‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 68 sur 467 · DU SOUDAN D ICONIUM · texte numérisé non relu

DU SOUDAN D ICONIUM

l'iq. Uimpératrice vint demander du secours au roi pour son seigneur, qui était demeuré à Constantinople , et elle négocia tant qu'elle emporta cent paires de lettres et plus, tant de moi que des autres amis qu'elle avait là; dans lesquelles lettres nous étions tenus par nos serments, si le roi ou le légat voulaient envoyer trois cents chevaliers à Constantinople , après que le roi serait parti d'outre-mer, nous étions tenus, dis-je, par nos serments d'y aller.

140. Et moi, pour acquitter mon serment, au moment où nous partîmes, je requis le roi, par-devant le comte d'Eu, dont j'ai la la lettre, disant que s'il y voulait envoyer trois cents chevaliers, j'irais pour acquitter mon serment. Et le roi me répondit qu'il n'avait pas de quoi, et qu'il n'avait si bon trésor qu'il n'eût vidé jusqu'à la lie. Après que nous fûmes arrivés en Egypte, Timpératrice s'en alla en France, et emmena avec elle monseigneur Jean d'Acre, son frère, lequel elle maria à la comtesse Montfort.

XXXI. Du Soudan d'Iconium, du roi d'Arménie et du soudan de Babylone.

141. En ce temps que nous vînmes en Chypre, le Soudan d'Iconium était le plus riche roi de tous les païens. Et il avait fait une merveille; car il avait fait fondre une grande partie de son or en pots de terre là où l'on met le vin outre-mer, qui tiennent bien trois muids ou quatre de vin; et il fit briser les pots; et les masses d'or étaient demeurées à découvert au milieu d'un sien château, si bien que chacun qui entrait au château y pouvait toucher et voir; et il y en avait bien six ou sept.

142. Sa grande richesse apparut en un pavillon que le roi d'Arménie envoya au roi de France, qui valait bien cinq cents livres; et le roi d'Arménie lui manda qu'un fh'rais du soudan d'Iconium le lui avait donné. Ferrais est celui qui tient les pavillons du soudan et qui lui nettoie ses maisons.

143. Le roi d'Arménie, pour se délivrer du servage du soudan d'Iconium, s'en alla au roi des Tartares , et se mit en leur servage

de 1249. Il avait épousé en premières noces Mariede Coucy, veuve d'Alexandre II, roi d'Ecosse. 141. — 1 A, parti. — - Là oii jusqu'à de vin omis dans A.

8o HISTOIRE DE SAINT LOUIS.

pour avoir lour aide-, et amena si grant foison de gens d'armes que il ot pooir de combatre au soudanc dou Coyne. Et dura grant pièce la bataille, et li tuèrent li Tartarin tant de sa gent que Ton n'oy puis nouvelles de li. Pour la renommée, qui estoit grans en Cypre, de la bataille qui devoit estre, passèrent de nos gens serjans en Hermenie pour gaaingnier et pour estre en la bataille^ ne onques nulz d'aus n'en revint.

144. Li soudans de Babiloinne', qui attendoit le roy qu'il venist en Egypte au nouvel temps, s'apensa que il iroit confondre le soudanc de Hamant-, qui estoit ses ennemis mortex^, et Tala assegier dedans* la citei de Hamant. Li soudans de Hamant ne se sot comment chevir dou soudanc de Babiloinne :, car il véoit bien que se il vivoit longuement, que il le confonderoit. Et fist tant barguignier ^ au ferrais le soudanc de Babiloinne, que li ferrais l'empoisonna '^.

145. Et la manière de Tempoisonnement fu teix , que li ferrais s'avisa que li soudans venoit touz jours jouer aus eschez, après relevée, sus les nates qui estoient au pié 1 de son lit; laquel natte sur quoy il sot que li soudans s'asseoit touz les jours , il l'envenima. Or avint ainsi que li soudans, qui estoit deschaus, se tourna sus une escorcheure que il avoit en la jambe. Tout maintenant li venins se feri ou vif, et li toUi tout le pooir de la moitié dou cors de celle part dont il estoit entrez-, et toutes les foys que li venins le poingnoit ~ vers le cuer, il estoit bien dous jours qu'il ne bevoit, ne ne manjoit , ne ne parloit^'. Le soudanc de Hamant lessierent en paiz, et le menèrent sa gent en Egypte.

146. Maintenant que mars entra, par le commandement le roy, li roys et li baron et li autre pèlerin commandèrent que les neis refussent chargies de vins et de viandes, pour mouvoir quant li roys le

144. — 1 Cette Babylone, dont il sera souvent parlé dans la suite du récit, est celle d'Egypte, aujourd'hui le grand Caire. Le Soudan, dont il est question ici, se nommait Malek-Saleh Nagem-eddin Ayoub. — 2 Malek-Nacer Youssof, prince d'Alep, qui s'était emparé d'Emesse, ville

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