ACTE I, SCÈNE V
J’ignore si l’erreur égara ses esprits ;
Mais enfin l’échafaud en sera-t-il le prix?
Est-ce ^ux ministres saints , si le ciel s’en offense , D’usurper en son nom le soin de sa vengeance ?
Le meurtre honore-t-il le père des mortels ?
Et les bûchers pour lui sont-ils donc des autels ?...
On veut que de l’état le péril manifeste Fasse taire le cri d’une pitié funeste ?
Votre captive un jour peut , libre de ses fers , Repousser nos drapeaux jusqu'au-delà des mers ?
D’un héros , sous ses traits , j’admire le courage :
Mais du sort , comme nous , elle a connu l’outrage ;
La victoire une fois a trahi sa valeur....
Eh bien ! d’un noble hommage houorons le malheur !... Vos soldats à grands cris appellent la vengeance :
Qui de nous avec eux n’est pas d’intelligence ?
Mais la vengeance , prince , est dans nos seules mains , L’honneur devant nos pas en ouvre les chemins. Paraissez *, et, fidèle à votre renommée ,
Venez de vos regards échauffer votre armée ; Marchez à notre tète , et dirigez nos bras.
Allons tenter encor le destin des combats ;
Et, de quelque côté que penche la victoire ,
Sachons vaincre sans honte ou mourir avec gloire.
LK DUC
Il suffit ; j’ai pesé vos différens avis.
Le zèle les dicta ; l’estime en est le prix.
J’ordonnerai bientôt du sort de ma captive....
Jeanne d'Arc à Rouen. ( 3 e . édit. ) a
iô JEANNE D’ARC.
Du comte de Dunois un message m’arrive ;
Sur ma foi dans ces murs il demande à me voir.
Je conçois ses motifs et le veux recevoir ;
Un autre soin me porte à souhaiter sa vue.
Qu’il vienne ; et qu’une trêve , entre nous convenue , Jusqu’à la fin du jour suspende les combats.
Allez , brave Talbot , au-devant de ses pas ;
C’est ainsi que je dois honorer sa vaillance....
Noble Waryvick , je fie à votre vigilance La garde de la ville et celle de ces lieux :
Allez : sur l’intérêt et du trône et des deux,
Je veux quelques instans me consulter moi-même ;
Et vous saurez alors ma volonté suprême.