer en toute certitude ce qui n'existe plus, c'est-à-dire la lettre S abréviation du molsigilhim au commencement, et les lettres INE à la fin. Il faut donc lire d'un côté S. (sigillum) MARGARETE DEI GRATIA FRANCORVM REGINE 3; et de l'autre, AVE MARIA GRA (gratia) PLENA.
Joinville a employé dès 1239 le sceau dont une empreinte est figurée ici sous le n" 5. C'est un des exemples qui prouvent que dans certains cas, par exception à la règle ordinaire, on pouvait avoir un sceau sans
1 « Sceau de Blanche par la grâce de Dieu reine de France ou des Français. " — - « Blanche fille du roi de Castille. » — ^ « Sceau de Marguerite par la grâce de Dieu reine de France ou des Français. ■>