SCÈNE V
ASTOLPHB, seul; puis GABRIELLE.
ASTOtPHE. .
Orgueil ! toute femme est ta victime , tout amour est ta proie!... excepté toi, excepté ton amour, ô ma Grabrielle!... 6 ma seule joie, ô le seul être généreux et vraiment grand que j*aie rencontré^ur la terre!
GABRIELLE , se jetant à son cou.
Mon ami , j'ai tout entendu. J'étais là sous la fenêtre , assise sur le banc. Je sais tout ce qui se passe maintenant dans la famille à cause de moi. Je sais que je suis un sujet de scandale, une source de discorde , un objet de haine.
ASTOLPHE
ma sœur! ô ma femme! depuis que je t'aime, je croyais qu'il ne m'était plus possible d'être malheureux ! Et c'est ma mèrel...
Ne l'accuse pas, mon bien-aimé, elle est vieille, elle est femme! Elle ne peut vaincre ses préjugés, elle ne peut réprimer ses instincts. Ne te révolte pas contre des
r» GABBIEL.
PKBftB GOSB.
Cependant son mariage vous labse Inen des doiitcs sur sa Téracilé. Mais passons.
snmuA.
Oui, oui, racontez-moi ce qae tous savez. Qui donc TOUS a dit font ceia?
FBÈRB OOMB.
Un des frères de notre couvent, qui arrive de Toscane, et avec qui j'ai causé ce matin.
Voyez un peu! Et nous ne savons rien ici de ce qui se passe, nous antres! Eh bien?
FRÈRE OOMB.
Le jeune prince , ayant donc fait grand train dans la ville, disparut une belle nuit Les uns disent qu'il a enlevé une femme; d'autres, qu'il a été enlevé lui-même par ordre de son ^rand-père, et mis sous clef dans quelque château , en attendant qu'il se corrige île son penchant à !a débauche; d'autres enfin pensent que» dans quelque tripot, il aura reçu une estocade qui l'aura envoyé ad patres , et que le vieux Jules cache sa mort pour ne pas vous réjouir trop tôt et pour retarder autant que possible le triomphe de la branche cadette. Voilà ce qu'on m'a 4it ; mais n'y ajoutez pas trop de foi , car tout cela peut être erroné.
SETTIillA. *
Mais il peut y avoir du vrai dans tout cela, et il faut absolument le savoir. Ah!' mon Dieu! et Astolphe qui ne se remue pasl... Il faut qu'il parte à l'instant pour Florence.
GABRIEL. S^j
3 *en fais honneur à ta nature, et je crois qu'il n'était pas l)esoin d'une destinée bizarre et d'une existence en deliors de toutes les lois pour que tu fusses le chef-d'œuvre <]e la création divine. Tu naquis douée de toutes les facultés, de toutes les vertus , de toutes les grâces, et l'on te méconnaît! l'on te calomnie!...
GABRIBLLE.
Que t'importe? Laisse passer ces orages ; nos tètes sont à l'abri sous l'égide sainte de l'amour. Je m'efforcerai d'ailleurs de les conjurer. Peut-être ai-je eu des torts. J'aurais pu montrer plus de condescendance pour des exigences insignifiantes en elles-mêmes. Nos parties de chasse déplaisent, je puis bien m'en abstenir ; on blâme nos idées sur la tolérance religieuse, nous pouvons garder fe silence à propos ; on me trouve trop élégante et trop futile, je puis m'habillçr plus simplement et m'assujettir un peu plus aux travaux du ménage.
