I-a victoire vous restera comme toujours, monseigneur
Son â.inc romanesque, dont je n'ai pu façonner absolument
^ "Votre guise tous les instincts, se révoltera peut-ôtrc au
P'^epràîer choc; mais l'horreur de l'esclavage, la soif d'in-
d^^penclance, d'agitation et de gloire triompheront de tous
\os scrupules.
LE PRINCE
ruîssiez-vous deviner juste! Je l'entends... son pas os délibéré!... J'eiitre ici... Je vous donne une heure... plus ou moins, selon...
LE PRÉCEPTEUR
monseigneur, vous entendrez tout. Quand vous voudrez qu'il paraisse devant vous, laissez tomber un mou- ^*^; je comprendrai.
GABRIKL. 163
^^ î que m'importe? Ai-je coutume d'observer mes Paï'ol^Q et de déguiser ma pensée? Quelle honte y a-t-il?
LE PRÉGBPTEim.
liomme ne doit jamais avoir peur.
int voudrait dire, mon cher abbé , qu'un homme ^ ^oît jamais avoir froid, ou ne doit jamais être malade.
^^ïX)is seulement qu'un homme ne doit jamais laisser
u'il a peur.
LB PRÉCEPTEUR
^** ^ son ennemi qu'il a peur.
j'^ y a dans l'homme une disposition naturelle à afï\ter le danger, et c'est ce qui le dislingue de la femme
^^Ité
particulièrement.
**^ femme 1 la femme, je ne sais à quel propos vous
^ parlez toujours de la femme. Quant à moi , je ne
^ pas que mon âme ait un sexe, comme vous tâchez
^Vent de me le démontrer. Je ne sens en moi une fa-
j^ ^^ absolue pour quoi que ce soit : par exemple, je ne
^ ^ns pas brave d'une manière absolue, ni poltron
^^ ^ plus d'une manière absolue. Il y a des jours où ,
^^ l'ardent soleil de midi , quand mon front est en feu,
Ji^atici mon cheval est enivré , comme moi , de la course,
» •''^nchirais, seulement pour me divertir, les plus af-
|Jf ^X précipices de nos montagnes. Il est des soirs où le
J^^t d'une croisée agitée par la brise me fait frisson-
. ^> et où je ne passerais pas sans lumière le seuil de la
^Ï^Ue pour toutes le» gloires du monde. Croyez-moi ,
1,.^^ sommes tous sous l'impression du moment, et
^ïïîme qui se vanterait devant moi de n'avoir jamais
^ peur me semblerait un grand fanfaron, de même
" Une femme pourrait dire devant moi qu'elle a des
'^ de courage sans que j'en fusse étonné. Quand je
n*é(ai8 encore qu*un enFant, je m*cxposaÎ3 souvent danger plus volontiers qu'aujourd^hui : c'est que je vais pas conscience du dani^er.
LE PRÉCEPTEUR
Mon cher Gabriel, vous êtes très-ergoteur aujou d'hui... Mais laissons cela. J'ai à vous entretenir...
Non, non! je veux achever mon ergotage et vou prendre par vos propres arguments... Je sais bien pourquoi vous voulez détourner la conversation...
LE PRÉCEPTEUR
Je ne vous comprends pas.
Oui-da 1 vous souvenez-vous de ce ruisseau que vous ne vouliez pas passer parce que le pont de branches en. trelacées ne tenait presque plus à rien ? et moi j'étais au milieu , pourtant ! Vous ne voulûtes pas quitter la rive , et à votre prière je revins sur mes pas. Vous aviez don peur?
LE PRÉCEPTEUR
Je ne me rappelle pas cela.
Oh ! que si !
J'avais peur pour vous, sans doute.
Non , puisque j'étais déjà à moitié passé. 11 y avaî^ autant de danger pour moi à revenir qu'à continuer.
LE PRÉCEPTEUR
Et vous en voulez conclure...
Que , puisque moi , enfant de dix ans , n'ayant pas conscience du danger, j'étais plus téméraire que vous, homme sage et prévoyant , il en résulte que la bravoure
absolue n'est pas le partage exclusif de l'homme, mais plutôt celui de l'enfant, et, qui sait? peut-ôtrc aussi ^^liii de la -femme.
