‹ Jeanne d'ArcChapitre 20 sur 95 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

la réputation de la jeune inspirée s'en augmenta de telle façon que le soir tout le peuple accourut sous les fenêtres de son hôtellerie et demanda à la voir. Jehanne parut aussitôt sur un balcon, et répéta au peuple, de sa voix douce et pleine de foi, qu'elle était envoyée du Seigneur pour sauver le roi et la France , de sorte que le pauvre peuple, plus rassuré par les paroles de cette jeune fille qu'il ne l'eût été par une armée de vingt mille hommes , se relira tout joyeux en criant : Noël ! Le soir, une partie de la ville fut illuminée en signe d'allégresse.

Le lendemain , à dix heures du matin , le roi envoya chercher Jehanne. Jehanne, qui s'attendait à ce message, ne fit aucunement attendre l'envoyé royal , mais , au contraire, le suivit aussitôt; tous deux arrivèrent à Château- Chinon , où le roi les attendait. Ils étaient accompagnés d'une grande foule de peuple qui, aussitôt qu'elle avait aperçu Jehanne, s'était pressée sur ses pas, et qui resta en dehors de la porte afin d'avoir des nouvelles de cette entrevue. Jehanne monta hardiment l'escalier et entra dans la chambre du roi ; elle y trouva Charles Ylf, avec l'archevêque de Rheims et messeigneurs de Bourbon et de la Trémoïlle.

Alors l'archevêque de Rheims commença à interroger Jehanne, lui demandant d'où elle était, comment se nommaient ses parents et de quelle manière l'inspiration lui était venue. Jehanne raconta toute la partie de sa vie dont elle put se souvenir, et cela si simplement et si modestement que les auditeurs sentirent la foi qui les gagnait à leur tour. Lorsqu'elle eut fini son récit , l'archevêque de Rheims lui demanda s'il n'y avait pas dans les environs de la maison de son père un bois, et quel était le nom de ce bois. Jehanne répondit qu'effectivement il y avait une forêt, laquelle forêt on voyait du seuil de sa porte, et que cette forêt s'ap])elait le bois Chenu. Alors l'archevêque se retourna vers le roi et les sires de Bourbon et de La Trémoïlle en disant : — C'est bien cela. En efl'et , la prophé-

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tie de Merlin disait que la jeune fille qui devait sauver la France viendrait e neinore canuio. Le roi et ses conseillers paraissaient donc à peu près convaincus; cependant ils voulurent pousser Jehanne jusqu'au bout; en conséquence, l'archevêque, revenant à elle :

— Jehanne, lui dit-il, vous avez promis à notre sire le roi de faire connaître la vérité de votre mission par un signe irrécusable; quel est ce signe? nous attendons qu'il se manifeste à nos yeux ; et s'il est tel que vous nous le dites, nous sommes tous prêts à croire que vous êtes la véritable envoyée de Dieu.

— Attendez-moi, dit Jehanne, et mettez-vous en prière en m'altendant.

Alors elle sortit et passa dans la chapelle voisine, où elle se trouva seule ; arrivée en face de l'autel, elle s'agenouilla, et d'une voix pleine de cette foi qui soulève les montagnes :

— Mon très-doux Seigneur, dit-elle , je vous requiers en l'honneur de votre sainte passion de permettre que le bienheureux archange Michel et les bienheureuses saintes Catherine et Marguerite se manifestent à votre humble servante, s'il est toujours en votre intention que ce soit moi, pauvre fille, qui vienne en aide en votre nom au royaume de France.

A peine Jehanne avait-elle prononcé ces paroles, que le nuage s'abaissa de la façon accoutumée et s'ouvrit, laissant voir non-seulement l'archange et les deux saintes, mais encore , dans un lointain resplendissant , une foule d'autres anges qui battaient des ailes et chantaient les louanges du Seigneur. Jehanne fut tellement éblouie de cette splendeur qu'elle baissa les yeux.

— Tu nous as appelés, Jehanne, dit la voix, que veux-tu ?