ASTOLPHE
Et voilà ce que je ne souffrirai pas. Je serais un misérable si j'oubliais quel sacrifice tu m'as fait en reprenant les habits de ton sexe et en renonçant à cette liberté, à ^^^^te vie active, à ces nobles occupations de l'esprit dont ^«* avais le goût et l'habitude. Renoncer à ton cheval ? ^^/as! c'est le seul exercice qui ait préservé ta santé des •itérations que ce changement d'habitudes commençait à ■^^ faire craindre. Restreindre ta toilette? elle est déjà si ^^cieste! et un peu de parure relève tant ta beauté! ^^txe homme, tu aimais les riches habits, et tu donnais *^Os modes fantasques une grâce et une poésie qu'aucun ^ *^ous ne pouvait imiter. L'amour du beau, le sentiment ^ ^*élégance est une des conditions de ta vie, Gabrielle: étoufferais sous le pesant vertugadin et sous le collet ^(^esé de dame Barbe. Les travaux du ménage gâtelit tes belles mains, dont le contact sur mon front
enlève tous les soucis et dissipe tous les nuages. D ailleurs que ferais-tu de tes nobles pensées et des poétiques élans de ton intelligence au milieu des détails abrutissants et des prévisions égoïstes d'une étroite parcimonie? Ces pauvres femmes les vantent par amour-propre, et vingt fois le jour elles laissent percer le dégoût et Fennui dont elles sont abreuvées. Quant à renfermer tes sentiments généreux et à te soumettre aux arrêta de l'intolérance, tu l'entreprendrais en vain. Jamais ton cœur ne pourra se refroidir, jamais tu ne pourras abandonner le culte austère de la vérité ; et malgré toi les éclairs d'une cou* rageuse indignation viendraient briller au milieu des ténèbres que le fanatisme voudrait étendre sur ton âme. Si d'ailleurs toutes ces épreuves ne sont pas au-dessus de tes forces, je sens, moi, qu'elles dépassent les miennes; je ne pourrais te voir opprimée sans me révolter ouvertement. Tu as bien assez souffert déjà , tu t'es bien assez immolée pour moi.
G ABRI ELLE
Je n'ai pas souffert, je n'ai rien immolé; j'ai eu con- 6ance en toi, voilà tout. Tu sais bien que je n'étais pas ^assez faible d'esprit pour ne pas accepter les petites souffrances que ces nouvelles habitudes dont tu parles pouvaient me causer dans les premiers Jours ; j'avais des répugnances mieux motivées, des craintes plus graves. Tu les as toutes dissipées; je ne suis pas descendue comme femme au-dessous du rang où, comme homme, ton amitié m'avait placée. Je n'ai pas cessé d'être ton frère et ton ami en devenant ta compagne et ton amante ; ne m'as-tu pas fait des concessions, toi aussi? n'as-tu pas changé la vie pour moi ?
ASTOLPHB.
Oh! loue-moi de mes sacrifices 1 J'ai quitté le désordre dont j'étais harassé, et la débauche qui de plus en plus
GABRIEL. " ?5f
me faisait horreur, pour un amour sublime , pour des joies idéales ! Et loue-moi aussi pour le respect et la vénération que je te porte ! J'avais en toi le meilleur des amis; un soir Dieu fit un mirade et te changea en une maîtresse adorable : je ne t'en aimai que mieux. N'est-ce pas bien charitable et bien méritoire de ma part?
G ABRI ELLE
Cher Astolphe, je vois que tu es calme : va embrasser et rassurer ta mère, ou laisse-moi lui parler pour nous deux. J'adoucirai son antipathie contre moi, je détruirai ses préventions ; ma sincérité la touchera , j'en suis sûre; il est impossible qu'elle ne soit pas aimante et généreuse, elle est ta mèbel...
