‹ Jean Zyska--GabrielChapitre 54 sur 63 · ANTONIO, FAUSTINA, ASTOLPHE · texte numérisé non relu

ANTONIO, FAUSTINA, ASTOLPHE

[Antonio^ pâle et se tenant à peine, se présente devant ^ eux au moment où ils vont sortir.)

vkvsrrmx , jetant un cri et reculant effrayée. Est-ce un spectre?...

ASTOLPHE

Ahl le del me l'envoie! Malheur à lui!...

ANTONIO , d^une voix éteinte.

Que dites-YOUS? Reconnaissez-moi. Donnez-moi du secours, je suis prêt à défaillir encore. (// se jette sur un banc.)

FAUSTINA

Il laisse après lui une trace de sang ! Quelle horreur ! que signifie cela? Vous venez d'être assassiné, Autouio?

ANTONIO

Non! blessé en duel... mais grièvement...

FAUSTINA

Astolphe! appelez du secours...

ANTONIO

Non, de grâce!.*, ne le faites pas... Je ne veux pas qu'on sache... Donnez-moi un peu d'eau!...

{Astolphe lui présente de l'eau dans un verre. Faustina lui fait respirer tui flacon. )

ANTONIO

Vous me ranimez...

ASTOLPHB.

Nous allons vous reconduire chez vous. Sans doute vous y trouverez quelqu'un qui vous soignera mieux que nous.

ANTONIO

Je vous remercie. J'accepterai votre bras. Laissezmoi reprendre un peu de force... Si ce sang pouvait s'arrêter...

PAusTiNA , lui donnant son mouchoir, qu*U met

sur sa poitrine.

Pauvre Antonio! tes lèvres sont toutes bleues... Viens chez moi...

ANTONIO

Tu es une bonne fille , d'autant plus que j'ai eu des torts envers toi. Mais je n'en aurai plus... Va, j'ai été bien ridicule... Astolphe, puisque je vous rencontre, quand je vous croyais bien loin d'ici , je veux vous dire ce qui en est... car aussi bien... votre cousin vous le dira, et j'aime autant m'accusor moi-même...

ASTOLPHE

Mon cousin , ou ma cousine.

ANTONIO

Ah ! vous savez donc ma folie? Il vous l'a déjà racontée... Elle me coûte cher ! J'étais persuadé que c'était une femme...

FAUSTINA

Que dit-il?

ANTONIO

Il m'a donné des éclaircissements fort rudes : un affreux coup d'épée dans les côtes.... J'ai cru d'abord que ce serait peu de chose , j'ai voulu m'en revenir seul chez moi; mais, en trawersant le Colisée, j'ai été pris d'un étourdissement et je suis resté évanoui pendant... je ne sais combien !... Quelle heure est-il?

FAUSTINA

Près de minuit.

ANTONIO

Huit heures venaient de sonner quand je rencontrai Gabriel Bramante derrière le Colisée.

ASTOLPHE , sortant comme d'un rêve.

Gabriel! mon cousin? Vous vous êtes battu avec luil Vous l'avez tué peut-être?

ANTONIO

Je ne Tai pas touché une seule fois , et il m'a poussé une botte dont je me souviendrai longtemps... (// boit de Veau.) Il me semble que mon sang s*arrête un peu... Ah ! quel compère que ce garçon-là 1... A présent je crois que je pourrai gagner mon logis... Vous me soutiendrez un peu tous les deux... Je vous conterai l'affaire en détail.

ASTOLPHE, à part.

Est-ce une feinte? Aurait-il cette lâcheté?.. {Haut,) Vous êtes donc bien blessé? [Il regarde la poitrine d^ Antonio. A part,) C'est la vérité, une large blessure. Gabrielle ! {Haut,) Je courrai vous chercher un chirurgien... dès que je vous aurai conduit chez vous...

FADSTINA.

Non! chez moi , c'est plus près d'ici.

{Ils sortent en soutenant Antonio de chaque côté.

soi GABRIEL.

PAUSTINA.