LE PRÉCEPTEUB.
. ^ ù avez-vous pris toutes ces idées? Jamais je ne vous ai v«* si raisonneur.
1 bien , oui ! je ne vous dis pas tout ce qui me passe Pa<- laitète.
LE PRécBPTEUR, inquict.
*-aoi donc, par exemple?
■^^-1^! je ne sais quoi! Je me sens aujourd'hui dans ^ disposition singulière. J'ai envie de me moquer de
,^ LE PRÉCEPTEUR
^^ ^ qui vous a mis ainsi ^n gaieté?
, .^"^^^^ contraire, je suis triste! Tenez, j'ai fait un rêve . /^^^^^ï^e qui m'a préoccupé et comme poursuivi tout le
LE PRÉCEPTEUR
^^'^^l enfantillagèî et ce rêve...
^ I rêvé que j'étais femme.
^^^ LE PRÉCEPTEUR
ç^^^*> vérité, cela est étrange... Et d'où vous est venue i ^^ imagination?
D\i ^^ tiennent les rêves ? Ce serait à vous de me l'ex- ^*^>er, mon cher professeur.
. LE PRÉCEPTEUR
^^ ce rêve vous était sans doute désagréable?
Pas lo moins du monde; car, dans mou rôve, je n'étais pas un habitant de cette terre. J'avais des ailes , et j m'élevais à travers les mondes, vers je ne sais queF monde idéal. Des voix sublimes chantaient autour db« moi ; je ne voyais personne ; mais des nuages légers brillants, qui passaient dans Téther, reQétaient ma figun et j'étais une jeune fille vêtue d'une longue robe flottan et couronnée de fleurs.
LE PBéCBPTEUa.
Alors vous étiez un ange , et non pas une femme.
GABEIEL.
J'étais une femme; car tout à coup mes ailes se s engourdies, l'éther s'est fermé sur ma tête, comme i voûte de cristal impénétrable, et je suis tombé, tomb
et j'avais au cou une lourde chaîne dont le poids m' traînait vers l'abîme; et alors je me suia éveillé, accai^ de tristesse, de lassitude et d'effroi... Tenez, n'en p>< Ions plus. Qu'avez-vous à m'enseigner aujourd'hui ?
LE PRÉCEPTEUR
J'ai une conversation sérieuse à vous demander, » importante nouvelle à vous apprendre , et je réclame toute votre atlention.
Une nouvelle ! ce sera donc la première de ma vi car j'enlends dire les mêmes choses depuis que j'exist Êstrce une lettre de mon grand-père ?
LE PRÉCEPTEUR
Mieux que cela.
GABRIEL. p
Un présent ? Peu m'importe. Je ne suis plus un erC fant pour me réjouir d'une nouvelle arme ou d'un no vel habit, le ne conçois pas que mon grand-père
GABRIEL. iV!
iscmge à md qœ pour s'oocsper de ma toilette oa de mes Lâisirs.
Vous aimez poortaDt la parure, un peu trop même.
C'est vrai; mais je voudrais que mon grand- père me nsidéràt comme un jeune homme, et m*admît à Thon- C3ur insigne de faire sa connaissance.
LB PBÉGEPTEUB.
Eh bien, mon cher monsieur, cet honneur ne tardera à vous être accordé.
GABBnSL.
Cest ce qu'on me dit (ous les ans.
LE PRÉGBPTEUB.
Et c'est ce qui arrivera demain.
GABBiEL , avec Ufie satisfaction sérieuse.
Ah ! enfin 1
LB MiBGEPTEUB.
Cette nouvelle comble tous vos vœux ?
Oui , j'ai beaucoup de choses à dire à mon noble pa- '^^nt, beaucoup de questions à lui foire, et probablement ^^ «"«proches à lui adresser.
LE PRÉCEPTEUR, effrayé.
I^es reproches ?
