CHAPITRE PREMIER
La famille Talon. — Branche parisienne et branche champenoise.— Les Talon de Paris Orner et Denis Talon. —
Parlementaires et gallicans — Les Talon de Champagne. — Seconde branche parisienne.— Jean Talon naît à Châlons-sur-Marne. — Sa famille — Au collège de Clermont — Elève des jésuites. — Débuts administratifs. — Ses rapports
avec Mnzarin. — Commissaire des guerres Intendant
du Hainaut. — La fonction d'intendant. — Juridiction do Talon. — Intendant de la Nouvelle-France.
Jean Talon naquit en Champagne, à Châlons-sur- Marne, vers 1625. Son père, Philippe Talon, appartenait à la branche champenoise de cette famille qui occupa une place si considérable dans les annales parlementaires du XVIIème siècle.
D'après certains généalogistes, les Talon étaient originaires d'Irlande Suivant Moréri 2, Artus Talon fut
1 — M. Allemand, avocat au parlement de Paris, auteur d'une Histoire monastique d'Irlande, écrit ce qui suit : " Dans le comté de Caterlog, à Tulli-Felim, autrement nommé Follog ou Folaghe, petite ville sur la rivière de Slane, diocèse de Loghin, il y eut un couvent fondé en 1314 par deux Français nommés Simon Lombard et Hugues Talon. Il y a même aujourd'hui un augustin irlandais, dans le grand couvent de Paris, nommé le Père Talon, qui m'a assuré qu'il descend de ce Hugues Talon, qui, sur la tin de ses jours, se fit augustin dans le même couvent qu'il avait fondé. Ce Talon était un des prédécesseurs de M. l'avocat général Talon, si fameux aujourd'hui dans l'Europe."
2— Dictionnaire historique, édition de 1759, vol. 10, p. 27.
le premier qui vint s'établir en France. Il fut colonel d'un régiment irlandais sous Charles IX \ et laissa quatre fils : Jean, Orner, Artus et Pierre. Le premier fonda la branche parisienne, et le dernier, la branche champenoise de la famille. Consacrons quelques lignes aux Talon de ces deux branches, dont plusieurs ont joué un rôle historique et illustré leur nom.
Branche parisienne. — Jean Talon fut fait conseiller d'Etat le 20 mars 1563. De son mariage avec Marie Pidoux il eut trois fils, Orner Talon, Nicolas et Jean Talon, — dont la descendance est éteinte, dit Moréri, — et deux filles.
Omer Talon, l'atné, fut avocat au parlement de Paris, maître des requêtes et conseiller d'Etat. De son mariage avec Suzanue Choart de Buzenval naquirent: 1° Jacques Talon, avocat-général en 1621, conseiller d'Etat en 1631. Marié avec Catherine Gueffier, il eut de cette union : Marie-Suzanne Talon, qui épousa Louis Phelipeaux, seigneur de Pontchartrain, président en la chambre des comptes et père du chancelier de Pontchartrain ; et Catherine Talon, mariée à Jean-Bap-
1 — Cette origine a été contestée. On lit dans une Notice sur Omer et Déni» Talon, publiée en tête des Mémoires d'Ouier Talon, collection Petitot, 2ènie série, volume 60 : " Des généalogistes complaisants ont prétendu que la famille Talon était originaire d'Irlande ; qu'Artus Talon vint s'établir en France vers le milieu du seizième siècle, qu'il y prit du service et qu'il fut nommé colonel d'un régiment irlandais sous Charles IX. Cette origine ancienne ne repose sur rien de solide : il est seulement certain que le père d'Orner Talon, avocat au parlement de Paris, maître des requêtes de la reine Marguerite, et ensuite conseiller d'Etat, se distingua par une conduite honorable durant les troubles de la Ligue."