ASTOLPHE
Cher ange! oui, je suis calme. Quand je passe un instant pr^ de toi, tout orage s'apaise, et la paix des cieux descend dans mon âme. J'irai trouver ma mère, je ferai acte de respect et de soumission , c'est tout ce qu'elle demande ; après quoi nous partirons d'ici ; car le mal est sans remède, je le sais, moi 1 Je connais ma mère, je connais les femmes, et tu ne les connais pas , toi qui n'es pas à moitié homme et à moitié femme comme tu lo crois, mais un ange sous la forme humaine. Tu ferais ici de vains efforts de patience et de vertu , on n'y croirait pas; et, si on y croyait, on te serait d'autant plus hostile qu'on serait plus humilié de ta supériorité. Tu sais bien que le coupabfe ne pardonne pas à l'innocent les torts qu'il a eus envers lui ; c'est une loi fatale de l'orgueil humain, de l'orgueil féminin surtout, qui ne connaît pas lès secours du raisonnement et le frein de la force intelligente. Ma mère est orgueilleuse avant tout. Elle fut toujours un modèle des vertus domestiques; tristes vertus, crois-moi, quand elles ne sont inspirées ni par l'amour ni par le dévouement. Pénétrée depuis long-
temps do l'importanco do son rôle dans la famille et du raérile avec lequel elle s*en est acquittée , elle songe beaucoup plus à maintenir ses prérogatives qu*à donner du bonheur à ceux qui l'entourent. Elle est de ces personnes qui passeront volontiers la nuit à raccommoder vos chausses , et qui d'un» mot vous briseront le cœur, pensant que la peine qu'elles Ont prise pour vous rendre un service matériel les autorise à vous causer toutes les douleurs de l'âme. •*
Astolphe V tu juges ta mère avec une bien froide sévérité. Hélas ! je vois que les meilleurs d'entre les hommes n'ont pour les femmes ni amour profond hi estime complète. On avait raison quand on m'enseignait si soigneusement dans mon enfance que ce sexe joue sur la terre le rôle le plus abject et le plus malheureux!
ASTOLPHB.
mon amie ! c'est mon amour pour toi qui me donne le courage de juger ma mère avec cette sévérité. Est-ce à toi de m'en faire un reproche? T'ai-je donc autorisée à plaindre si douloureusement la condition où je t'ai rétablie.
GABRIELLE, l'embrassaiit avec effusion.
Oh! non, mon Astolphe, jamais ! Aussi je ne pense pas à moi quand je parle avec cette liberté des choses qui ne me regardent pas. Permets-moi pourtant d'insister en faveur de ta mère : ne la plonge pas dans le désespoir, ne la quitte pas à cause de moi.
ASTOLPHE
Si je ne le fais pas aujourd'hui, elle m'y forcera demain. Tu oublies, ma chère Gabrielle, que tu es vis-à-vis d'elle dans une position délicate, et que tu ne pourras jamais la satisfaire sur ce qu'elle a tant à cœur de connaître : ton passé, ta famille, ton avenir.
6ABRIELLE.
Il est vrai. Mon avenir' surtout, qui peut le prévoir? dans quel labyrinthe sans issue t'es-tu engagé avec moi !
ASTOLPHE
Et quel besoin avons-nous d'en sortir? Errons ainsi toute notre vie, sans nous soucier d'atteindre le but de la fortune et des honneurs. Ne faisons-nous pas ensemble ce bizarre et délicieux voyage, qui n'aura pour terme que la mort? N'es-tu pas à moi pour jamais? Eh bien , qu avons-nous besoin l'un ou l'autre d'être riche et de nous appeler prince de Bramante f Mon petit prince, garde ton titre, garde ton héritage, je n'en veux à aucun prix ; et si le vieux Jules trouve dans sa tortueuse cervelle quelque nouvelle invention cachée pour t'en dépouiller, console-toi de n'être qu'une femme, pauvre, inconnue au monde , mais riche de mon amour et glorieuse à mes yeux.
Crains-tu que cela ne me sufQse pas?
ASTOLPHE, la pressant dans ses bras.
Non, en vérité! je n'ai pas cette crainte. Je sens dans mon cœur comme tu m'aimes.
2ii GABRIEL.
t SETTIMIA.
Je le pense 1 je le pense si bien que je veux la confondre en présence du frère Côme.
ASTOLPHB.
Vous ne feriez pas une pareille chose , ma mère! non, vous ne le feriez pas!
SETTIMIA
Je le ferai! nous verrons si elle soutiendra son imposture en face de ce saint homme et en ma présence.
ASTOtPBB.