Oui, pour la solitude où il me tient depuis que je suis ^^ Tnonde. Or, j'en suis las, et je veux connaître ce *^^iide dont on me parle tant, ces hommes qu'on me \^*^te, ces femmes qu'on rabaisse, ces biens qu'on es- *'**ix^^-ces plaisirs qu'on recherche... Je veux tout con- ^îlre, tout sentir, tout posséder, tout braver ! Ah I cela ^^Vis étonne; mais, écoutez : on peut élever des faucons cage et leur faire perdre le souvenir ou l'instinct do
i6S GABRIEL.
la liberté : un jeune homme est un oiseau doué de plus de mémoire et de réQexion.
LB PBéGBPTEUR.
Votre illustre parent vous fera connaître ses intentions, vous lui manifesterez vos désirs. Ma tâche envers vous est terminée, mon cher élève, et je désire que Son AUesse n*ait pas lieu de la trouver mal remplie.
Grand merci! Si je montre quelque bon sens, tout l'honneur en reviendra à mon cher précepteur ; si mon grand-père trouve que je ne suis qu'un sot , mon précepteur s'en lavera les mains en disant qu'il n'a pu rien tirer de ma pauvre cervelle.
LE PRÉCEPTEUR
Espiègle I m'écouterez-vous enfin?
Écouter quoi? J'ai cru que vous m'aviez tout dit.
Je n'ai pas commencé.
Cela sera-t-il bien long?
LE PRÉCEPTEUR
Non , à moins que vous ne m'interrompiez san3»cesse.
Je suis muet.
LE PRÉCEPTEUR
Je vous ai souvent expliqué ce que c'est qu'un majorât , et comment la succession d'une principauté avec les titres, les droits, privilèges, honneurs el richesses y attachés. . . (Gabriel bâille en se cachant, }
Vous no m'écoulez pas?
Pardonnez-moi,
LE PRÉCEPTEUR
Je VOUS ai dit...
Oh! pour Dieu, Tabbé, ne recommencez pas. Je puis achever la phrase, je la sais par cœur : a Et richesses y attachés, peuvent passer alternativement, dans les familles, de la branche ainée à la branche cadette, et repasser de la branche cadette à la branche aînée , réciproquement, par la loi de transmission d'héritage, à Talné des enfants mâles d'une des branches, quand la branche collatérale ne se trouve plus représentée que par des filles. » Est-ce là tout ce que vous aviez de nouveau et d'intéressant à me direl Vraiment, si vous ne m*aviez jamais appris rien de mieux, j'aimerais autant ne rien savoir du tout.
LE PRÉCEPTEUR
Ayez* un peu de patience, songez qu'il m'en faut souvent beaucoup avec vous.
C'est vrai , mon ami , pardonnez-moi. Je suis mal disposé aujourd'hui.
LE PRÉCEPTEUR
Je m'en aperçois. Peut être vaudrait-il mieux remettre la conversation à demain ou à ce soir.
(Léger bruit dans le cabinet»)
Qui est là-dedans?
LE PRÉCEPTEUR
Vous le saurez si vous voulez m'entendro.
GABRIEL, vivement.
Lui 1 moq grand-père , peut-être?
LE PRÉCEPTEUR
Peut-être.
GABBICL 11
J^^*»*. Armcz-voas de ooonœ.Too? arez une zra=-îr résû-
•otion à prendre, nue grandie deidoée à v^x^k^t j-ï-
JOufcfijyj Quand vous aurez appris ce q';e YO^i? :z^:ç?z,
^ovïs ne direz pas qae voas n'été? p2§ aimé. T;»is >îTez ,
^^ moins, qoe votre naissance fut atîenioe cocn-s* «ne
^veur céreste, comme un rairac'.e. XrAie père é^î a»-
^®i et l'on avait presque perda Fespcir de lof voir
donner le jour à un héritier de scn litre et de ses rî-
nesses. Déjà la branche cadette de^ Brassant^ trkftnphait
ans l'espoir de succéder au glorieux titre que vous por-
^^"^ un jour...
