CHAPITRE VII
n'eussent leurs lances en arrêt, avant que leurs hommes d'armes n'eussent mis pied à terre, avant que leurs archers n'eussent planté les pieux derrière lesquels ils combattaieiit et qui les mettaient à l'abri des charges de cavalerie , notre avant-garde frappait déjà à droite et à gauche , abattant tout ce qu'elle rencontrait; il en résulta que, lorsque le corps de bataille arriva , la victoire était déjà en si bon train qu'il n'eut qu'à se montrer pour tout achever. Sir Jehan Falstafî et le bâtard de Thian prirent la fuite ; lord ïalbot , lord Scales et lord Hungerfort furent faits prisonniers ; deux mille deux cents Anglais restèrent sur le champ de bataille, les autres furent poursuivis jusqu'à Janville, où ils espéraient se retirer ; mais il en arriva tout autrement : les bonnes gens de Janville , qui étaient Français de cœur, voyant les Anglais en déroute, leur fermèrent leurs portes, de sorte qu'ils furent obligés de passer outre; de plus, le gouverneur de la ville, voyant que la fortune se déclarait décidément pour le roi de France , proposa aux vainqueurs de leur rendre Janville et de se faire Français si on voulait lui donner vie et bagues sauves : la proposition fut acceptée , et du même coup une bataille fut gagnée et une ville prise.
Mais là ne se bornèrent point encore les résultats de cette grande journée, où la Pucelle avait vaincu, on peut le dire, par la terreur qu'inspirait sa seule présence. La consternation fût si grande chez les Anglais qu'ils abandonnèrent, sans combattre, Meung, Montpipeau et Saint- Simon, mettant le feu aux forteresses, et se concentrant sur Paris.
Quant à la Pucelle, au duc d'Alençon et aux autres chefs de guerre, ils retournèrent à Orléans , où ils entrèrent le 4 8 juin. Le connétable et ses Bretons restèrent seuls à Beaugency pour y attendre les ordres du roi.
94 JEIIANNE-LA-PUCELLE.