tiste le Picart, seigneur de Périgny, et maître des requêtes. Madame de Périgny laissa trois filles : Claire- Eugénie, mariée à Henri d'Aguesseau, conseiller d'Etat, père du chancelier d'Aguesseau ; une autre, mariée à Nicolas Le Pelletier de la Houssaye, contrôleur-général des finances, et une troisième, qui se fit religieuse. 2° Charles Talon, prêtre, chanoine de l'église de Paris, curé de Saint- Germain, docteur de la maison de Sorbonne. 3° Orner Talon, dont nous allons reparler. 4° Suzanne-Henriette Talon, mariée à Pierre Bazin, seigneur de Bezons, aïeul de Louis de Bezons, conseiller d'Etat, d'Armand de Bezons, archevêque de Bordeaux et de Rouen, et de Jacques de Bezons, maréchal de France. * Orner Talon, deuxième du nom, fut reçu avocat général au parlement de Paris, le 15 novembre 1631, grâce à la démission de son frère aîné Jacques. Sa carrière fut brillante et il se fit un nom célèbre par la part éminente qu'il prit aux événements de son époque. " Il fut un des plus grands magistrats du XVIIème siècld dit un de ses biographes. Egalement habile et homme de bien, il fit briller tant de vertus dans des temps difficiles, que ceux mêmes dont sa droiture traversait les desseins ambitieux, ne purent lui refuser leur estime, et, dans les aifaires des particuliers, la sagesse et l'équité de ses décisions, le fit regarder comme l'oracle du barreau." Orner Talon mourut en 1652. Marié à Françoise Donjat, il eut de ce mariage : 1° Denis Talon, dont nous allons plus loin nous occuper. 2° Marie Talon, mariée à Daniel Voisin, seigneur du Plessis du Bois, conseiller d'Etat et prévôt des marchands. Leur fille, Marie -Jeanne Voisin, épousa Chrétien - François de Lamoignon, marquis de Basville, baron de Saint- Yon
et de Boissy, président à mortier. Elle eut plusieurs enfants : Françoise-Elizabeth de La moignon, épouse de Jean-Armand de Nicolaï, premier président en la chambre des comptes ; Madeleine de Lamoignon, épouse de Claude de Longue uil, seigneur de Maisons, marquis de Boissy, président à mortier ; Chrétien de Lamoignon, marquis de Bas ville, président à mortier; Guillaume de Lamoignon, seigneur de Blancmesnil, chancelier de France, et Jeanne-Christine de Lamoignon, mariée à M. de Maniban, président au parlement de Toulouse. 3° Madeleine Talon, qui épousa Jean-François Joly, seigneur de Fleury, avocat général au parlement de Metz, puis conseiller au parlemeut de Paris, père de Joseph-Omer Joly de Fleury, avocat général, de Guillaume-François Joly de Fleury, avocat général après son frère, puis procureur-général au parlement de Paris, et de Françoise Joly de Fleury, mariée à Louis de Lépine, seigneur de Granville.
Denis Talon, fils d'Orner, fut l'héritier et le continuateur de la gloire paternelle. Lorsqu'il succéda à son père comme avocat général, il n'était âgé que de vingtquatre ans. Il fit briller dans ces hautes fonctions, auxquelles il était parvenu prématurément, une grande science, une intégrité éclatante et une réelle éloquence.
Orner et Denis Talon figurent au premier rang parmi les parlementaires illustres du grand siècle. " Leurs noms sont rarement séparés, écrit l'auteur que nous avons déjà cité. Les mêmes éloges sont dûs et s'appliquent également au père et au fils : tous deux purent être offerts pour modèles aux jeunes magistrats. " Ce " sont de grandes leçons et de grands exemples pour " ceux qui font des lois, dit un écrivain moderne, que
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" les leçons et les exemples que nous offrent les écrits " de ces hommes vertueux qui, après de longues et " sérieuses études, livrés tout entiers à des devoirs " sévères, trouvaient naturellement dans une vie " modeste et retirée, loin du monde et de ses plaisirs, et " dans la société d'amis aussi graves qu'eux-mêmes, ces " pensées fortes, ces sentiments généreux, ces habitudes " d'ordre et cette vénération pour les lois dont ils étaient " les organes."
