CHAPITRE III
toctonr (jiio ses voi\ lui avainU proniis , el, so relovant aussitôt , clic marcha droit à lui , pleine de conriauce et de sérénité, quoique les larmes involontaires du départ tremblassent encore aux cils de ses longues paupières.
— C'est toi, Jehannelte, dit maître Durand; (pie faistu donc là , mon enfant, tandis que ton père et la mère te cherchent de tous côtés ?
— Hélas! mon oncle , répondit la jeune fdlc en secouant tristement la tète, ils m'appelleront et me chercheront long-temps encore ainsi : car je viens de les quitter peutêtre pour toujours.
— Kt où vas-tu donc , Jehaunette ?
— Je vais où Dieu m'envoie , mon oncle , et mes voix viennent de me dire que je pouvais compter sur vous pour m'accompagner où je vais.
— Écoute, Jehannette , répondit maître Durand, si ce matin tu m'avais fait une pareille proposition , je t'eusse prise par le bras et ramenée à ion père en lui disant de te mieux garder désormais qu'il nel'avait fait jusqu'alors ; mais, après ce que j'ai vu de mes yeux et entendu de mes oreilles , je me sens lout disposé à t'aider , fût-ce à faire une folie. Raconte-moi donc ce qui t'est arrivé , dis à quoi je puis l'être bon , et compte sur inoi.
Jehanne prit avec son oncle le chemin de Neufchûteau , où il demeurait, et tout le long de la route lui narra les choses que nous venons de raconter nous-même ; de sorte que, par cette réaction si naturelle aux gens incrédules, en arrivant à la porte de sa maison , c'était M. Durand Haxart qui soutenait et reconfortait Jehanne. Cependant il jugea à propos de faire un petit changement au projet adopté pai' la jeune fdle : ce projet, c'était de la précéder à Vaucouleurs, et de prévenir le capitaine Robert de Beaudricoiirt de la visite qu'il allait recevoir. Comme Jehanne hésitait surtout à se présenter seule , elle accepta l'oiïre de son oncle avec reconnaissance.
Maître Durand parJit le lendemain; mais l'accueil du
32 JEllAMVE-LA-PUCELLE.
capilaiiie Boaudi icoiirt fui loin d'olre tel qu'on l'allondait : déjà une femme, nommée Marie Davignon , s'appuyant sur la prophétie de Meriin , avait demandé à être présentée au roi, affirmant qu'elle avait des choses importantes h lui révéler; mais, une fois en sa présence, elle n'avait rien eu à lui dire, sinon qu'une fois un ange lui était apparu qui lui avait présenté des armes , et qu'à la vue de ces armes elle avait eu une si grande peur , que le céleste envoyé s'était hâté de lui dire que ces armes n'étaient point pour elle , mais bien pour une autre femme à qui il était réservé de sauver la France. Or, comme le capitaine Beaudricourt craignait d'avoir affaire à quelque aventurière du même genre , il répondit à maître Durand que sa nièce était une folle , et qu'il lui conseillait de la ramener à son père et à sa mère , après l'avoir bien souffletée.
Maître Durand rapporta cette réponse à sa nièce , qui se mit aussitôt en prière , invoquant les voix dans les termes accoutumés : cette fois, comme les autres, l'archange et les saintes apparurent ; Jehanne les interrogea sur l'échec qu'elle venait d'éprouver , et la voix lui dit : « Tu as douté, Jehanne, tandis que Dieu veut des cœurs pleins de foi : Dieu t'avait ordonné d'aller là toi-même, et tu y as envoyé un autre; et cet autre n'a point réussi , car c'est à toi seule que Dieu a donné le don de la persuasion. Pars donc , car tout peut se réparer encore; tandis que, si lu attends , tout sera perdu.
Jehanne vit qu'il n'y avait plus à hésiter, et elle partit le jour qui était le vendredi d'après les Rois de l'an de grâce 1Z|29 ; elle arriva à Vaucouleurs dans la nuit : son oncle, qui l'avait accompagnée, frappa h la porte d'un charron qui leur donna l'hospitalité. La femme du charron voulait partager son lit avec Jehanne; mais Jehanne refusa , et, s'élant mise en oraison , elle pria jusqu'au jour.
