‹ Jean Zyska--GabrielChapitre 42 sur 63 · TTIMIA, BARBE, GABRIELLE, FRÈRE COME · texte numérisé non relu

TTIMIA, BARBE, GABRIELLE, FRÈRE COME

^imia et Barbe travaillent près d'une fenêtre ^abrielle brode au métier, prés de V autre fenêtre ; ^^re Côme va de Vune à l'autre^ en se trainant Tirdementj et s'arrêlant toujours près de Ga- -telle.)

FRÈRE COME, à Gabrielle^ à demi-voix, ^ Il bien , signera , irez-vous encore à la chasse de-

^ABRiELLEi de méme^ d'un ton froid et brusque. ourquoi pas, frère Côme, si mon mari le trouve bon?

FRÈRE COME

^^h ! vous répondez toujours de manière à couper court - ^3ute conversation l

^Il'est que je n'aime guère les paroles inutiles.

FRÈRE COME

^h bien , vous ne me rebuterez pas si aisément , et je uverai matière à une réflexion sur votre réponse.

[Gabrielle garde le silence , Côme reprend,) C'est qu'à la place d'Astolphe je ne vous verrais pas lontiers galoper, sur un cheval ardent, parmi les ma- -. ^is et les broussailles.

^ gabrielle garde toujours le silence^ Côme reprend en

baissant la voix de plus en plus.)

SnO G A BU I EL.

Oui! si j'avais le bonheur de posséder un^^^ femme jeune et belle, je ne voudrais pas qu'elle s'expos^^*^^'"^'—

(Gabrielle se lèv^ ^l SETTiMiA, (Tune voix sèche et aigre.

Vous êtes déjà lasse de notre compagnie?

J'ai aperçu Astolphe dans l'allée de marront^ '6^^' *' m'a fait signe , et je vais le rejoindre.

FRÈRE COME, boS.

Vous accompagnerai-je jusque-là ?

GABRIELLE, hout.

Je veux aller seule.

{Elle sort. Frère Côme revient vers les aut ^^^^ ^^

ricanant,

FRÈRE COME

Vous l'avez entendue? Vous voyez comme q\^^ ^^ reçoit? Il faudra, Madame, que votre seigneu^^^ '"^ dispense de travailler à l'œuvre de son salut : je sli '^ découragé de ses rebuffades: c'est un petit esprit ibrf, rempli d'orgueil , je vous l'ai toujours dit.

SETTrMIA.

' Votre devoir, mon père, est de ne point vous ôéco\}rager quand il s'agit de ramener une âme égarée; je n'ai pas besoin de vous le dire.

BARBE se iève^ met ses lunettes sur son nez^et

va examiner le métier de Gabrielle.

J'en étais sûre! pas un point depuis hier! Vous croyez qu'elle travaille? elle ne fait que casser des fils, perdre des aiguilles et gaspiller de la soie. Voyez comme ses échevoaux sont embrouillés !

FRÈRE COME, regardant le métier.

Elle n'est pourtant pas maladroite! Voilà une fleur tout à fait jolie et qui ferait bien sur un devant d'aulcl.

GABP.IF.L. 23!

Regardez celte fleur, ma sœur Barbei vous n'en feriez pas autant peut-être.

BARBE, aigrement.

J*en serais bien fâcbée. A quoi cela sert-il , toutes ces belles fleurs-là?

FRÈRE COMB.

Elle dit que c'est pour faire une doublure de manteau à son mari.

SETTIMIA

Belle sottise! son mari a bien besoin d'une doublure brodée en soie quand il n'a pas seulement le moyen d avoir le manteau ! Elle ferait mieux de raccommoder le iinge de la maison avec nous.

BARBE

Nous n*y suffisons pas. A quoi nous aide-t-elle? à rienl

SETTIMIA

El à quoi est-elle bonne? à rien d'utile. Ah! c'est un ^rand malheur pour moi qu'une bru semblable! Mais ïTion flis ne m'a jamais causé que des chagrins.

FRÈRE COME

Elle paraît du moins aimer beaucoup son mari \,..(Un silence.) Croyez-vous qu^elle aime beaucoup son mari? {Silence). Dites, ma sœur Barbe?

BARBE

Ne me demandez rien là-dessus. Je ne m'occupe pas de leurs affaires.

SETTIMIA

Si elle aimait son mari, comme il convient à une femme pieuse et sage, elle s'occuperait un pou plus de 888 intérêts , au lieu d'encourager toutes ses fantaisies et de l'aider à faire de la dépense.

