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malheurs qui iiienaçaienl la France retomberaient en même temps sur ceux qui l'auraient repoussée.
Ce concert universel de louanges arriva au sire de Beaudricourt , qui , déjà ému en lui-même de ce qui s'était passé, alla trouver le curé de Vaucouleurs, et lui raconta tout ce qu'il savait. Le curé réfléchit un instani, puis, partageant les craintes du capitaine à l'endroit de la magie , il lui dit qu'il n'y avait qu'un moyen de s'assurer si la divination lui venait de Dieu ou de Satan, et que ce moyen était l'exorcisme. Le sire de Beaudricourt accepta la proposition ; le curé revêtit son étole, prit un crucifix, et tous deux s'acheminèrent vers la maison où demeurait Jehanne.
Ils trouvèrent Jehanne en prière; le curé et le capitaine entrèrent dans sa chambre et ouvrirent la porte afin que chacun pût voir ce qui allait se passer. Jehanne resta en oraison comme elle était, et alors le curé lui présenta le crucifix, et l'adjura , si elle était mauvaise, de s'éloigner d'eux ; mais Jehanne , au contraire , se traîna sur ses genoux jusqu'au prêtre, puis baisa les deux bouts de l'étole, et les plaies du côté, des mains et des pieds du Christ , le tout avec tant de foi et de ferveur, que le curé déclara qu'elle pouvait être folle, mais qu'à coup sûr elle n'était pas possédée.
Sire Robert de Beaudricourt s'éloigna donc, rassuré sur le fait de magie; mais celte assurance n'était point suffisante pour le déterminer à faire ce que demandait Jehanne. Elle n'était point possédée, il est vrai , mais, comme le disait le curé , elle pouvait être folle , et que dirait-on , d'ailleurs , d'un homme d'armes portant lance et épée, et qui enverrait à son roi une fennne pour le défendi-e? Jehanne avait donc vaincu le doute, mais il lui restait à combattre l'oigueil.
Le lendemain de ce jour , comme sa renommée de piété s'étendait de la ville de Vaucouleurs aux villages environnants, Ucné d'Anjou , duc de Bar, qui depuis long-temps
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élail ma'acle et que les médecins ne pouvaient guérir , l'envoya chercher pour la consulter sur son ma!. Jehanne se hâia de se rendre près de lui , comme elle faisait près de tout souffrant qui l'appelait ; mais , arrivée en sa présence, elle lui déclara qu'elle n'avait reçu du ciel qu'une seule mission , celle de faire lever le siège d'Orléans et de mener sacrer Charles VII à Rheims. Au reste, elle lui dit de prendre bon courage et de ne plus donner à ses sujets le scandale de vivre en inimitié avec sa femme , comme il le faisait; puis, lui recommandant la crainte de Dieu , elle prit congé de lui en lui promettant de prier pour sa guérison. Le duc lui donna quatre francs qu'elle distribua aux pauvres en sortant de chez lui.
Comme elle rentrait à Vaucouicurs, elle rencontra le chevalier Jehan de Novelompont , qui se promenait par les rues avec un autre prud'homme nommé Bertrand de Poulangy. Jehan de Novelompont, qui la reconnut , alla à elle , et, comme cette jeune fdle avait fait sur lui une forte impression, et qu'il arrivait chaque jour de plus tristes nouvelles du siège :
— Ah! Jehanne, lui dit-il , serons-nous donc réduits a voir le roi chassé de France et forcés de nous faire Anglais?
— Ah ! répondit Jehanne , rien de tout cela n'arriverait cependant si l'on me voulait croire; mais malheureusement le sire de Beaudricourt n'a souci ni de moi ni de mes paroles, et ainsi il nous fait perdre un précieux temps : il faut cependant que je sois devers monseigneur le dau phin avant la Mi-Carême, et dussé-je user mes jambes jusqu'aux genoux, j'y serai certainement, car personne au monde, ni enijiereur, ni roi, ni duc, ni fdle de roi d'Ecosse, ni aucun autre, ne peut relever le royaume de France : il n'y a de secours pour lui qu'en moi. Et pourtant j'aimerais mieux rester à fder près de ma pauvre mère , car ce n'est jias là mon ouvrage ; mais il faut (|ue j'aille et que je le fasse, puisque mon Seigneur le veut.