Son imposture? Est-ce un mauvais rêve que je fais? Est-ce de Crabrielle que ma mère parle ainsi? Qae se passe-t-il donc dans le sein de cette famille où j'étais revenu , plein de confiance et de piété , chercher l'estime et le bonheur?
SETTIMIA
Le bonheur! Pour le goûter, il faut le donner aux autres ; et vous et votre femme ne faites que m'abreuver de chagrins.
ASTOLPHE
Moi! si vous m'accusez, ma mère, je ne puis qu6 baisser la tète et pleurer, quoique en vérité je ne m^ sente pas coupable; mais Gabrielle 1 quels peuvent donc être les crimes de cette douce et angélique créature?
SETTIMIA
Ah ! vous voulez que je vous les dise? Eh bienJ J® '** veux , moi aussi; car il y a assez longtemps que je sou^r® en silence , et que je porte comme une montagne ^ ^^' nuis et de dégoûts sur mon cœur. Je la hais , votre "^' brielle; je la hais pour vous avoir poussé et pour '^^^^ aider tous les jours à me tromper en se faisant pa^' pour une fille de bonne maison et une riche hériti^^^®' tandis qu'elle n'est qu'une intrigante sans nom, sans *^^' tune, sans famille^ sans aveu, et, qui plus est, 0^^^
religion ! Je la hais , parce qu'elle vous ruine en vous entraînant à de folles dépenses, à la révolte contre moi , à la haine des personnes qui m'entourent et qui me sont chères... Je la hais, parce que vous la préférez à moi; parce qu'entre nous deux , s'il y a la plus légère dissidence, c'est pour elle que vous vous prononcez, au mépris de l'amour et du respect que vous me devez. Je la hais...
Assez, ma mère; de grâce , n'en dites pas davantage! vous la haïssez parce que je l'aime , c'est en dire assez.
SETTOifA, pleurant.
Eh bien , oui l je la hais parce que vous l'aimez , et vous ne m'aimez plus parce que je la hais. Voilà où nous en sommes. Comment voulez-vous que j'accepte une pareille préférence de votre part? Quoi ! l'enfant qui me doit le jour, que j'ai nourri de mon sein et bercé sur mes genoux, le jeune homme que j'ai péniblement élevé, pour qui j'ai supporté toutes les privations, à qui j'ai pardonné toutes les fautes; celui qui m'a condamnée aux insomnies , aux angoisses , aux douleurs de toute espèce , et qui , au moindre mot de repentir et d'affection , a toujours trouvé en moi une inépuisable indulgence, une miséricorde infatigable : celui-là me préfère une inconnue, une Slle qui l'excite contre moi, une créature sans cœur qui accapare toutes ses attentions , toutes ses prévenances , et qui se tient tout le jour vis-à-vis de moi dans une attitude superbe, sans daigner apercevoir mes larmes et mes déchirements, sans vouloir répondre à mes plaintes et à mes reproches, impassible dans son orgueil hypocrite, et dont le regard insolemment poli semble me dire à toute heure : — Vous avez beau gronder, vous avez beau gémir, vous avez beau menacer, c'est moi qu'il aime , c'est moi qu'il respecte , c'est moi qu'il craint ! Un
Si6 GÂCRiEL.
IDoide ma bouche, an regard de mes yeux, le ferc tomber à mes genoux et me suivre, fallût-il vous abc donner sur votre lit de mort , fallût-il marcher sur votcorps pour venir à moi ! Mon Dieu , mon Dieu ! et il s'étoni que je la déteste, et il veut que je l'aime ! {Elle sangloi AffTotPHB, qui a écouté sa mère dans un prqfon^ silence^ les bras croisés sur sa poitrine.
