‹ Jeanne d'ArcChapitre 27 sur 95 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

terposa-t-il aussitôt entre Jchanne et le sire de Gamache , disant à celui-ci qu'il serait toujours libre de combattre quand et comme il le voudrait , et qu'il était de ceux-là qui n'ont d'ordres à recevoir que de Dieu et du roi , disant à Jelianne que ce n'était qu'un léger retard , et que l'on combattrait aussitôt qu'un renfort , qu'il attendait de Blois, serait arrivé. Enfin il fit si bien que Jehanne et le sire de Gamacbe se donnèrent la main , fort en rechignant il est vrai ; mais enfin ils se la donnèrent : c'était tout ce que désirait Dunois, qui espérait'que cette mésintelligence disparaîtrait sur le champ de bataille.

Ce qui avait surtout calmé Jehanne, c'était la promesse que lui avait faite Dunois qu'il partirait le lendemain en personne pour Blois, afin de hâter l'arrivée de ce renfort: de son côté , elle voulut employer fructueusement sa journée , et dicta une seconde lettre adressée aux chefs anglais , et rédigée dans les mêmes termes à peu près que la première ; puis , lorsque cette lettre fut écrite et signée de sa croix, elle appela Ambleville, son second héraut, et lui ordonna de la porter au comte de Sulîolk. Mais alors Ambleville fit remarquer à Jehanne que Guyenne, qui était porteur de la première lettre, n'était point encore revenu, et que, bien loin de le relâcher, les Anglais, contre le droit des gens, l'avaient retenu prisonnier, et menaçaient de le brûler comme hérétique ; mais Jehanne le rassura. — Au nom de Dieu , dit-elle avec sa confiance ordinaire , va en toute sécurité, car ils ne te feront aucun mal, ni à toi ni à lui; bien au contraire, ne fais aucun doute que tu ramèneras ton compagnon , et dis à Talbot que s'il s'arme je m'armerai aussi : libre à lui , s'il peut me prendre, de me faire brûler ; mais si je le déconfis , que de son côté , en revanche, il fasse lever les sièges, et s'en retourne en son pays avec les Anglais.

Tout cela ne rassurait que médiocrement le pauvre Ambleville; mais le comte de Dunois lui remit de son côté, pour le comte de Sulîolk , une lettre dans laquelle il an-

nonçait au général anglais que la vie de tous les prisonniers ainsi que celle des hérauts envoyés pour traiter des rançons, lui répondaient de la vie des deux messagers d'armes de la Pucelle : en effet, comme l'avait prédit Jehanne, Ambleville et Guyenne furent renvoyés le même soir, mais sans rapporter aucune réponse des chefs anglais aux deux lettres qu'ils avaient reçues.

Le lendemain , après avoir conduit avec La Hire et une bonne partie de la garnison , jusqu'à une lieue hors de la ville, le comte de Dunois qui , ainsi qu'il lui en avait fait la promesse la veille , allait chercher du renfort à Blois , Jehanne voulut répéter de vive voix aux Anglais ce qu'elle leur avait déjà fait savoir par écrit. En conséquence, elle monta sur un des boulevards des assiégés qui se trouvait en face de la bastille anglaise des Tournelles , et s'approchant d'eux à découvert jusqu'à la distance de soixante pas à peine, elle leur ordonna, sous peine de malheur et honte, de se retirer, non-seulement de devant la ville, mais encore de sortir du royaume. Mais , au lieu d'obtempérer à cette réquisition , sire Guillaume Gladesdale et le bâtard de Grandville , qui commandaient la bastille des Tournelles, ne répondirent à Jehanne que par de grosses injures, la renvoyant garder les vaches dans son village, et traitant les Français d'hérétiques et de mécréants. Jehanne écouta assez patiemment toutes les injures qui lui étaient personnelles, si grossières qu'elles fussent; mais lorsqu'elle entendit insulter les Français : — Vous mentez, s'écria-telle ; et puisque vous ne voulez point partir d'ici de bonne volonté, vous en partirez bientôt de force; mais vous qui m'insultez , vous ne verrez point ce départ.

Cependant le bâtard d'Orléans , accompagné des seigneurs de Retz et de Loré , tirait vers Blois, où ils arrivèrent le lendemain au soir : ils se présentèrent aussitôt au conseil du roi pour remontrer le grand besoin que la ville avait d'un nouveau convoi de vivres et d'un nouveau renfort d'hommes ; l'un et l'autre leur fut accordé , et cette fois

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