LE CONVOI
On retrouva à Chinoii le duc d'Alençon , qui était prisonnier des Anglais depuis la bataille de Verneuil , et qui ne s'était racheté que moyennant la somme de deux cent mille écus , dont il avait payé moitié comptant , laissant en otage pour le reste sept de ses gentilshommes. Aussi n'était-il pas revenu incontinent devers le roi , mais s'était-il occupé de vendre sa terre et seigneurie de Gougers , dont il avait tiré cent quarante mille écus; si bien qu'avec cent mille il avait dégagé les otages , et arrivait avec le reste pour remonter sa maison de guerre.
Le duc d'Alençon trouva toute la ville de Chinon dans la joie et l'espérance ; car le bruit s'y était déjà répandu que Jehanne avait été reconnue pour une sainte fille. Sans partager encore cette allégresse , le duc n'y fut cependant point entièrement insensible ; l'influence morale de l'inspirée se faisait déjà sentir, et chacun parlait de marcher aux Anglais comme s'il s'agissait d'aller à une fête. Ce fut dans ce moment que le roi et Jehanne revinrent à Ghinon.
Le duc avait un tel désir de venger sur les Anglais la captivité qu'il venait de subir, que tout moyen qui devait le conduire directement à ce but lui paraissait excellent. Aussi reçut-il Jehanne sinon avec une foi bien entière, du moins avec une grande confiance apparente. Le roi, après avoir embrassé en bon parent le duc d'Alençon, sachant son grand désir de retourner à la bataille , lui donna mission de précéder Jehanne à Blois, et de mettre tout en état pour que le convoi fût prêt avant huit jours.
Le duc d'Alençon partit aussitôt ; la duchesse , qui était restée une semaine à peine avec son mari, pleurait fort
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d'un départ si précipité ; mais Jehanne la reconforta , on lui disant : « Au nom de Dieu , madame la duchesse , je vous promets de vous ramener le gentil duc sain et sauf. » La duchesse , qui était une pieuse femme , se consola à cette promesse , car elle était de ceux qui croyaient fermement à l'inspiration de Jehanne.
Lorsque le duc d'Alençon fut parti , on s'occupa immédiatement du départ de Jehanne. On lui donna l'état d'un chef de guerre , c'est-à-dire un écuyer, un page , deux hérauts et un chapelain. L'écuyer se nommait Jehan Daulon ; le page, Louis de Comtes dit Imerget ; l'un de ses hérauts , Guyenne ; l'autre , Ambleville , et enfin le chapelain , frère Pasquerel.
Ce premier soin accomph , le roi lui fit donner une armure complète; mais Jehanne renvoya l'épée, disant que ce n'était point de celle-là qu'elle devait se servir, mais bien du glaive que l'on trouverait sur le tombeau d'un vieux chevalier qui- était dans une des chapelles de l'église de Sainte-Catherine-de-Fierbois. On lui demanda à quoi on reconnaîtrait ce glaive ; elle répondit que c'était à cinq fleurs de lis qui se trouvaient sur la lame et près de la poignée. On s'informa encore si elle connaissait cette arme pour l'avoir vue: ce à quoi elle dit qu'elle ne la connaissait aucunement, mais que ses voix lui avaient recommandé de se servir de celle-là et non d'une autre. L'armurier du roi fut envoyé à Sainte-Catherine-de-Fierbois , et trouva l'épée à l'endroit désigné. Elle fut fourbie et nettoyée , et Charles VII lui fit faire un beau fourreau de velours tout parsemé de fleurs de lis d'or.
Cependant les jours s'écoulaient, et l'on était arrivé à la fin d'avril ; il n'y avait plus de temps à perdre , la ville d'Orléans n'ptant soutenue dans son courage et sa fidéhté que par le secours miraculeux qu'elle attendait. Le roi donna congé à Jehanne, et elle partit pour Blois, accompagnée du maréchal de Rayz , de la Maison , de Lava! , de Poton, de La Hire, d'Ambroise de Loré, de l'amiral de