jalousie de la femme ! soif inextinguible de dominai^K^ m^^ tion l Est-il possible que tu viennes mêler ta détestabi M. ^dIo influence aux sentiments les plus purs et les plus sacré^^ ^^s de la nature ! Je te croyais exclusivement réservée au: vils tourments des âmes lâches et vindicatives. Je l'avais' vue régner dans le langage impur des courtisanes ; et dans les ardeurs brutales de la débauche, j'avais lut moi-même contre tes instincts féroces qui me rabaissaiei à mes propres yeux. Quelquefois aussi, ô jalousie! t'avais vue de loin avilir la dignité du lien conjugal, mêler à la joie des saintes amours les discordes ho" teuses, les ridicules querelles qui dégradent égalemes?' nt ce'ui qui les suscite et celui qui les supporte. Mais Je n'aurais jamais pensé que dans le sanctuaire auguste ^e la famille, entre la mère et ses enfants (lien sacré c* «Je la Providence semble avoir épuré et ennobli jusque ct:»^«2 la brute), tu osasses venir exercer tes fureurs! dét>^^* rable instinct, funeste besoin de souffrir et de faire sc^*^^' frir! est-il possible que je te rencontre jusque dao^ *® sein de ma mère! (// cache son visage dans ses md'^^^ et dévore ses larmes.)
sETTiMiA essuie les siennes et se lève.
Mon fils, la leçon est sévère! Je ne sais pas juscj"^ quel point il sied à un fils de la donner à sa mère; m^^^' de quelque part qu'elle mo vienne, je la recevrai coir»^^^ une épreuve à laquelle Dieu me condamne. Si je ^ ^' méritée de vous , elle est assez cruelle pour exp'^^
GABRIEL. i^7
temps le palais que monseigneur Gabriel occupe à Florence. Aux environs de la Sainl-Hubert, sa seigneurie part pour la chasse avec quelques amis, tantôt les uns, tantôt les autres, et elle n'emmène que ses piqueurs et son page. Je voudrais bien l'accompagner, mais elle me dit comme cela : c Tu es trop vieux pour courir le cerf, mon pauvre Marc; tu n'es plus bon qu'à garder la maison. » Et la vérité est... > Alors monseigneur m'a interrompu... c Moi, j'ai ouï dire qu'il n'emmenait aucun de ses domestiques , et qu'il partait toujours seul. Et l'on a remarqué qu'Astolphe Bramante quittait toujours Florence vers le même temps. » Quand j'ai vu le prince si bien informé, j'ai failli me déconcerter; mais il me croit si simple, ^u'il n'y a pas pris garde, et il a dit en se tournant vers M. l'abbé Chiavari , votre précepteur : « L'abbé , tout cela ne m'effraie guère. Il est bien évident qu'il y a de l'amour sous jeu; mais ils sont plus embarrassés pour sortir d'aiïaire que je ne le suis de les voir embarqués dans cette sotte intrigue. »
Et l'abbé, qu'a-t-il répondu?
MARC
11 a baissé les yeux en .soupirant, et il a dit: La femme;,
GABRIELLB.
Eh bien?
MARC
... Sera toujours femme! Son altesse jouait avec i^otre petit chien , et semblait rire dans sa barbe blan- ;he,ce qui m'a un peu effrayé; car, lorsque le prince 'umine quelque chose de sinistre, il a coutume de sou- •ire et de faire crier ce pauvre Mosca en lui tirant les oreilles.
2i8 GADHIEL.
maux inévilables. Je les avais prévus dès le prem'u
jour, et je ne l'aurais fait pressentir, pour rien au mond(
ce qui t'arrive aujourd'hui. Le mal éclate toujours asse^^^'^
tôt.
ASTOLPHE
Gabrielle ! tu as entendu ses invectives contre toi!.. • — -" Si toute autre que ma mère eût proféré la centième -CiJ''^*^® partie...
Calme-toi! tout cela ne peut m'ofîenser; je saurai ImM^ supporter avec résignation et patience. N'ai -je pas dans ton amour une compensation à tous les maux ? et pourvi^ que tu trouves dans le mien la force de subir toutes les misères attachées à notre situation...
ASTOLPHE
Je puis tout supporter, excepté de te voir avilie et per— *»^^®' sécutée.