Cependant la gloire de ces hommes éminent9 n'est pas sans ombres. Comme la plupart des légistes et des parlementaires de cette époque, Orner et Denis Talon étaient imbus des principes gallicans et mirent souvent leur passiou antiultramontaine au service de l'absolutisme royal. Dans son Manuel de droit public ecclésiastique français, M. Dupin cite le passage suivant d'un réquisitoire prononcé par Orner Talon en 1647 : " Nous ne reconnaissons point en France l'autorité, la puissance ni la juridiction des congrégations qui se tiennent à Home ; le Pape peut les établir comme bon lui semble dans ses Etats, mais les décrets de ces congrégations n'ont point d'autorité ni d'exécution dans le royaume." C'était refuser au Souverain Pontife le droit d'utiliser les lumières, le travail, la collaboration précieuse du corps cardinalice dans le gouvernement de l'Eglise universelle. " Lors de la querelle entre Louis XIV et Innocent XI au sujet de la franchise des quartiers de l'ambassade de France à Rome, Denis Talon, sincère gallican comme son père, donna des conclusions contraires à la cour de Kome " \ Dans cette circon-
1 — Biographie universelle, vol. 44, p. 855.
stance il se livra même contre le Pape aux plus graves et aux plus inexcusables excès de parole. Nous citerons ici une page de l'Histoire de France de Sismondî :
" L'avocat-général Talon fut plus violent encore. Il ne se contenta pas d'insinuer que le Souverain- Pontife radotait, il voulut le faire passer pour hérétique ; il lui reprocha " de n'avoir cessé, depuis qu'il était assis sur la chaire de St- Pierre, d'entretenir commerce avec tous les jansénistes..." 11 y avait d'autant plus de bassesse dans cette accusation que Talon lui-même, et le ccrps auquel il appartenait, étaient en secret attachés à ces opinions... Talon reprocha encore à Innocent XI son indulgence pour les quiétistes, qu'il avait cependaut été le premier à condamner. Il lui reprocha " d'affecter de donner du dégoût à la France, dans les choses mêmes qui seraient très avautageuses au bien de la religion." Le pape, en effet, n'avait pas approuvé les conversions forcées... Talon conclut à supplier le roi de conserver dans toute leur étendue les franchises des ambassadeurs, d'ordonner la tenue des conciles provinciaux ou nationaux, pour remédier aux désordres que produisait la vacance des évêchés ; de défendre enfin à ses sujets d'avoir aucun commerce avec Rome, et d'y envoyer aucun argent. Le parlement rendit un arrêt conforme à ces conclusions et il fut affiché dans tous les lieux publics l."
Parlant d'Orner Talon, les Etudes, de Paris, disaient dans leur numéro du 5 février 1903 : " Ce fut un gal-
1 — Histoire des Français, par Sismondi, vol. XVIII, p. 106, édition de Bruxelles, 1842.
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lican forcené. Exagérant les doctrines de Pithou et de Richer, il enrichit de nouveaux articles le code du gallicanisme et les introduisit dans la pratique. Il sécularisa le mariage ou le laïcisa à sa façon, en donnant aux tribunaux civils le droit de prononcer dans les questions matrimoniales. Il alla jusqu'à soutenir que l'autorité du roi est supérieure à celle du pape en matière de discipline 1. " Ces écarts de doctrine font tache dans la carrière de ces hommes célèbres, et déparent les vertus publiques et. privées admirées chez eux par leurs contemporains.