Ah! voilà le hic! Fais apporter d'autres sorbets, si toutefois il te reste de quoi les payer.

A un signe d'Astolphe on apporte un plateau avec des glaces et des ligueurs,)

J'ai encore de quoi payer tes révélations, dussé-je vendre mon corps aux carabins ; parle... (// $e verse des liqueurs et boit avec pi'éoc€upation.)

FAUSTINA

Vendre ton corps pour un secret? Eh bien, soit: l'idée est charmante : je ne veux de toi qu'une nuit d'amour. Cela félonne? Tiens , Astolphe , je ne suis plus une courtisane; je suis riche, et je suis une femme ga* lante. N'est ce pas ainsi que cela s'appelle? Je t'ai toujours aimé , viens enterrer le carnaval dans mon boudoir.

ASTOLPHE

Étrango fille! tu te donneras donc pour rien une fois dans ta vie? [Il boit.)

PAUSTINA.

Bien mieux , je me donnerai en payant, car je te dirai le secret d'Antonio ! Viens-tu ? ( Elle se lève.)

ASTOLPHE , se levant.

Si je le croyais , je serais capable de te présenter un bouquet et de chanter une romance sous tes fenêtres.

FAUSTINA.-

Je ne te demande pas d'être galant. Fais seulement comme si tu m'aimais. Être aimée, c'est un rêve que

j'ai fait quelquefois , hélas !

ASTOLPHE

Malheureuse créature ! j'aurais pu t'aimer, moi ! car j'étais un enfant, et je ne savais pas ce que c'est qu'une femme comme toi. . Tu mens quand tu exprimes un pareil regret.

OÀBBIEL. 205

FAUSTINA

Oh ! Astolphe , je ne mens pas. Que toute ma vie me soit reprochée au jour du jugement, excepté cet instant où nous sommes et cette parole que je te dis ; Je t'aime !

ASTOLPHE

Toi?... Et moi, comme un sot, je t'écoute partagé entre Tattendrissement et le dégoût 1

FAUSTINA

Astolphe , tu ne sais pas ce que c'est que la passion d'une courtisane. Il est donné à peu d'hommes de le savoir, et pour le savoir il faut être pauvre. Je viens de jeter tes derniers écus dans la rue. Tu ne peux te méfier de moi, je pourrais gagner cette nuit cinq cents sequins. Tiens , en voici la preuve.

( Elle tire un billet de sa poche et le lui présente. )

ASTOLPHE, le lisant.

Cette offre splendide est d'un cardinal tout au moins.

FAUSTINA

Elle est de monsignor Gafrani,

ASTOLPHE

Et tu l'as refusée ?

FAUSTINA

Oui , je t'ai vu passer dans la rue, et je t'ai fait' dire de monter chez moi. Ah! tu étais bien ému quand tu as su qu'une femme te çlemandait ! Tu croyais retrouver la dame de tes pensées ; mais te voici du moins sur sa trace, puisque je sais où elle est.

lu le sais! que sais-tu?

FAUSTINA

N'arrive-t^lle pas de Calabre ?

ASTOLPHE

furies!... qui te Ta dit?

pas. J'ai bien assez lutté , et, pour arriver où j'en suis , ce n'était pas la peine. (// regarde à la croisée,) Uu homme seul?... Va lui parler au travers du guichet. Sache ce qu'il veut; mais, si c'est Astolphe, je te défends d'ouvrir. [Marc sort.) Qui donc t'a conduit vers moi, mon pauvre Mosca? Un ennemi m'aurait*il fait ce cadeau généreux du seul être qui me soit resté fidèle malgré l'absence?

MÀBC , revenant.

C'est monsieur l'abbé Cbiavari , qui demande à vous parler. Mais ne vous fiez point à lui, monseigneur, il peut être envoyé par votre grand-père.

GABRIEL, sortant.

Plutôt être cent fois victime de la perfidie que de faire injure à l'amitié. Je vais à sa rencontre.

MARC

Voyons si personne ne vient derrière lui dans la rue. (// arme ses pistolets et se penche à la croisée.) Non, personne.

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