CHAPITRE II
par quel cliomin il fallait prendre , et en quel lieu il lui fallait aller.
Cependant , soit que les voix , comme les appelait la jeune fille, fussent courroucées de son hésitation, soit que le temps d'agir ne fût point encore venu , Jehanne resta quelques mois sans rien voir. Alors l'inquiétude la prit; la pauvre enfant se crut tombée dans la disgrâce du Seigneur; et, voyant qu'elle était abandonnée par ses protectrices célestes, elle se composa une oraison pour les prier de revenir à elle , puis elle alla s'agenouiller devant l'autel de sainte Catherine, et la récita du plus profond de son cœur. La prière était conçue en ces termes :
" Je requiers Noire-Seigneur et Notre-Dame de m'envoyer conseil et confort sur ce qu'il lui plaît que je fasse , et cela par l'intermédiaire du bienheureux saint Michel et des bienheureuses sainte Catherine et sainte Marguerite. »
A peine Jehanne avait-elle prononcé ces paroles que la nuée lumineuse s'abaissa et s'ouvrit comme d'habitude, et que les envoyés célestes parurent. Seulement , celte fois , c'était l'ange Gabriel qui accompagnait les deux saintes. Alors Jehanne baissa la tête, et la voix habituelle se fit entendre :
— D'où vient que tu doutes et que lu hésites, Jehanne? dit la voix. D'où vient que tu demandes comment les choses que tu dois accomplir s'accompliront ? Tu ne sais pas le chemin qui conduit au roi, dis-tu; les Hébreux non plus ne connaissaient pas le chemin qui pouvait les conduire à la Terre promise, et cependant ils se mirent en roule, et la colonne de feu les guida.
— Mais , dit Jehanne , enhardie par la douceur de cette voix qu'elle s'attendait à trouver courroucée; où est l'ennemi que je dois combattre, et quelle est la mission que je dois accomplir ?
— L'ennemi que tu dois combattre, répondit la voix, est devers Orléans; et pour que tu ne fasses plus de doute que nous le disons la vérité, aujourd'hui son chef de guerre,
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le comlo de Salisbury , a élé lue : la mission quo in dois remplir est de faire lever le siège de la bonne ville du duc d'Orléans, qui est prisonnier en Angleterre, et de mener sacrer Charles VII à Rheims; car, tant qu'il ne sera point sacré, il ne sera que dauphin, et non pas roi.
— Mais , dit Jehanne, je ne puis aller ainsi seule. A qui faut-il que je m'adresse pour me prêter aide et secours?
— Tu as raison, Jehanne, reprit la voix ; va donc au lieu voisin nommé Vaucouleurs, qui seul, dans la contrée de Champagne , a conservé sa fidélité au roi ; et là demande h parler au bon chevalier Robert de Beaudricourt ; dis-lui hardiment de quelle part lu viens, et il te croira. Et de peur qu'on ne cherche à te tromper ou que tu ne t'adresses à un autre, regarde, et tu verras la vraie ressemblance de ce chevalier.
Jehanne leva la tête , et vit effectivement un chevalier sans casque , sans épée et sans éperons : elle le regarda quelques secondes pour bien graver ses traits en sa mémoire ; puis peu à peu cette nouvelle vision disparut. Jehanne se retourna vers le saint et les saintes, mais ils étaient remontés au ciel.
Dès lors, Jehanne n'hésita plus et se prépara dans son cœur au départ; mais c'était une si terrible résolution à prendre pour une jeune fille que celle de quitter ainsi pa^ rents et patrie, que les jours se succédèrent, et que Jehanne sans force passait son temps à pleurer. Un jour qu'elle était tout en larmes, elle fut surprise par son jeune frère Pierre : elle l'aimait beaucoup, et lui-même, de son côté, l'aimait beaucoup aussi. Il lui demanda ce qu'elle avait, Jehanne lui conta tout. L'enfant lui offrit de partir avec elle; c'était tout ce qu'il pouvait offrir.
Quelques jours s'écoulèrent encore, la nouvelle du siège d'Orléans et du grand danger que courait la ville se répandit alors de tous côtés , et redoubla la consternation de ceux qui étaient restés fidèles au roi. Ce fut sur ces entrefaites que le saint jour de l' Epiphanie arriva , et qn'eurent
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lieu à Domromy les évéïKinicnls qiio nous avons racontt's dans noire premier chapitre.
Ces événements annoncèrent à Jt-hanne que l'Iieure de son départ éiait arrivée ; car elle avait vu le sire de Beaudricourt tellement semblable à l'image qui lui en était apparue , qu'elle n'avait eu qu'à jeter un regard sur lui pour le reconnaître : elle avait donc pris la décision de chercher la soliiude pour consulter une fois encore ses voix ; et si ses voix lui ordonnaient de partir, fut-ce à l'instant même, elle était, cette fois, résolue à leur obéir.