Ces outrages ne m'atteignent pas. Vois-tu, Astolphe». ^^^®. tu m'as fait redevenir, femme , mais je n'ai pas tout à failf • »=^«' renoncé à être homme. Si j'ai repris les vêtements et les^-^^^^ occupations de mon sexe, je n'en ai pas moins conservé^^"^^ en moi cet instinct de la grandeur morale et ce calme dc^^ »^c la force qu'une éducation mâle a développés et cultivés^ — ^ " dans mon sein. Il me semble toujours que je suis quelque ^> '^^^^ chose de plus qu'une femme, et aucune femme ne peut ^ ^^ m'inspirer ni aversion , ni ressentiment , ni colère. C'est ^ "^^^ de l'orgueil peut-être ; mais il me semble que je descen- — '^^ " drais au-dessous de moi-même, si je me laissais émouvoir ^^^ ^ par de misérables querelles de ménage.
ASTOLPHE
Oh! garde cet orgueil, il est bien légitime... Être "^^ adoré ! tu es plus grand à toi seul que tout ton sexe réuni. Rapporles-cn l'honneur à ton éducation. si tu veux; moi,
GABRIEL. t50
MARC
La nourrice me l'a dit elle-même ces jours-ci au château de Bramante, et m*a montré une belle bourse, bien ronde , que le seigneur Astolphe lui a donnée pour se taire du moins sur sa proposition; car elle lui a nié obstinément qu'elle eût nourri un enfant du sexe féminin.
GABRIELLB.
La trahison de cette femme est au plus offrant; car elle a été raconter cela à mon grand-père , sans aucun doute.
MAfta Je le crains.
6ABRIELLE.
Qu*importe? Astolphe a fait sans doute cette démarche pour éprouver la fidélité de mes gens.
MARC
Quelle que soit l'intention du seigneur Astolphe, je crois qu'il serait temps que votre seigneurie obéît aux intentions de son grand-père; d'autant plus qu'au moment où je quittai le château l'abbé s'est approché de moi furtivement et m'a glissé ceci à l'oreille : « Dis à Gabriel , de la part d'un véritable ami , qu'il ne fasse pas d'imprudence ; qu'il vienne trouver son grand-père , et lui obéisse ou feigne de lui obéir aveuglément ; ou que , s'il ne se rend point à son ordre , il se cache si bien , qu'il soit à l'abri d'une embûche. Il doit savoir que le cas est grave, que l'honneur de la famille serait compromis par la moindre démarche hasardée, et que dans un cas semblable le prince est capable de tout. » Voilà , mot pour mot , ce que m'a dit votre précepteur ; et il vous est sincèrement dévoué , monseigneur.
Je le crois. Je ne négligerai pas cet avertissement. Maintenant , va le reposer, mon bon Marc ; tu en as bien besoin.
2C0 cvoniEL.
MARC
Il est vrai ! Peut-être que , quand je me serai rcpo je retrouverai dansr ma mémoire encore quelque cho quelque parole qui ne me revient pas dans ce moment
(// se retire. Gabrielle le rappelle.
Ecoute, Marc : si mon mari t'interroge, aie bien sa^^*^* de ne pas lui parler de la nourrice...
MABG.
Oh! je n*ai garde, monseigneur!
- Perds donc l'habitude de m'appeler ainsi ! Quand nou-^ ^:3)u sommes ici et que je porte ces veteinents de femmes ^r^®, tout ce qui rappelle mon autre sexe irrite Astolphe a» ^^ ^^ dernier point.
MARC
Eh! mon Dieu , je ne le j-ais que trop! Mais commeni ^^ ^^ faire? Aussitôt que je prends l'habitude d'appeler votr^'^^'^® seigneurie madame^ voilà que nous partons pour Flo^^^-''^ ' rence et qu'elle reprend ses habits d'homme. Alors j'ai^ ^^ , toujours le madame sur les lèvres, et je ne commence à '^^ reprendre l'habitude du monseigneur (jue lorsque votre seigneurie reprend sa robe et ses cornettes. (// sort.)