‹ Jeanne d'ArcChapitre 28 sur 95 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'on décida que , pour plus grande diligence , on passerait par la Beauce au lieu de passer , comme la première fois , par la Sologne , et cela au mépris des Anglais; car depuis l'heureuse réussite de Jehanne, l'armée du roi avait repris une telle confiance que , dit la chronique anonyme de la Pucelle, avant qu'elle arrivât, deux cents Anglais chassaient aux escarmouches quatre cents Français, tandis que, depuis sa venue , deux cents Français chassaient quatre cents ennemis.

On fit une telle diligence pour rassembler vivres et soldats , que le troisième jour de mai le second convoi se trouva prêt à partir. Il se mit donc en route vers les neu: heures du matin , et le soir même coucha à mi-chemin de Blois et d'Orléans, en un village que le chroniqueur ne nomme pas, mais qui devait être Beaugency ou Saint-Ay. Le U, il continua son chemin vers la ville, décidé à forcer le passage , quoique , dans le cas où l'on en viendrait aux mains, les Anglais dussent se trouver plus de trois contre un ; mais , comme le Bâtard arrivait en vue de la ville , il aperçut la Pucelle , avec La Hire et la plupart des capitaines d'armes qui venaient au devant de lui en belle ordonnance et enseignes déployées. Bientôt les deux troupes se joignirent , et passèrent ainsi réunies devant les Anglais , qui n'osèrent sortir de leurs bastides , et laissèrent ce second convoi rentrer dans la ville sans lui faire plus d'opposition qu'ils n'en avaient fait au premier.

Le comte de Dunois trouva la garnison renforcée d'un très-grand nombre d'hommes d'armes qui étaient arrivés la veille de 31ontargis , de Gien , de Château-Renard , du pays de Gâtinois et de Châteaudun, de sorte qu'il fut convenu entre lui et Jehanne que dès le lendemain on reprendrait l'offensive.

Jehanne était très-fatiguée ; car, les deux jours précédents, il lui avait fallu recevoir chez elle tous les notables de la ville, et sortir par les rues pour se montrer au peuple ; puis , la nuit précédente , elle s'était tenue éveillée et

66 JEHANIVE-LA-PUCELLE.

armée, de peur que le Bâtard ne revînt, et que si elle était désarmée elle n'eût point le temps de lui porter secours : confiante dans la promesse que venait de lui faire Dunois pour le lendemain , elle se fit donc désarmer , se jeta tout habillée sur son lit et s'endormit.

Cependant quelques notables de la ville , voyant la garnison toute reconfortée par la présence de Jehanne et par l'arrivée des vivres , profitèrent de ce moment de réaction pour entraîner sur leurs pas quantité de gens de trait et du commun, et faire une sortie; cette sortie improvisée fut dirigée contre la bastille de Saint-Loup , une des plus fortes et des mieux défendues; en effet, elle était commandée par un vaillant capitaine nommé Guerrard, et elle était parfaitement garnie d'hommes d'armes et de munitions. Aussi les Français furent-ils vigoureusement reçus ; mais comme ils avaient repris dans leur enthousiasme un courage extrême, ils s'acharnèrent aux murailles, rendant coup pour coup, mort pour mort, de sorte que le combat s'engagea des deux côtés avec un si terrible acharnement que depuis le commencement du siège on n'en avait point encore vu un pareil.

Tout à coup Jehanne, qui , ainsi que nous l'avons dit, s'était jetée sur son Ht et qui dormait depuis une heure à peu près, s'éveilla en criant :

— A moi, mon écuyer! à moi, sire Daulon, à moi !

— Qu'y a-t-il ? demanda Daulon en entrant vivement dans sa chambre.

— Il y a, s'écria Jehanne en sautant en bas de son lit et en saisissant son casque, il y a que les Français ont affaire en ce moment devant une bastille, et qu'il me faut armer, car il y en a déjà beaucoup de tués et de blessés.

Et elle s'arma en toute hâte, en criant : — Mon cheval ! mon cheval ! Mais Daulon ne la pouvait armer et aller chercher son cheval tout à la fois : il acheva de lui boucler sa cuirasse , et voulut sortir ; mais Jehanne l'arrêta.

— Restez, restez, lui dit-elle; achevez de vous armer,

Page 1