FRÈRE COAIB.

Ils font beaucoup de dépense?

SETTIUIA.

Ils font toute colle qu'ils peuvent faire. A quoi let^ servent ces deux chevaux fins qui mangent jour et nuià l'écurie , et qui n'ont pas la force de labourer ou d^ traîner le chariot?

BARBE, ironiquement,

 chasser! C'est un si beau plaisir que la cbasse!

SETTIMIA

Oui , un plaisir do prince ! Mais quand on est ruiné , on ne doit plus se permettre un pareil train.

FRÈRE COME

Elle monte à cheval comme saint Georges.

BARBE

Fi! frère Cômeî ne comparez pas aux saints du paradis une personne qui ne se confesse pas , et qui lit toute sorte de livres.

SETTIMIA, laissant tomber son ouvrage.

Comment ! toute sorte de livres ! Est-ce qu'elle aurait introduit de mauvais livres dans ma maison.

BARBE

Des livres grecs, des livres latins. Quand ces livres-là ne sont ni les .Heures du diocèse, ni le saint Évangile, ni les Pères de l'Église, ce ne peuvent être que des livres païens ou hérétiques! Tenez, en voici un des moins gros que j'ai mis dans ma poche pour vous le montrer. FRÈRE cÔME, ouvrant le livre,

Thucydide! Oh! nous permettons cela dans les collèges... Avec des coupures, on peut Ure les auteurs profanes sans danger.

SETTIMIA

C'est très-bien ; mais quand on ne lit que ceux-là, on est bien près de ne pas croire en Dieu. Et n'a-t-elle pas osé soutenir hier à souper que Dante n'était pas un auteur impie?

fiÀBfiI£X. 133

BARBE

Elie a £att mieux, éUe a osé dire qu'elle ne croyait pas à la damnation des hérétiques.

Ti&ài{£ CQIK, d'union cafard et dogmatique.

Elle a dit cela ? Ah ! c'est fort srave ! très-£;rave !

BARBE

D^aiUeiu^ esirce le fait d'une personne modeste de faire sauter un cheval par-dessus les barrières ?

setthiia.

Dans ma jeunesse , on montait à cheval, mais avec pudeur, et sans passer k jambe sur Tarçon. On suivait la diasse avec un oiseau sur le poing ; mais on allait d'un Irain prudent et mesuré, et on avait un varlet qui courait À pied tenant le cheval par la bride. C'était noble, c'était décent; on ne rentrait pas échevelée, et on ne déchirait point ses dentelles à toutes les branches pour faire assaut de course avec les hommes.

FRÈRE COHE.

Ab ! dans ce temps-là votre seigneurie avait une belle suite et de riches équipages !

SETTIHIA.

Et je me faisais honneur de ma fortune sans permettre la moindre prodigalité. Mais le ciel m'a donné un fils dissipateur, inconsidéré, méprisant les bons conseils, cédant à tous les mauvais exemples, jetant l'or à pleines mains ; et, pour comble de malheur, quand je le croyais corrigé, quand il semblait plus respectueux et plus ten« dre pour moi, vdd qu'il m'amène une bru que je ne connais pas, que personne ne connaît, qui sort on ne sait d'où, qui n'a aucune fortune , et peut-être encore moins de faôiiile.

FRÈRE GOMB.

Elle se dit orpheline et fille d'un honnête gcntiU homme?

23i GABRIEL.

BARBE

Qui le sait? On ne l'entend jamais parier de ses parents ni de la maison de son père.

FRÈRE COME

D'après ses habitudes, elle semblerait avoir été élevée dans l'opulence. C'est quelque fille de grande maison qui a épousé votre fils en secret contre le gré de ses parents. Peut-être elle sera riche un jour.

SETTIMIA

C'est ce qu'il voulut me faire croire lorsqu'il m'annonça ses projets , et je n'y ai pas apporté d'obstacle ; car la fausseté n'était pas au nombre de ses défauts. Mais je vois bien maintenant que cette aventurière Ta entraîné dans la voie du mensonge, car rien ne vient à Tappui de ce qu'il avait annoncé ; et, quoique je vive depuis longues années retirée du monde, il me paraît très-difficile que la société ait assez changé pour qu'une pareille aventure se passe sans faire aucun bruit.

FRÈRE COME

Il m'a semblé souvent qu'elle disait des choses contradictoires. Quand on lui fait des questions, elle se trouble, se coupe dans ses réponses, et finit par s'impatienter, en disant qu'elle n'est pas au tribunal de l'inquisition.

