‹ Jeanne d'Arc à RouenChapitre 19 sur 62 · ACTE II, SCÈNE V. 3i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V. 3i

Je ne marcherai plus sur vos pas glorieux!...

Et je puis le promettre en présence des deux.

LE COMTE DE DUNOIS

Le duc , de votre foi veut encor d’autres gages.

La France doit pour vous remettre dix otages.

Et parmi les Anglais que nous livra le sort Rendre mille guerriers que choisira Bedford.

JEANNE D’ARC

J’admirais, qu’abjurant une haine homicide, L’Angleterre oubliât l’intérêt qui la guide...

Puisque telle est , seigneur , sa générosité ,

Mon sang à si haut prix serait trop acheté.

LE COMTE DE DUNOIS

O ciel ! de ce discours que faut-il que je peuse ?

JEANNE D’ARC irec chaleur.

Qui ? moi , d’un tel échange accepter l’espérance ?

LE COMTE DE DUNOIS avec noblesse .

Je n’ai fait que remplir les ordres de mon roi.

JEANNE D’ARC vivement.

J’aurais fait comme vous... Vous feriez comme moi. Que Charles , de ses vœux pressant ma délivrance , Oublie en ma faveur l’intérêt de la France ,

Il le peut : mais, seigneur, est-ce à moi d’oublier

32 JEANNE D’ARC

L’intérêt qu’à mes jours il veut sacrifier?

Quoi ! les plus fiers guerriers que la Tamise vante 1 Qui , jusqucs à la Loire, ont porté l’épouvante ,

D’un impuissant courroux frémissent dans nos fers ! L’intrépide Talbot , plus grand dans les revers.

Lui seul de nos rivaux retarde la ruine !

Et Valois , quand déjà leur puissance décline ,

De leurs plus braves chefs briserait les liens ,

Et , d'un parti vaincu délivrant les soutiens , Remettrait en péril le sàlut de la France !...

Le soldat , je le sais , peut avec assurance ,

Partout où vous serez , affronter les combats :

Le pourra-t-il , partout où vous ne serez pas ?

Et des flots de son sang ma patrie arrosée ,

Pour moi de plus de sang sera-t-elle épuisée !...

Non , seigneur... ah ! plutôt, quittez ces tristes lieux j La France appelle ailleurs vos destins glorieux : L’Eternel (si telle est sa volonté suprême)

Saura , dans ce danger , me secourir lui-même ;

Hé! n’a-t-il pas, du glaive armant mes faibles mains, D’Orléans sous mes pas aplani les chemins !...

Grand Dieu , des Philistins quand la haine cruelle Outrageait le vengeur de ton peuple fidèle ,

Il éleva vers toi , d’un saint zèle enflammé ,

Son front souillé de cendre et son bras désarmé ;

Et du temple , témoin de leurs coupables fêtes ,

La voûte , en s’agitant , s’écroula sur leurs têtes....

Eh bien ! si de mes vœux la pieuse ferveur Peut encor de tes dons m’obtenir la faveur ,

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