‹ Jeanne d'Arc à RouenChapitre 17 sur 62 · ACTE II, SCÈNE IV. a · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV. a

Remettre la captive au pontife suprême :

Arbitre souverain, qu’il prononce lui-même !...

Mais les soins de l'état , à ma garde commis ,

Veulent qu’à la clémence ici je mette un prix.

LE COMTE DE DÜNOIS vivement.

Parlez.

LE DUC DE BEDFORD

Mille guerriers que je ferai connaître ,

Me seront à l’instant rendus par votre maître.

LE COMTE DE DÜNOIS vivement.

Vous demandez beaucoup... Nos plus braves rivaux Iraient donc librement rejoindre vos drapeaux!... Mais on ne verra point les enfans de la France Compter les ennemis qu’affronte leur vaillance :

Je souscris à vos vœux , et j’en donne ma foi.

LE DUC DE BEDFORD

Trop long- temps la captive a répandu l’effroi :

Pour rassurer enfin 1’Augleterre alarmée ,

Dix otages, par moi choisis dans votre armée,

Me répondront qu’un jour on ne la verra pas Fuir encor sa retraite et chercher les combats.

LE COMTE DE DÜNOIS hésitant.

Dix otages , par vous choisis dans mon armée !

Et de l’honneur pour eux la carrière fermée?...

Mais l’honneur est partout où la patrie en pleurs ,

Où la vertu souffrante appellent les grands cœurs ;

JEANNE D’ARC

Il est dans les fers même... et , j’ose ici le croire ,

Mes guerriers d’un tel choix brigueraient tous la gloire.

Quels faits plus éclatans pourraient dans l’avenir Illustrer de leurs noms le noble souvenir !

LE DUC DE BEDFORD

Eh bien! dès ce moment ne craignez plus pour elle Et d’ un accord heureux portez-lui la nouvelle.

LE COMTE DE DUNOIS

Je pourrais ?...

LE DUC DE BEDFORD

Elle va s’offrir devant vos yeux..,.

(En allant vers le fond du théâtre. )

Gardes, que ma captive, admise dans ces lieux ,

Du prince librement puisse se faire entendre....

( Au comte de Dunois, )

C’est d’elle , c’est de vous que son sort va dépendre;

Voyez-la... Cependant , ne puis-je dans ma cour,

Seigneur, vous retenir jusqu’à la fin du jour?

La duchesse avec moi s’applaudit et s’honore De revoir un héros que tant d’éclat décore ,

Qui , sur les mêmes bords , né des mêmes aïeux ,

De deux peuples rivaux attache tous les yeux.

Moi-même , profitant du jour qui nous rassemble...

Mais j’entends la captive , et je vous laisse ensemble.

{ Il sort. )

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