‹ Jeanne d'ArcChapitre 25 sur 95 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

— Oui , répondit-i! , et bien content de voire arrivée.

— C'est vous , continua Jehanne , qui avez donné le conseil de passer par la Sologne au lieu de passer par la Beauce ?

— J'ai donné ce conseil, parce que c'était, non-soulenient le mien , mais celui des plus sages capitaines.

— Et vous avez eu tort, dit Jehanne, car le conseil (!e Messire est plus sage que celui des hommes : si nous avions suivi le sien , nous serions à cette heure dans Orléans , tandis qu'il nous reste la rivière à traverser.

— Eh bien I reprit le bâtard , il y a un moyen de la traverser tranquillement, c'est de la remonter jusqu'au château de Checy, qui est à deux lieues environ au-dessus d'ici, et qui a garnison française : les barques d'Orléans remonleront en même temps que nous, et on les chargera sous la protection de la forteresse.

— Au nom de Dieu , faisons donc ainsi, dit Jehanne ; et elle se remit en chemin la première , quoique depuis le malin elle fût restée à cheval sans en descendre ni se désarmer. De son côté , le bâtard d'Orléans rentra dans la ville afin de diriger en personne les bateaux qui devaient remonter vers le château de Checy.

Le convoi se remit en route , et vers les trois heures de l'après-dînée arriva au château de Checy ; mais le ciel était à l'orage depuis une heure ; la pluie tombait par torrents , et le vent , qui venait de l'est , était si contraire qu'il n'y avait pas possibilité , tant que ce vent durerait , que les barques pussent remonter le courant du fleuve. Jehanne vit le découragement que cette découverte amenait dans son escorte; alors se retournant vers les chefs:

— Ne vous ai-je pas assuré au nom de Messire , ditelle , que le plaisir de Messire était que nous missions les vivres dans Orléans à notre aise, et que les Anglais ne feraient pas même semblant de nous empêcher?

—r Oui sans doute , vous nous avez assuré cela , répon-

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dit le duc d'Alençon , mais je ne vois pas que le moment soit bien choisi pour nous rappeler cette promesse.

— Au nom de Dieu , ayez donc patience , dit Jehanne , car avant un quart d'heure le vent sera changé.

A ces mois , Jehanne descendit de cheval , et , s'éloignant de quelques pas , elle commença de prier Dieu avec son ardeur et sa foi accoutumées, et, en effet, avant même que sa prière fût achevée , le vent avait sauté de Test à l'ouest , et , de contraire , était devenu favorable : les hommes d'armes se regardaient les uns les autres , ne sachant que penser de ce qu'ils voyaient de leurs propres yeux; mais il n'y avait pas à douter, Jehanne avait prédit ce qui arrivait ; les plus incrédules furent donc convaincus.

Une heure après, les bateaux arrivèrent, remontant légèrement le fleuve , comme si c'était la main de Dieu qui les poussât : sur le premier était le bâtard d'Orléans avec plusieurs autres nobles hommes d'armes , et les premiers parmi les bourgeois de la ville.

On chargea les grains, les animaux et les munitions sur les bateaux, et l'on n'eut qu'à les abandonner au fil de la rivière ; pendant ce temps la garnison faisait une sortie et occupait les Anglais sur la rive droite , de sorte que rien n'empêcha le convoi d'arrriver à sa destination. Dans le dernier bâtiment venait Jehanne , entre le comte de Dunois et La Hire : deux cents lances les suivirent, tandis que le reste de la compagnie retournait à Blois pour y préparer un second convoi.

Toute la population prévenue par Dunois s'était portée sur le quai et attendait Jehanne; la jeune fille mit pied à terre et trouva un beau cheval blanc tout équipé sur lequel elle monta : son entrée fut triomphale; les Orléanais, devançant l'avenir, la recevaient déjà en libératrice.

Jehanne, après s'être rendue à l'église où l'on chanta un Te Deum, descendit en l'hôtel du trésorier du duc d'Orléans : c'était un brave homme nommé Jacques Boucher, fort dévoué à son maître , qui avait demandé et obteiju la

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faveur d'être son hôte : ce fut là seulement qu'elle se désarma et qu'elle demanda un peu de vin; on lui en apporta la moitié d'une tasse d'argent qu'elle remplit d'eau , y coupa cinq ou six tranches de pain, et ne voulut rien manger autre chose pour son souper ; puis presque aussitôt elle se relira dans sa chambre avec la femme et la fille de son hôte. Bientôt la femme se retira , mais la fille resta avec elle, Jehanne l'ayant priée de partager son lit.

Ce fut ainsi que Jehanne fit son entrée dans la ville d'Orléans, le 29 avril 1429; au milieu d'un enthousiasme tel qu'il semblait , dit le journal du siège , aux bourgeois et aux hommes d'armes qu'un ange de Dieu ou Dieu luimême fût descendu parmi eux.

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