‹ Jeanne d'ArcChapitre 12 sur 95 · LE CAPITAINE DE BEAUDRICOURT · texte numérisé non relu

LE CAPITAINE DE BEAUDRICOURT

A peine Jehanne eut-elie fait quelques pas sur la route que les oiseaux des champs et des bois, qui, par la neige qui était tombée, étaient privés depuis la veille de nourriture , accoururent autour d'elle , comme s'ils eussent su que Jehanne leur apportait du grain. La jeune fdie se rappela alors que sa première intention avait été celle-là ; et elle sema , tout en marchant , autour d'elle le blé et le chèncvis dont, comme l'avait dit Perre, elle était rentrée pour faire provision. Elle arriva ainsi sous l'arbre des Fées, qui , à celte époque , était tout dépouillé de son beau feuillage, toujours accompagnée de son escorte ailée, qui couvrit les branches du beau mai, et qui se mil à chanter les louanges du Seigneur dans une langue qui, pour être inintelligible aux hommes, n'en est pas moins entendue de Dieu.

Lin ce moment la cloche du village sonna midi; Jehanne avait remarqué que c'était surtout lorsque sonnaient les cloches que ses visions avaient l'habitude de lui apparaître. Elle se mit alors à genoux , comme elle était accoutumée de faire dès qu'elle entendait cette voix de bronze qui parle

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aux hommes au nom du Seigneur , et , pleine d'espérance et de foi, elle fit aux saints et saintes sa requête accoutumée. Jehanne n'avait point cru et espéré vainement. A peine la prière fut-elle finie que les oiseaux qui couvraient les branches de l'arbre se turent , que la nuée s'abaissa , et que ses protecteurs célestes apparurent à ses yeux.

— Jehanne, lui dirent-ils, tu as eu foi en Dieu et en nous ; sois bénie ! fais ainsi qu'il a été ordonné , enfant ; marche sans crainte de l'égarer , et ne te rebute pas d'un premier refus : inessire le roi du ciel te donnera la persuasion.

— Mais, demanda Jehanne, dois-je ainsi m'exposer toute seule par les chemins , ou me hasarder dans les villes , sans protection visible; et ne me prendra-t-on pas pour quelque enfant perdu , ou quelque aventurière de méchante vie?

— La protection de Dieu suffit à qui croit en Dieu , Jehanne; mais, puisque tu désires un protecteur, avant que tu ne te sois relevée de dessus tes genoux le Seigneur l'en enverra un. Ainsi donc, plus de délai, d'hésitation : marche! marche, Jehanne, car le moment est venu.

— Que la volonté de Messire soit faite ! dit Jehanne. Je ne suis que la plus humble entre ses servantes , et j'obéirai.

A peine Jehanne avait-elle prononcé ces mots , que la nuée s'envola et que les oiseaux recommencèrent leurs chants. Quant à Jehanne , elle achevait une oraison mentale , oraison pieuse et filiale , dans laquelle elle priait ses ])arents de lui pardonner si elle les quittait ainsi sans leur (lire adieu et leur demander leur bénédiction. Mais Jehanne connaissait son père : c'était un homme sévère de cœur et d'esprit, et elle savait qu'il ne lui permettrait jamais de quitter la maison pour se hasarder ainsi au milieu des hommes d'armes et sur les champs de bataille.

Jehanne était encore à genoux quand elle entendit qu'on l'appelait. En même temps tous les oiseaux qui chantaient sur l'arbre s'envolèrent. Jehanne se retourna , et aperçut son oncle Durand Haxart. Elle comprit que c'était le pro-

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