Cette oraison lui donna une si grande assurance, que, lorsqu'elle crut que l'heure était venue de se présenter chez le sire de Beaudricourt , elle refusa l'aide de son
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ojirlo on (lisant que les voix lui avaient recommandé d'y aller seule : en elTet , vers les neuf heures du malin , elle se présenta chez le capitaine. Comme il était de fort bonne Iieure encore , cette visite égaya fort les gens d'armes qui l'introduisirent aussiiôl chez leur maître , quoiqu'il fût en ce moment en conférence avec un brave chevalier nommé Jean de Novelompont , qui arrivait à l'instant même de Gien sur la Loire , et qui apportait au sire de Beaudricourt la nouvelle de la mort du comte de Saiisbury.
Jehanne entra , et, s'avançant vers le capitaine : — Messire Robert , lui dit-elle , sachez que mon Seigneur m'a depuis long- temps ordonné d'aller devers le gentil dauphin , qui doit être , qui est , et qui sera le seul et véri^ table roi de France.
— Et quel est ce seigneur, ma mie? demanda en souriant le sire de Beaudricourt.
— Le roi du ciel, répondit Jehanne.
— Et quand vous serez près du dauphin , qu'arrivera-t-il ?
— Que le dauphin me donnera des gens d'armes; que je ferai lever le siège d'Orléans, et qu'après l'avoir fait lever, je le mènerai sacrer à Rheims.
Les deux chevaliers se regardèrent et éclatèrent do rire.
— Ne doutez pas, dit Jehanne de cet air sérieux et calme qui lui était habituel, car, par ma foi, je vous dis l'exacte vérité.
— iMais ce n'est pas la première fois que je vous vois , ce me semble? dit le sire de Beaudricourt en regardant Jehanne.
— C'est moi, répondit la jeune fille, qui, le jour des Rois , vous ai annoncé à Domremy la mort du comte de Saiisbury , que ce noble chevalier, ajouta-t-elle en se tournant vers Jean de Novelompont , vient de vous confirmer tout à l'heure.
Le chevalier tressaillit, car il était arrivé dans la nuit et n'avait parlé à personne de la nouvelle qu'il apportait; le capitaine lui- même fut ébranlé dans son doute.
— iMais, dit-il à la jeune fdle , si lu savais avant tout le monde le trépassement du noble comte, tu dois savoir aussi de quelle façon il est trépassé?
— Oui, sans doute, répondit Jebanne : il élait près d'une fenêtre, dans une touinc'le d'où il regardait la bonne et fidèle ville d'Orléans, lorsque Messire, qui connaît, qui traite et qui récompense les hommes selon leur mérite , permit qu'il fût frappé par un éclat de pierre qui lui creva l'œil du coup, et dont, deux jours après, il est passé de vie à trépas.
Les deux chevaliers se regardèrent avec étonnement, car tous ces détails étaient de la plus grande exactitude. Cependant , connue ces révélations pouvaient venir aussi bien de l'enfer que du ciel , messire de Beaudricourt , afin d'avoir le temps de se consulter , congédia Jehanne sans lui rien promettre.
Jehanne s'en revint chez le charron, sans être trop rebutée encore par le froid accueil qu'elle avait reçu, car ses voix lui avaient dit qu'on ferait doute d'elle pendant quelque temps, mais qu'à la fin Dieu lui donnerait le don de la persuasion. Là elle s'établit, tenant le moins de place possible chez ces bonnes gens afin de ne les point gêner , passant ses journées à l'église, se confessant souvent, jeûnant et communiant , et ne cessant de répéter qu'il fallait la conduire chez le noble dauphin , et qu'arrivée là elle le mènerait sacrer à Rheims après avoir fait lever le siège d'Orléans : elle était si jeune , elle était si belle , de si douces et si chastes paroles tombaient de ses lèvres , que' 1(* pauvre peuple , toujours plus poité vers l'espérance que ne le sont les grands , parce que plus on est malheureux plus on est crédule, la suivait quand elle sortait, lui faisant une escorte de ses prières, et disant que c'était réellement ruie sainte femme, et que, si on la repoussait, les