‹ Jeanne d'ArcChapitre 32 sur 95 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

nous entrerons hienlôt. Faites un peu reposer vos gens , buvez et mangez , puis retournez à l'assaut , et vous verrez qu'en moins d'une demi-heure tout sera en notre pouvoir.

3Iais tout le monde était tellement découragé de cette longue lutte sans résultat , que les plus braves étaient d'avis de rentrer dans la ville, quand tout à coup le sire Daulon , pensant que si l'on voyait marcher la bannière de Jehanne contre le boulevard tout le monde la suivrait , voulut la prendre des mains du soldat pour la porter en avant ; mais le soldat à qui Jehanne l'avait confiée , et qui était tout fier d'un pareil dépôt, ne voulut pas la rendre. Daulon lui proposa d'aller ensemble contre les Anglais ; il y consentit, et tous deux se prenant par la main coururent vers le fossé , criant : — En avant ! hommes d'armes , en avant !

Ce qu'avait prévu le sire de Daulon réussit alors pleine* ment ; sans s'inquiéter davantage des chefs de guerre , les soldats et les gens du commun coururent au boulevard. Jehanne, qui s'était retirée dans une vigne pour prier Dieu de rendre le courage aux cœurs faibles , entendit un grand bruit , elle leva la tête, vit tout le monde qui retournait à l'assaut. Elle se jeta aussitôt au plus pressé de cette foule , arriva jusqu'à l'endroit où était son étendard , le reprit des mains du soldat qui le tenait , et , le levant audessus de sa tête , elle l'agita de toute sa force. L'effet de cette apparition fut magique ; les plus éloignés revinrent, les juoins assurés reprirent cœur. De leur côté , les Anglais , qui croyaient Jehanne morte ou du moins grièvement blessée, s'effrayèrent de la revoir armée, vigoureuse et presque saine et sauve ; il leur sembla qu'un miracle seul pouvait amener ce retour , et ils s'intimidèrent à la pensée que Dieu combattait pour les Français. En ce moment , pour augmenter encore la confusion qui commençait à se répandre parmi eux, les bourgeois d'Orléans, conduits par le commandeur de Girenne , vinrent attaquer

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la bastille par le pont. Un brave charpentier vint jeter une large poutre de l'arche brisée sur les ïournelles : le commandeur de Girenne s'y élança le premier, en criant : — A mort , à mort les Anglais !

Sir Guillaume Gladesdale , entendant ces cris , et craignant qu'en son absence ses gens ne se défendissent mal et ne se laissassent surprendre par derrière , voulut courir à l'endroit d'où venaient ces cris. Jehanne le vil s'éloigner pour gagner le pont-levis à l'aide duquel on communiquait du boulevard aux Tournelles : — Rends-toi , Gladesdale , rends-toi ! lui cria-t-elle ; rends-toi au Roi des cieux , et il te sera fait merci ! Tu m'as vilainement injuriée, et cependant je n'en ai pas moins pitié de ton âme et de celles des liens î Mais Gladesdale ne répondait pas; il venait de mettre le pied sur le pont-levis, et , l'épée à la main , passait suspendu au-dessus de la rivière , quand tout à coup le sire de Daulon , qui avait ordonné à un brave canonnier de diriger sa bombarde contre le pont , lui ordonna de faire feu : la pierre dont elle était chargée porta en plein bois; le pont, chargé d'hommes, craqua et se rompit par le milieu , et Gladesdale tomba dans la Loire , où il disparut , entraîné au fond de l'eau par le poids de son armure. Le sire de Moulins et le sire de Pommier , ainsi que beaucoup d'autres chevaliers anglais, tombèrent en même temps que lui , et se noyèrent avec lui.

Un cri de désespoir retentit à la fois sur le boulevard et dans la bastille : Dieu se déclarait visiblement pour nous. Un Anglais cria qu'il voyait au-dessus de nos rangs l'archange Michel et saint Aignan , le patron de la ville d'Orléans, qui , montés sur des chevaux blancs et armés d'épées flamboyantes, combattaient avec nous. Le chef n'était plus là pour donner des ordres; les plus braves après lui étaient morts ou blessés; il n'y avait plus de résistance possible. Le cri de sauve qui peut! se fit entendre; les uns sautèrent du boulevard dans la rivière , les autres se rendirent à merci ; quelques-uns, qui ne voulaient ni fuir

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