‹ Jeanne d'ArcChapitre 33 sur 95 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ni se rendre , furent tués les armes à la main. Enfin , comme l'avait dit Jehanne, une demi-heure ne s'était point écoulée depuis le nouvel assaut, que le boulevard et la bastille étaient à nous.

Ainsi qu'elle l'avait annoncé à son hôtesse, Jehanne rentra dans la ville par le pont.

Cette entrée fut un triomphe plus grand pour elle qu'aucun de ceux qu'on lui eût encore faits. Il est vrai que jamais sa miraculeuse mission n'avait si évidemment éclaté. Tout ce qu'elle avait prédit était arrivé : elle avait été blessée , la bastille avait été prise , et elle élait revenue par le chemin qu'elle avait désigné pour son retour. Le Te Dein?i fut chanté , les cloches sonnèrent toute la nuit, et jusqu'au jour les bourgeois se promenèrent dans les rues illuminées , s'embrassant en signe de joie , et criant Noël en action de grâces.

Jacques Boucher attendait Jehanne avec son alose ; mais Jehanne était trop fatiguée et trop souffrante pour en prendre sa part; elle mangea seulement un peu de pain, but la moitié d'un gobelet d'argent de vin et d'eau , fit mettre un nouvel appareil sur sa blessure , qui était déjà refermée , et se coucha.

A la pointe du jour , on réveilla Jehanne en lui disant qu'on voyait une grande flamme et une épaisse fumée du côté du logis des Anglais. Jehanne se leva aussitôt, se couvrit, au lieu de sa lourde cuirasse, d'un léger Jacques de mailles , et monta à cheval. En arrivant sur les remparts , elle vit les Anglais en bataille , qui avaient rangé leurs troupes jusque sur les fossés de la ville , et qui semblaient offrir le combat aux Français. Pendant la nuit , lord Talbot , le comte de Suffolk et les autres chefs anglais avaient décidé de lever le siège ; mais , comme ils voulaient , pour sauver l'honneur , faire cette retraite, non pas en hommes que l'on chasse , mais en gens qui s'en vont de leur propre volonté , ils avaient mis le feu à leurs logis et

rangeaient leurs soldats en bataille : ils étaient venus faire nn dernier défi à leurs vainqueurs.

Les chefs français, à cette démonstration , voulaient sortir de la ville et accepter le combat ; mais , cette fois , ce fut Jehanne qui, au lieu d'exciter leur courage , essaya de calmer leur ardeur. — Pour l'amour et l'honneur du saint dimanche! s'écria-t-elle , ne les attaquez point les premiers et ne leur demandez rien : car c'est le bon plaisir et la volonté de Dieu qu'on leur permette de s'en aller s'ils veulent partir. S'ils vous attaquent, défendez-vous hardiment : car, dans ce cas, vous serez les maîtres.

Alors elle envoya chercher des gens d'église avec leurs habits sacerdotaux ; et , tandis qu'ils chantaient des hymnes et des oraisons accompagnées en chœur par le peuple, elle fit apporter une table et un marbre bénits. Aussitôt, à l'aide de ces deux objets , on improvisa un autel , où les prêtres dirent deux messes que Jehanne écouta dévotement et à genoux. A la fin de la seconde , elle demanda si les Anglais avaient le dos ou le visage tourné vers la ville.

— Ils ont le dos tourné , et ils font retraite , répondit-on à Jehanne.

— En ce cas , laissez-les aller , dit Jehanne : car il ne plaît pas à Messire qu'on les combatte aujourd'hui. Une autre fois , Dieu vous les rendra.

Quelque fût le désir des chefs de poursuivre l'ennemi , il y avait une telle inspiration dans la voix de Jehanne , que cette voix les arrêta , et qu'ainsi qu'elle le désirait ils laissèrent les Anglais se retirer tranquillement; seulement ies soldats et les communes gens sortirent de la ville , et s'en allèrent piller les deux bastilles qui restaient encore debout ; puis on les rasa après en avoir retiré les canons et les bombardes , que l'on ramena à Orléans.

Une partie de la population et la garnison tout entière étaient sur les remparts, du haut desquels ils regardaient s'éloigner les Anglais. Au moment où la cloche sonna midi , on les perdit de vue : le siège d'Orléans était levé.

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