Après avoir exercé les fonctions d'avocat général pendant trente-huit ans, Denis Talon fut fait président à mortier en 1690. Il mourut en 1698. De sa femme Elisabeth-Angélique Favier du Boulay, il eut Orner Talou, troisième du nom, marquis du Boulay, colonel du régiment d'Orléanais. Celui-ci épousa en 1700 Marie- Louise Molé, fille de Louis Molé de Champlâtreux, présideut à mortier ; elle lui donna plusieurs enfants : 1° Louis-Denis Talon, qui continua la lignée. 2° Marie- Française Talon, mariée à Louis-François de La Bourdonnaye, conseiller d'Etat. 3° Angélique - Françoise Talon, mariée à Louis-Joseph de Montcalra, marquis de St-Véran, le futur vainqueur de Carillon, lieutenantgénéral des armées du roi au Canada.
Louis-Denis Talon, marquis du Boulay, naquit en 1701. Il fut conseiller au parlement en 1721, avocat général en 1724, président à mortier en 1732, et mourut en 1744. Avec lui s'éteignit la première branche
1 — Etude* des Pères de la Compagnie de Jésus, 5 février 1903, p. 423.
parisienne de la famille Talon, dans la lignée masculine; car, de son mariage avec Françoise- Madeleine Chauvelin, il ne laissa qu'une fille, épouse d'Etienne- François d'Aligre, président à mortier.
Branche champenoise. — La branche champenoise de cette famille, sans jeter autant d'éclat, figura avec honneur dans les annales de Fa province. Artus et Pierre Talon, frère3 de Jean, s'étaient établis à Châlons-sur- Marne. Artus Talon y épousa Louise d'Eu dont il n'eut pas d'enfants. Il vécut très longtemps, dit Moréri, posséda beaucoup de biens, eut la charge de receveur des décimes, et fit de son vivant des donations considérables aux hôpitaux et aux maisons religieuses de Châlons, par actes des 28 janvier 1587 et 17 juillet 1603.
Pierre Talon, qui mourut à un âge peu avancé, avait épousé une parente de Louise d'Eu. Ils eurent un fils, Robert Talon, qui suit.
Robert Talon alias François, dont la carrière fut également courte, eut de sa femme Anne Dubois, entre autres enfants, Artus Talon, qui suit, Philippe, Jacques et Jean Talon.
Artus Talon succéda à son grand-oncle, dans sa charge de receveur des décimes et partagea daus sa succession avec Orner Talon, conseiller d'Etat, la portion pour laquelle il avait été rappelé par ses testaments et codiciles des 3, 13 et 24 septembre 1596, passés devant Hugues Vasse et son conftère ; il eut de sa femme Louise de Châtillon, entre autres enfants Artus Talon, qui suit.
Artus Talon, avocat au parlement, juge de la police et de la pairie de Châlons, eut de sa femme Louise Raffin, entre autres enfants, Nicolas Talon, qui suit.
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Nicolas Talon, avocat au parlement, hérita des charges de son père. De son mariage avec Marie Faveret, il eut Jean Talon, qui suit.
Jean Talon, avocat au parlement, succéda d'abord aux emplois paternels. Puis après la mort de Louis- Denis Talon, marquis du Boulay, en 1744, il fut appelé à Paris pour continuer les traditions parlementaires de la famille. Nous avons vu que Louis-Denis Talon n'avait pas laissé de fils. " Ce nom cher à la magistrature et aimé du public, par les vertus et les talents dont plusieurs membres ont été ornés, serait perdu et ignoré par l'extinction de cette branche, lisons- nous dans le Dictionnaire historique, si feu M. le chancelier d'Aguesseau et MM. ses enfants, feu M. Joly de Fleury, procureur général et MM. ses enfants, M. d'Ormesson et plusieurs autres personnes leurs alliés, n'y eussent attiré un descendant d'une branche cadette établie à Cbâlons en Champagne."