SETTIMIA

Tout cela finira mal! J'ai eu du malheur toute ma vie, frère Cômel Un époux imprudent, fantasque (Dieu veuille avoir pitié de son âme ! ) et qui m'a été bien funeste. Il avait bien peu de chose à faire pour rester dans les bonnes grâces de son père. En flattant un peu son orgueil et ne le contrecarrant pas à tout propos, il eût pu l'engager à payer ses dettes et à faire quelque chose pour Astolphe. Mais c'était un caractère bouillant et impétueux comme son fils. Il prit à tâche de se fermer la

maison paternelle, et nous portons aujourd'hui la peine de sa folie.

FRÈRE coME, d'uu aïT Cafard et méchant.

Le cas était graVe... très-grave !...

SETTIMIA

De quel cas voulez-vous parler?

FRÈRE COME

Ah! votre seigneurie doit savoir à quoi s'en tenir. Pour moi, je ne sais que ce qu'on m'en a dit. Je n'avais pas alors l'honneur de confesser votre seigneurie.

( // ricane grossièrement, )

SETTIMIA

Frère Côme, vous avez quelquefois une singulière manière de plaisanter; je me vois forcée de vous le dire.

FRÈRE COME

Moi, je ne vois pas en quoi la plaisanterie pourrait blesser votre seigneurie. Le prince Jules fut un grand pécheur, et votre seigneurie était la plus belle femme de son temps... on voit bien encore que ]a renommée n'a rien exagéré à ce sujet; et, quant à la vertu de votre seigneurie, elle était ce qu'elle a toujours été. Cela dut allumer dans l'àme vindicative du prince un grand ressentiment, et la conduite de votre beau-père dut détruire dans l'esprit du comte Octave, votre époux, tout respect filial. Quand de tels événements se passent dans les familles , et nous savons, hélas ! qu'ils ne s'y passent que trop souvent, il est difficile qu'elles n'en soient pas bouleversées.

SETTJMIA.

Frère Côme, puisque vous avez ouï parler do cette horrible histoire, sachez que je n'aurais pas eu besoin de l'aide de mon mari pour repousser des tentatives aussi détestables. C'était à moi de me défendre et de m'éloigner. C'est ce que je fis. Mais c'était à lui de pa-

raîire tout ignorer, pour empêcher le scandale et poup ne pas amener son père à le déshériter. Qu'en est-i' résulté? Astolphe, élevé dans une noble aisance, n*^ pu s'habituer à la pauvreté. Il a dévoré' en peu d'années son faible patrimoine; et «tujourd'hui il vit de privations et d'ennuis au fond de la province,. avec une mèr© <iui ne peut que pleurer sur sa fojie, et une femme q^ii ne peut pas contribuer à le rendre sage. Tout cela est triste, fort triste !

FRÈRE GOME.

Eh bien, tout cela peut devenir très-beau et ^^^^^ riant! Que le jeune Gabriel de Bramante meure a^^"^ Astolphe, Astolphe hérite du titre et de la fortune de son grand-père.

SBTTIMIÀ.

Ah ! tant que le prince vivra , il trouvera un moy^^ "^ Ten empêcher. Fallût-il se remarier à son âge, il en ^^'^^^ la folie ; fallût-il supposer un enfant issu de ce maï' **S^' il en aurait l'impudeur.

FRÈRB^ GOME.

Qui le croirait?

SETTIMIA

Nous sommes dans la misère; il est tout-puissant f

FRÈRE GOME.

Mais, savez-vous ce qu'on dit? Une chose dont j'cF^=^* peine vous parler, tant je crains de vous donner une f^"^ espérance.

BARBE

Quoi donc? Dites, frère Cômel

FRÈRE GOME.

Eh bien , on dit que le jeune Gabriel est mort.

SETTIMIA

Sainte Vierge ! serait-il bien possiblel Et Astolphe ^*^'

GÀBUIEL. 337

l^^^ïi Ssiit rien!... Il ne s'occupe jamais de ce qui devrait int^j^^gggj. iq piyg jjy monde.

FRÈRE COME

^^ti I ne nous réjouissons pas encore! Le vieux prince JJ*^ formellement le fait. Il dit que son petit-fils voyage à

^^**aiiger, et le prouve par des lettres qu'il en reçoit de ^^mps en temps.

SETTIMIA

Mais ce sont peut-être des lettres supposées !

FRÈRE COME

ï*eut-êtrel Cependant il n'y a pas assez longtemps que ^® jeune homme a disparu pour qu'on soit foudé à le soutenir.

BARBE

Page 1