CHAPITRE VI
LE SIÈGE D'ORLÉAAS.
L'entrée de Jehanne dans Orléans n'avait point opéré d'une façon moins extraordinaire sur l'esprit des assiégeants que sur celui des assiégés : seulement , autant sa présence apportait de confort aux derniers , autant elle jetait d'inquiétude parmi les autres. Les Anglais avaient beaucoup ri d'abord en apprenant qu'une femme s'était présentée au roi Charles VU , disant qu'elle avait mission ue les chasser de France; puis le bruit que cette femme était véritablement inspirée s'était répandu. On parlait de miracles opérés par elle ; et , qu'on se le rappelle , on était encore dans une époque de foi ou de superstition , où l'on croyait facilement aux choses extraordinaires, soit qu'elles vinssent de Dieu , soit qu'elles vinssent de Satan ; soit que ce fût le ciel qui les opérât , ou l'enfer qui leur donnât naissance. Quoi qu'il en soit, Jehanne avait dit que le convoi entrerait dans Orléans, et deux fois, la première en
6^ JEHANINE-LA-PUCELLE.
remontant , et la seconde en descendant la Loire , le convoi était effectivement passé à un trait d'arc des bastides des Anglais, sans que d'aucune de ces bastides le moindre mouvement eût été fait pour s'opposer à ce passage , si bien que la première prophétie de la Pucelle s'était déjà accomplie en tout point : il y avait donc, comme nous l'avons dit , un grand trouble dans l'armée anglaise.
Soit que Jehanne devinât l'effet qu'elle avait produit, soit que l'inspiration du Seigneur la poussât à agir ainsi , elle voulait , dès le lendemain de son arrivée, attaquer les ouvrages des Anglais; mais Dunois, le sire de Gamache , et plusieurs autres braves capitaines, dont les noms seuls indiquaient que ce n'était point par crainte qu'ils s'opposaient au projet, furent d'un avis tout contraire. Jehanne , qui croyait que le roi lui avait donné le commandement en chef de l'armée , insistait avec toute l'opiniâtreté de la confiance , et, en effet , elle était presque prèle à l'emporter, lorsque le sire de Gamache , irrité de ce ton de commandement qui l'humiliait dans une femme , se leva, et s'adressant à La Hire et au sire d'Illiers que Jehanne avait amenés à son avis :
— Puisqu'on écoute , dit-il , l'avis d'une péronnelle de bas lieu mieux que celui d'un chevalier tel que moi , je ne me rebifferai plus contre. En temps et lieu ce sera ma bonne épée qui parlera , et peut-être y périrai-je. Mais le roi et mon honneur le veulent , désormais je défais ma bannière, et je ne suis plus qu'un pauvre écuyer. J'aime mieux avoir pour maître un noble homme qu'une fille qui auparavant a peut-être été je ne sais quoi. Et à ces mots, ployant sa bannière , il la remit aux mains du comte de Dunois.
Dunois était, comme nous l'avons dit, d'une opinion opposée à celle de Jehanne; il est probable même qu'il n'avait pas grande foi lui-même dans la mission dont elle se disait chargée ; mais il comprenait le parti qu'on pouvait tirer de la foi qu'elle inspirait aux autres : aussi s'in-