Seconde brandie parisienne. — Fixé à Paris, Jean Talon exerça les fonctions d'avocat au conseil du roi. De son mariage avec Marie Véron, il eut Jean Talon, Louis-Robert Talon et Jean-Baptiste Talon
Jean Talon, fils du précédeut et continuateur de la lignée, fut avocat au parlement et payeur des rentes à l'Hôtel-de- Ville de Paris. Marié à Marie-Charlotte Eadix, il eut un fils, Antoine-Omer Talon, né en 1760, qui fut reçu avocat à seize ans, et devint avocat du roi au Châtelet de Paris à dix-sept ans. 11 remplit ensuite les charges de conseiller aux enquêtes en 1781, et de
1 — La plupart de ces renseignements généalogiques sont puisés dans Moréri, vol. 10, pp. 28 et 29.
lieutenant civil au Châtelet en 1789. En 1790, il donna sa démission et entra à l'Assemblée Nationale, où il se rangea parmi les défenseurs de la royauté. Louis XVI lui accorda toute sa confiance. Au moment de la fuite du roi et de son arrestation à Varennes, il fut détenu quelque temps sur inculpation de complicité. Après la journée du 10 août, on le décréta d'accusation pour cause de royalisme ; il parvint à s'échapper, se réfugia en Amérique, et ne revint en France que sous le Directoire. En 1804, accusé de correspondre avec les princes émigrés, Antoine-Omer Talon fut incarcéré aux lies Sainte- Marguerite et subit une détention de tTois ans. Il mourut à Gretz, dans le département de Seine-et- Marne, en 1811. De son mariage avec Jeanne- Agnès- Gabrielle, comtesse de Pestre, il laissait deux enfants : un fils, Denis-Mathieu- Claire, et une fille, Zoé- Victoire.
Denis-Mathieu-Claire Talon, né en 1783, embrassa la carrière des armes. En 1805 il était capitaine ; il fit les campagnes d'Espagne et du Portugal de 1808 à 181 1, et la campagne de 1813 comme chef de bataillon. Sous la Restauration, il s'éleva de grade en grade jusqu'à celui de général. Fidèle à la royauté déchue en 1830, il passa la dernière partie de sa vie dans la retraite et mourut en 1853. Il avait reçu le titre de vicomte \ De son mariage, contracté en 1824, avec Henriette- Gabrielle- Apolline, princesse de Beauvau- Craon, il avait eu plusieurs enfants : 1° Orner, marquis Talon, né en 1825, qui vivait encore à Paris en 1893, et était resté célibataire. 2* Denis, comte Talon, né en
1 — Biographie générale, vol. 11, p. 856; Biographie univenelle, Michaud, vol, 40, p. 637.
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1827. Il épousa mademoiselle Sampiéri, eC de cette union naquirent deux fils, Omer et René Talon, qui ne semblent pas avoir continué la lignée. 3° Artus, vicomte Talon, né en 1829, officier de cavalerie, décédé le 8 juillet 1868, sans alliance. Madame Talon, épouse du général, survécut à son mari et mourut à Paris en 1869 \
La sœur de Denis-Mathieu Talon, Zoé- Victoire, née en 1784, épousa le comte du Cayla, et résida longtemps à Saint-Ouen, près de Paris. Sous le règne de Louis XVIII elle acquit à la cour un grand crédit par suite de l'affectueuse admiration qu'inspirèrent au roi les grâces de sa conversation et de sa correspondance. L'amitié royale — que des pamphlétaires calomniateurs ont essayé en vain de dénaturer — entoura pendant quelque temps d'un vif éclat le nom de la comtesse. Mais lorsque cette période brillante de sa carrière fut terminée, elle sut consacrer sa vie à de nobles et utiles occupations. Elle se livra dans son domaine de Saint- Ouen à des essais et à des exploitations agricoles qui eurent beaucoup de succès. Madame du Cayla mourut en 1850 2.
Maintenant demandons-nous à quel rameau des Talon de Champagne appartenait notre intendant. Question très épineuse et dont la solution nous a paru extrêmement difficile. Heureusement la découverte inespérée du
] — Nous avons puisé ces renseignements sur la famille de Denis-Mathieu Talon dans V Annuaire de la noblesse, fondé par Borel d'Hauterive en 1843, année 1893, 49ème volume de la série, pp. 277 et 278.