^bi je sais tout cela. En cotre, j'ai devmé beaucoup
. ^ choses que vous ne me disiez pas. Sans doute, la
^^^^sie divisait les deux frères Julien et Octave , mon
^ '^^ et mon oncle; peut-être aussi mon grand-père
^rrîssait-il dans son âme une secrète préférence pour
^ nis aîné... Je vins au monde. Grande joie pour tous,
^^pté pour moi , qui ne fus pas gratiâé par le ciel d'un
^^*^otère â la hauteur de ces graves circonstances.
LE PRéCEPTEUB.
Que dites-vous?
''^ dis que cette transmission d'héritage de mâle en
^^l^ est une loi fâcheuse, injuste peut-être. Ce continuel
^fWacement de possession entre les diverses branches
.**^« famille ne peut qu'allumer le feu de la jalousie,
^^'irles ressentiments, susciter la haine entre les pro-
^"^% parents, forcer les pères â détester leurs filles,
^^''^ rougir lés mères d'avoir donné le jour à des enfants
^^^ leur sexe !•.. Que sais-jel L'ambition et la cupidité
^^Vent pousser de fortes racines dans une famille ainsi
•^^^^mblée comme une meute affamée autour de la curée
^^ Uïajorat, ctThisloire m'a appris qu'il en peut résulter
des crÎQies qui font l*horreur et la honte do Thumanité. Eh bien, qu*avez-vous à me regarder ainsi, mon cher maître? vous voilà tout troublé! Ne m'avez-vous pas nourri de rbistoire des grands hommes et des lâches? Ne m'avez-vous pas toujours montré Théroïsme et la franchise aux prises avec la perGdie et la bassesse? Êtes-vous étonné qu*il m'en soit resté quelque nolion de justice, quelque amour de la vérité?
LE PRÉCEPTEUR , haissaut la voix,
Gabriel , vous avez raison ; mais, pour Tamourdu ciel, soyez moins tranchant et moins hardi en présence de votre aïeul. {On remue avec iinpatien4:e dans le cabinet.)
GABRIEL , à voix hautc.
Tenez, Tabbé, j'ai meilleure opinion de nion grandpère ; je voudrais qu'il m'entendît. Peut-être sa présence va m'intimider; je serais bien aise pourtant qu'il pût lire dans mon âme, et voir qu'il se trompe, depuis deux ans, en m'envoyant toujours des jouets d'enfant.
LE PRÉCEPTEUR
Je le répète, vous ne pouvez comprendre encore quelle a été sa tendresse pour vous. Ne soyez point ingrat envers le ciel ; vous pouviez naître déshérité de tous ces biens dont la fortune vous a comblé , de tout cet amour qui veille sur vous mystérieusement et assidûment...
Sans doute je pouvais naître femme , et alors adieu la fortune et l'amour de mes parents! J'eusse été une créature maudite, et, à l'heure qu'il est, j'expierais sans doute au fond d'un cloître le crime de ma naissance. Mais ce n'est pas mon grand-père qui m'a fait la grâce et l'honneur d'appartenir à la race mâle.
LE PRÉCEPTEUR , dc plus en plus troublé.
Gabriel , vous ne savez pas de quoi vous pariez.
Il serait plaisant que j'^isàe à ren^ercier mon «n^ntipère de ce que je sois son petit-fils! Ce^t à lui plutôt de iQe remercier d'être né tel qall me souhaitait ; car il haïssait... du moins il n'aimait pas son fils Octave, et il eût été mortifié de laisser son titre aux entants de celui-ci. Oh ! j*ai compris depuis longteiiips malgré tous : vous n'êtes pas un grand diplomate, mon bon abbé; vous êtes trop honnête homme pour cela...
LE piECEPTccB , à voîx bosse.
Gabriel, je vous conjure...
(On laisse tomber un meuble avec fracas dans le
cabinet.)
GABBIEL. •
Tenez! pour le coup, le prince est éveillé. Je vais le voir enfin, je vais savoir ses desseins; je veux entrer chez loi.
(// va résolument vers la porte, le prince la lui ouvre et parait sur le seuil, Gabriel ^intimidé, s'arrête. Le prince lui prend la main ef remmène dans le ca^ binet, dont il referme sur lui la porte avec violence.)