XXX. L'impératrice de Constantinople arrive en Cliypre
137. En ce temps que nous séjournâmes en Chypre, l'impératrice de Constantinople me nianda qu'elle était arrivée à Baffe , une cité de Chypre, et que je l'allasse quérir, moi et monseigneur Erard de Brienne. Quand nous vînmes là, nous trouvâmes qu'un fort vent avait rompu les cordes des ancres de sa nef, et avait emmené la nef en Acre*, et il ne lui était demeuré de tout son bagage que la chape qu'elle avait vêtue, et un surcot de table. Nous l'emmenâmes à Limisso , là où le roi et la reine , et tous les barons de France et de l'armée, la recurent très-honorablement.
i38. Le lendemain, je lui envo3^ai du drap pour faire un vêtenient, et la fourrure de vair avec; et je lui envoyai une tiretaine et du taffetas pour doubler le vêtement. Monseigneur Philippe de Nanteuil, le bon chevalier, qui était auprès du roi, trouva mon écu^-er qui allait vers l'impératrice. Quand le prud'homme vit cela, il alla au roi et lui dit que j'avais fait grand honte à lui et aux autres barons de ce vêtement que j'avais envoyé à l'impératrice, quand eux ne s'en étaient pas avisés auparavant.
i38. — 1 Pour faire ]usqu"a tiretaine omis dans A. — - B et L, Jehan. — '^ A, encore. — '<■ A,
avait.
i3g. L'empereris vint querre secours au roy pour son signour, qui estoit en Constantinnoble demourez, et pourchassa tant que elle emporta cent paire de lettres et plus, que de moy que des autres amis qui là estoient^ es quiex^ lettres nous estiens tenu par nos sairemens que, se li roys ou li - legaz vouloient envoler trois cens chevaliers en Constantinnoble , après ce que li roys seroit partis d'outre mer, que nous y estiens tenu d'aler par nos sairemens.
140. Et je, pour mon sairement aquitier, requis le roy, au départir que nous feismes, par devant le conte d'Eu ' dont j'ai la lettre, que se il vouloit envoler trois cens chevaliers, que je iroie pour mon sairement aquitier. Et li roys me respondi que il n'avoit de quoy, et que il n'avoit si bon trésor dont il ne fust à la He. Après ce que nous fumes arivei en Egypte , Tempereris s'en ala en France , et emmena avec li mon signour Jehan d'Acre, son frère, lequel elle maria à la contesce de Montfort'.
141 . En ce point que nous venimes en C^^pre, li soudans dou Coyne estoit li plus riches roys de toute la paennime. Et avoit faite une merveille •, car il avoit fait fondre grant partie * de son or en poz de terre là où Ton met vin outre mer, qui tiennent bien troys muis ou quatre de vin--, et fist brisier les poz-, et les masses d'or estoient demourées à descouvert en mi un sien chastel , que chascuns qui entroit ou chastel y pooit touchier et veoir-, et en y avoit bien six ou sept.
142. Sa grans richesce apparut en un paveillon que li roys d'Ermenie envoia au roy de France , qui valoit bien cinq cens livres ; et li manda li roys de Hermenie que uns ferrais au soudanc dou Coyne li avoit donnei. Ferrais est cil qui tient les paveillons au soudanc et qui li nettoie ses maisons.
143. Li roys d'Ermine, pour li deUvrer dou servaige au soudanc dou Coine, en ala au roy des Tartarins, et se mist en lour servaige