— Bienheureux saint Michel, et vous, mes saintes protectrices, répondit Jehanne, je vous ai appelés pour que vous donniez le signe à l'aide duquel je dois me faire re-

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connaître à monseigneur le dauphin pour la véritable envoyée de notre Seigneur.

— Tu as foi en nous, Jehanne, dit la voix, et nous tiendrons la promesse que nous l'avons faite.

A ces mots, saint Michel fit un geste, et un ange se détachant du chœur céleste descendit d'un seul coup d'aile des profondeurs du ciel à la surface de la terre : cet ange tenait à la main une couronne de pierreries tellement resplendissante qu'à peine si des yeux humains en pouvaient supporter l'éclat.

— Voilà le signe promis, Jehanne, dit la voix ; et quand les plus incrédules l'auront vu, à l'instant même ils cesseront de douter.

— Ainsi soit-il, dit Jehanne.

Et aussitôt le nuage se referma et remonta au ciel. Mais l'ange qui portait la couronne resta sur la terre, et quand Jehanne releva les yeux, elle le vit debout devant elle.

L'ange alors, sans dire un seul mot, mais avec un doux sourire, fit signe à Jehanne de le suivre, et, la menant par la main, il marcha ou plutôt glissa vers la porte de la chapelle qui donnait dans la chambre du roi : arrivés là , Jehanne et l'ange trouvèrent Charles VII et ses conseillers encore à genoux et priant ; mais à peine eurent-ils vu la jeune fdie et l'envoyé céleste qu'elle leur amenait, qu'ils se relevèrent pleins de surprise. L'ange alors lâcha la main de Jehanne et, s'avançant vers le roi, qui était distant de la porte d'une longueur de lance à peu près, il s'inclina devant lui, et remettant la couronne aux mains de l'archevêque qui était à ses côtés :

— Sire, dit-il, je viens vous annoncer que vous êtes en la grâce du Seigneur, qui vous envoie cette jeune fille pour la délivrance du royaume : mettez-la donc hardiment à la besogne en lui donnant des gens d^'armes en aussi grande quantité que vous en pourrez réunir ; et en preuve qu'elle doit vous faire sacrer à Rheims, voici ja couronne céleste que le Seigneur notre Dieu vous envoie. i\e doutez

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donc plus, sire: car clouter encore, ce serait offenser le Seigneur.

Et à ces mots, l'ange lâcha la couronne qu'il avait tenue jusqu'alors, et glissant de nouveau sur la terre, de manière qu'il était impossible de distinguer, à cause de sa longue robe , s'il marchait ou volait , il rentra dans la chapelle , d'où Jehanne le vit quitter doucement le sol et s'élever à travers le plafond. A cette vue, la pauvre enfant se mit à pleurer, car son âme, qui pressentait tout ce que son corps aurait à souffrir sur la terre , avait grand désir de suivre ce bel ange au ciel; mais le moment du bonheur éternel n'était point encore venu pour elle. Et l'envoyé du ciel la laissa les mains jointes, sans lui octroyer sa prière, quelque ardente qu'elle fût.

Alors Jehanne se releva avec un profond soupir, et allant au roi :

— Gentil dauphin, lui dit-elle en lui indiquant la couronne du doigt , mais sans la toucher, voici votre signe , prenez-le.

Et alors Charles VII s'inclina devant l'archevêque de Rheims, qui lui posa la couronne sur la tête.

A partir de ce moment il fut à peu près décidé qu'on aurait foi entière dans Jehanne; cependant les conseillers demandèrent au roi que la jeune fille fût préalablement envoyée à Poitiers, où étaient la cour du parlement et plusieurs grands clercs en théologie ; mais alors le roi déclara que ce serait lui-même qui conduirait Jehanne dans cette ville; en conséquence il lui fit dire le lendemain de se tenir prête à partir. Jehanne demanda où on allait la mener, et il lui fut répondu que c'était à Poitiers.

— Par ma foi, je sais que j'aurai beaucoup à y faire, dit Jehanne ; mais n'importe, Messire m'aidera. Allons-y donc, du moment où c'est le bon plaisir du roi que nous y allions.

Le lendemain Jehanne partit pour la ville de Poitiers. Elle y trouva assemblés et 1 attendant tout ce qu'il y avait

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