CHAPITRE VII
qu'elle venait de lui sauver la vie. Au reste , comme cet événement s'était passé aux yeux de toute l'armée, chacun cria au miracle, et se prépara à combattre plus hardiment.
Au moment où l'assaut allait commencer , le comte de Sufîolk demanda à parlementer. Les Anglais n'étaient plus ces mêmes hommes qui , deux mois auparavant , attaquaient les Français partout où ils les rencontraient, fussions-nous trois contre un : maintenant, au contraire, ni leur nombre ni leurs murailles ne les rassuraient , et ils évitaient autant que possible le combat.
Plusieurs étaient d'avis de ne pas même écouler le parlementaire et de continuer l'assaut; mais Jehanne et le duc déclarèrent qu'il devait être entendu. Le parlementaire s'avança donc entre les deux armées, et demanda, au nom du comte de Sufîolk, à traiter, promettant de rendre la ville dans quinze jours s'il n'était pas secouru. Il fut répondu par le duc (jne, tout ce qu'il pouvait accorder à la garnison, c'était la vie sauve, les nobles ayant de plus la permission d'emmener leurs chevaux; mais le parlementaire dit qu'il ne pouvait accepter une pareille proposition.
— Alors nous vous prendrons d'assaut , répondit la Pucelie.
Le parlementaire se retira. .
— En avant ! gentil duc ! cria alors Jehanne ; à Tassjutî à l'assaut!...
— Mais, dit le duc, croyez-vous la brèche assez praticable, Jehanne ; et ne vous semble-t-il point que nous devrions attendre encore?
— N'ayez aucun doute, reprit Jehanne, et marchez hardiment; l'heure est prête quand il plaît à Dieu. Or, Dieu veut que nous allions en avant, tt se tient prêt à nous aider.
— Cependant... dit le duc hésitant encore.
•— Ah! inlerrompiL Jehanne, as-!u donc peiu-, gentil
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duc, et onblies-tu que j'ai promis à ta femme de le ramener?
— Allons donc, dit le duc, puisque vous le voulez absolument, Jehanne, qu'il soit fait selon votre plaisir. Puis, élevant la voix : — A l'assaut ! cria-t-il, à l'assaut !
Chacun alors courut aux murailles avec une admirable ardeur. Comme l'avait pensé le duc, la brèche était trop haute encore, et il fallait se servir d'échelles pour y atteindre; mais ce n'était chose facile, car il y avait à l'endroit le plus abordable , et par conséquent le plus attaqué, un grand et fort Anglais armé de toutes pièces, lequel faisait merveille , tantôt avec une massue , tantôt avec de gros quartiers de rocher qu'il lançait avec la même force qu'aurait pu le faire une machine de guerre. Alors le duc d'Alençon, voyant le ravage que ce géant faisait parmi nous, alla à un maître canonnier qui passait pour un irèshabile pointeur, et, lui montrant l'Anglais, lui demanda s'il ne pouvait pas le débarrasser de cet incommode ennemi. Le canonnier, qui se nommait maître Jean, et qui, en effet , était digne de sa réputation , chargea aussitôt sa coulevrine , et la dirigeant contre l'Anglais, qui justement se découvrait fort en ce moment, l'atteignit au milieu de la poitrine si rudement, que du coup il fut rejeté de quatre ou cinq pas en arrière, et du haut de la brèche où il était s'en alla tomber mort dans la ville. Aussitôt, profilant du désordre que ce beau coup avait jeté parmi les Anglais, Jehanne descendit dans le fossé , son étendard à la main ; et dressant une échelle au lieu même où les Anglais faisaient la plus âpre défense , elle mit le pied sur le premier échelon , appelant et encourageant ses compagnons. En ce moment elle fut reconnue par les Anglais, et l'un d'entre eux prenant une grosse pierre qu'il avait peine à soulever, la lui lança sur la tête avec une telle force que la pierre se brisa en mille morceaux sur son casque , et que Jehanne , étourdie du coup , fut contrainte de s'asseoir. Mais presque aussitôt elle se releva, et avec une