‹ Jeanne d'ArcChapitre 40 sur 95 · CHAPITRE Mil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Mil

mener sacrer à Rheims. Partons donc, gentil dauphin, et cela le plus lot possible, car c'est la volonté de Dieu.

La jeune fille parlait avec une telle conviction que la confiance qu'elle avait en Dieu passa dans le cœur de lous les assistants , et que , si difficile que parût celte nouvelle entreprise, comme elle était moindre, à tout prendre, que celles qu'elle avait exécutées déjà avec tant de bonheur, il fut résolu , à l'unanimité , que l'on ferait selon son désir, et que l'on partirait incontinent pour la ville de Rheims, sans essayer de recouvrer la Normandie , et sans même faire aucune tentative sur les villes de Cosne et de La Charité.

En conséquence , le roi envoya des messages par le pays afin de cqjîvier les capitaines qui devaient l'accompagner dans ce grand voyage; et lorsque tous les élus furent rassemblés, après avoir pris congé de la reine, qui était venue de Bourges à Gien à cet elîet , et que l'on n'osait emmener à Rheims à cause des hasards de l'entreprise, il ordonna l'avant-garde qui, sous les ordres de la Pucelle, devait éclairer le pays par lequel il devait passer , et partit de Gien le jour même de la Saint-Pierre , piquant droit sur Rheims , et marchant à travers le pays comme si le pays lui appartenait.

Au reste , le roi avait autour de lui une plus grandc.puissanco qu'il n'en avait jamais eu ; car, avec sa bonne forlune , la fidéhié lui était revenue de tous côtés , et chacun était , à l'occasion du sacre , accouru avec un tel empressement qu'il avait décidé qu'on emmènerait tous ceux qui se présenteraient, à l'exception du connétable, auquel il tenait toujours rancune. Or , tous ceux auxquels était parvenue la nouvelle de ce voyage étaient accourus, et chacun tenait à si grand honneur d'en être que de très-nobles chevaliers, qui étaient ruinés par la guerre et qui n'avaient pas de quoi racheter de grands chevaux de bataille , y allaient comme archers et comme cousteliers , y allaient montés sur les premiers chevaux qu'ils avaient trouvés;

et, dans cette multitude, il n'y en avait pas un seul qui élevât le moindre doute sur le succès de l'entreprise, tant Jehanne était regardée à cette heure comme une sainte fdle et une pieuse inspirée. Quant à elle , elle chevauchait à Tavant-garde, comme nous l'avons dit, toujours armée de toutes pièces, supportant toutes les fatigues comme un capitaine de guerre , toujours la première au départ , la dernière à la retraite , et conduisant par la route ses gens en si belle ordonnance , que Dunois ou La Hire n'auraient pu faire mieux. Aussi une pareille discipline était-elle l'objet d'une grande admiration pour les capitaines et les gens de guerre qui, cinq mois à peine auparavant, avaient vu Jehanne arriver de son village, simple, pauvre et petite paysanne, et qui la voyaient maintenant menant les affaires du royaume à l'égal des plus intimes conseillers du roi; et cette admiration s'augmentait encore lorsqu'en s'approchant d'elle ils la trouvaient de si belle et si bonne vie , de si douce et si modeste conversation, et qu'ils la voyaient, toujours pieuse, s'arrêter à toutes les églises pour prier , et chaque mois , une fois au moins, se confessant et recevant en communion le précieux corps de notre Sauveur.

Le premier jour, la Pucelle était partie de Gien et était allée coucher en un village à quatre lieues au delà : c'était la dislance qu'elle devait maintenir pendant toute la roule entre son avant-garde et le corps d'armée du roi, qui ainsi pouvaient conserver l'une avec l'autre de faciles communications. Le roi partit le lendemain, et, toujours précédé par Jehanne, marcha droit sur Auxerre* Âuxerre tenait pour les Anglais ; aussi , en voyant arriver l'armée française devant leurs murailles, les bourgeois firent-ils prier le roi de passer outre, et qu'ils lui paieraient une contribution. Jehanne voulait que l'on n'entendît à rien , disant que le roi étant dans son royaume n'avait qu'à ordonner, et que la ville lui ouvrirait ses portes ; mais les bourgeois avaient déjà trouvé l'endroit vulnérable, et s'étaient adressés au sire de La Trémoïlle , de sorte que le

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