‹ Jeanne d'ArcChapitre 36 sur 95 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

énergie et une foi plus grande encore qu'auparavant :

— Montez hardiment! montez! dit-elle, et entrez dedans; vous n'y trouverez plus de résistance : car leur heure sonne et Messire les a condamnés!

A ces mots, donnant l'exemple, elle monta la première ; et en effet les Français eurent à peine fait un dernier effort que tout céda devant eux, et que les Anglais commencèrent à fuir. Les assiégeants les poursuivirent l'épée dans les reins; et le comte de Sulïolk, qui venait de voir périr son frère, Alexandre de Poole , fuyait comme les autres, lorsque, se voyant serré de trop près par un gentilhomme nommé Guillaume Renault , qui , tout en le poursuivant, lui criait de se rendre , il se retourna :

— Es-tu gentilhomme ? demanda le comte à son ennemi.

— Je le suis , répondit celui-ci.

— Es-tu chevaher? demanda encore le comte.

— Non , mais je suis digne de l'être , puisque le comte de Suffoik a fui devant moi, reprit Guillaume.

— Eh hien! sur mon âme, dit le comte, tu le seras, et de ma main encore... A genoux!

Guillaume Renault obéit et s'agenouilla devant le comte; celui-ci lui donna alors sur l'épaule trois coups du plat de son épée , en lui disant : — Au nom de Dieu et de saint Georges, je te fais chevalier. — Puis aussitôt il lui rendit cette même épée avec laquelle il venait de lui donner l'accolade.

Cette bonne- nouvelle fut aussitôt transmise au roi Charles, tandis que l'armée française, après avoir laissé garnison à Jargeau , se retirait à Orléans , où elle comptait se reposer et se rafraîchir. Le roi, tout joyeux d'une si riche prise , après en avoir grandement remercié Dieu par des messes et des processions , fil une nouvelle convocation de nobles et de gens d'armes; et comme, à cette heure que la fortune revenait à lui, il lui arrivait des renforts de tous côtés, il les envoya tous tant qu'il en vint à Orléans, où,

comme nous l'avons dit, se tenaient le duc d'Alençon et la Pucelle; les principaux, parmi les nouveaux arrivants, étaient le seigneur de Retz , le seigneur de Chavigny, le sire de Loheac , son frère Guy de Laval et le seigneur de Latour-d' Auvergne.

A peine le duc d'Alençon se vit-il renforcé ainsi , qu'il résolut de continuer cette période de succès ouverte par la prise de Jargeau. Il marcha vers Meung-sur-Loire, où commandait lord Scales; mais celui-ci , ne se jugeant pas assez fort pour résister, abandonna la ville et se retira dans la citadelle. Les Français continuèrent alors leur marche sur Boaugency, où commandait lord Talbot; mais, de même que lord Scales, celui-ci, n'osant point défendre la ville, laissa une petite garnison dans la forteresse, et s'en alla rejoindre la compagnie de gens de guerre qu'amenait de Paris sir Falstaff, et qui arrivait trop tard pour secourir Jargeau.

Le duc d'Alençon était donc devant Beaugency lorsque la nouvelle lui arriva que le comte Arthur de Richemont , connétable de France , et que l'influence du sire de La TrémoïUe éloignait du roi , venait le rejoindre avec une armée. En effet le connétable, qui était jeune et brave , et de plus Français de cœur, s'était ennuyé du repos où le tenait une intrigue de cour tandis que s'accomplissaient de si grandes choses; il était, en conséquence, parti de Parthenay avec grand nombre de gentilshommes des premières familles de Bretagne , et il venait , comme on l'avait dit au duc d'Alençon , mettre son épée fleurdelisée au service du roi , et , si besoin était , servir Charles VII malgré lui-même.

La situation du duc d'Alençon se trouvait des plus embarrassantes : il avait l'ordre positif du roi de ne pas accepter les secours du connétable , et le connétable , déjà arrivé à Amboise , envoyait les sires de Rostrenen et de Carmoisen pour retenir des logis pour lui et ses gens dans la même ville où se trouvait le duc. Placé entre ces deux

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