2 — La grande Encyclopédie, vol. 9; Histoire de la Restau, ration, par Nettement, vol. 1, p. 497.
testament de l'intendant Talon est venue, après bien des recherches infructueuses, nous ouvrir la voie1. Nous y avons trouvé la preuve que Jean Talon était fils de Philippe Talon. Et, d'après Y Annuaire de la noblesse2, ce Philippe Talon était fils de Robert, alias François Talon, que nous avons mentionné plus haut. De son mariage avec Anue Beuvy, Philippe Talon eut plusieurs enfants, dont voici les noms : Artus ou Arthur Talon, l'aîné, qui fut chanoine de Notre-Dame de Vervins et abbé de Toussaints 8 ; Philippe Talon, qui fut aussi abbé de Toussaints 4, et intendant d'armée ; Claude Talon,
1 — Ce testament, pièce précieuse et absolument inédite, était enfoui depuis plus de deux siècles dans les archives poudreuses du Châtelot de Paris, qui forment maintenant partie du vaste dépôt des Archives Nationales. Cette exhu« mation a été pour nous une bonne fortune que tous les chercheurs apprécieront. Elle nous a fourni sur Talon et sa famille une foule de renseignements que nous aurions vainement cherchés ailleurs. Nous donnerons cette pièce capitale à la fin de ce volume.
2 — Annuaire de la noblesse, quarante-neuvième volume, p. 276.
3 — L'abbaye de Toussaints était une abbaye augustine. La famille Talon, de Châlons-sur Marne, semble avoir eu des relations intimes avec cette maison religieuse, dont Artua Talon, époux de Louise d'Eu, avait sans doute été le bienfaiteur. De nos jours l'école normale d'enseignement primaire de Châlons est installée dans cet ancien couvent.
4 — Jean Talon, dans son testament, dit formellement que Bon frère Philippe fut abbé de Toussaints. D'un autre côté, nous avons la preuve positive que ce même Philippe fut intendant d'armée, et se distingua dans l'administration militaire. Nous avons donc lieu de croire qu'il n'était point homme d'église. Mais on sait que, sous l'ancien régime, les rois conféraient des bénéfices ecclésiastiques à des laïques. C'est ainsi que Racine fut prieur d'Epinay et eut, au sujet de
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intendant à Oudenarde, où il mourut ; Paul Talon, dit le baron de Nanteuil Nicolas Talon, qui fut chanoine et sous-chantre de l'église cathédrale de Châlons ; Antoine Talon, qui fut aussi chanoine et sous-chantre de la dite église, et abbé de Toussaints comme deux de ses frères ; Noël Talon, qui embrassa l'état militaire et fut tué à l'attaque des lignes d'Arras, en 1654; François Talon, qui fut conseiller et maître d'hôtel du roi ; Anne Talon, et aussi une autre fille dont nous n'avons pu retrouver lç nom, mais qui dut épouser un M. Laguide, comme nous le verrons au cours de cet ouvrage 2 ; et enfin Jean Talon qui fait le sujet de ce livre 3. Nous ne prétendons pas avoir suivi exactement dans cette liste l'ordre de naissance.
Jean Talon fit ses études à Paris, au collège de
ce prieuré, un procès qui nous valut Les Plaideurs. Philippe Talon fut probablement, de la même manière, abbé de Toussaints, sans être d'église, comme on disait alors. 1 — Annuaire de la noblesse, Ibid.
2— Madeleine Laguide, nièce de l'intendant Talon, épousa François Perrot, qui fut gouverneur de Montréal.
3 — Nous avons dressé un petit tableau généalogique qui indique la parenté de Jean Talon avec les deux célèbres parlementaires, Orner et Denis Talon, ainsi qu'avec Madame de Montcalm.
çArtus Talon (auteur commun) %
H > anche ixirisîmnc. Branche champenoise