‹ Jeanne d'ArcChapitre 23 sur 95 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

(Voilant , et de deux cent cinquante à trois cents hommes d'armes à peu près.

Arrivée à Blois , elle fut forcée de s'y arrêter quelques jours pour attendre plus nombreuse compagnie; car, quoique Jehanne répétât sans cesse que peu importait le nombre des soldats avec lequel elle partait , pourvu qu'elle partît, les autres chefs ne voulurent pas se mettre en route sans une force un peu imposante. Jehanne fut donc forcée de séjourner à Blois encore une semaine à peu près ; ce que voyant , à son grand regret , elle mit le temps à profit en faisant faire un étendard de soie blanche , tout parsemé de fleurs de lis d'or, avec notre Seigneur au milieu , tenant le monde dans sa main , et , à sa droite et à sa gauche, deux anges à genoux et en prières ; puis , du côté où n'étaient point peintes les saintes images , elle fit écrire ces deux mots : Jhesus Maria. En outre de cet étendard de guerre , elle ordonna qu'une autre bannière pareille fût faite , et elle la remit aux mains de frère Pasquerel , son chapelain , pour la porter dans les marches , les fêtes et les processions. Les deux étendards furent bénits dans l'église de Saint-Sauveur de Blois.

Ce ne fut pas tout encore. Pendant ce séjour forcé, Jehanne dicta au frère Pasquerel une lettre que , ne sachant point écrire , elle signa d'une croix. Cette lettre était conçue en ces termes, et nous la copions textuellement sur un manuscrit contemporain, et avec la langue et l'orthographe de l'époque.

« Jésus Maria ,

» Roy d'Angleterre , faites raison au Roy du ciel de son sang royal; rendez les clefs îi la Pucelle de toutes les bonnes villes que vous avez enforcées : elle est venue de par Dieu pour réclamer le sang royal, et est toute prête de faire paix si vous voulez faire raison ; par ainsi que vous mettrez jus, el payerez de ce c{ue vous l'avez tenue ; roy d'Angle-

terre , si ainsi ne le faites , je suis chef de guerre ; en quelque lieu que j'atteindrai vos gens en France, s'ils ne veulent obéir, je les ferai issir, veuillent ou non ; et s'ils veulent obéir, je les prendrai à mercy. Croyez que s'ils ne veulent obéir, la Pucelle vient pour les occir : elle vient de par le Roy du ciel corps pour corps vous bouter hors de France; et vous promet et certifie qu'elle y fera si gros hahay, que depuis mille ans en France ne fut veu si grand , si vous ne lui faites raison : et croyez fermement que le Roy du ciel lui envoyera plus de forces à elle et à ses bonnes gens d'armes, que ne sauriez avoir à cent assauts. Entre vous, archers, compagnons d'armes, gentils et vaillants, qui êtes devant Orléans, allez vous-en en votre pays de par Dieu ; et si ne le faites ainsi , donnez-vous de garde de la Pucelle, et qu'il vous souvienne de vos dommages. Ne prenez mye votre opinion que vous tiendrez la France du Roy du ciel , le fds de sainte Marie. Mais la tiendra le roy Charles , vray héritier, à qui Dieu l'a donnée , qui entrera à Paris en belle compagnie. Si vous ne croyez les nouvelles de Dieu et de la Pucelle, en quelque lieu que vous trouverons, nous ferirons dedans à horions, et sy verrez lesquels auront meilleur droit de Dieu ou de vous, Guillaume de la Poule, comte de Suffort; Jehan, sire de Tallebot, et Thomas , sire de Seales , lieutenant du duc de Betfort , soi-disant régent du royaume de France pour le roy d'Angleterre.

» Faites réponse si voulez faire paix à la cité d'Orléans ; se ainsi ne le faites , qu'il vous souvienne de vos dommages, duc de Betfort , qui vous dites régent de France pour le roy d'Angleterre , la Pucelle vous requiert et prie que vous ne vous faciez mye deslruire. Si vous ne lui faites raison , elle fera tant que les François feront le plus beau fait que oncques fut fait en la chrostienneté.

» Escript le mardi en la grande semaine. »

Au dos de la lettre était cette suscription :

« Entendez les nouvelles de Dieu et de la Pucelle. Au

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