‹ Jeanne d'ArcChapitre 42 sur 95 · CHAPITRE VIII. loi · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. loi

semblaient lui avoir fait faute, ne la portât à maintenir son opinion et à pousser l'armée clans une position plus fâcheuse encore.

Alors chacun, encouragé qu'il était par l'absence de Jehanne, exposa le danger dans toute sa grandeur. Quelque promesse qu'on eût pu faire aux paysans que les vivres qu'ils apporteraient leur seraient payés, ils avaient été si souvent trompés par de telles promesses qu'ils n'apportaient plus rien; d'un autre côté l'armée n'avait avec elle ni canons, ni bombardes, ni aucune machine de siège, et la ville la plus proche dont on en pouvait faire venir était Agin, et d'Agin à ïroyes il y avait trente lieues. Ces difficultés bien exposées, le roi requit son chancelier de recueillir les voix pour savoir ce qu'il y avait à faire. Tout le monde fut d'avis qu'il fallait lever le siège et s'en retourner derrière la Loire; car, disait-on, si le roi n'avait pu entrer dans une petite ville comme était celle d'Auxerre, il n'arriverait jamais à forcer Troyes , qui était une grosse cité bien armée et bien défendue; mais lorsque l'on arriva à l'ex-chancelier maître Ilobert-le-Manon , seul contre tous il fut d'avis qu'il fallait prendre patience et pousser plus avant : — Car, dit-il au roi, lorsque vous avez, très- cher et très-honorable sire , entrepris ce voyage , ce n'était point par la foi que vous aviez dans les forces humaines, mais dans la confiance que vous avait inspirée Jehanne. Or, mon conseil est donc, continua-t-il, que, ce voyage ayant été décidé par l'influence de la Pucelle, la Pucelle doit être ici présente à la résolution qu'on prendra pour qu'elle puisse approuver ou combattre cette résolution.

Comme il achevait ces paroles, on heurta fortement à la porte ; l'huissier ouvrit, et l'on vit paraître Jehanne.

Alors la jeune fille fit quelques pas en avant, et après avoir salué le roi :

— Sire, dit- elle, mes voix m'ont appris qu'il se débattait ici de grandes choses, et je suis venue; car, si le conseil dos hommes est bon, rebii de Mossire est encore meilleur.

102 JEHANNE-LA-PrCELLE.

— Soyez la bien-arrivée, Jehanne, dit le chancelier : car le roi et son conseil sont à cette heure dans de grandes perplexités sur ce qu'il y a à faire. Et il lui répéta mot pour mot tout ce qui avait été dit avant qu'elle arrivât, lui exposant en toute franchise l'avis de chacun.

— Sire, dit alors Jehanne en s'adressant au roi, serai-je crue en ce que je dirai ?

— Jehanne , répondit le roi , n'en faites aucun doute : si vous dites des choses possibles et raisonnables , nous vous croirons volontiers.

Alors elle se retourna vers les conseillers.

— Encore une fois, messieurs, demanda-t-elle, serai-je crue ?

— C'est selon ce que vous direz , Jehanne , répondit le chancelier.

— Eh bien ! sachez, gentil dauphin, dit de nouveau Jehanne en s'adressant au roi , que cette cité est vôtre ; et que si vous voulez demeurer encore devant elle seulement deux ou trois jours, elle sera en votre obéissance, soit par force, soit par amour.

— Mais , dit le roi , qui vous porte à me donner cette assurance, Jehanne ?

— Hélas! répondit la jeune fille, je n'ai aucune preuve, ni aucun signe , que la promesse que mes voix m'en ont faite; mais il me semblait avoir assez souvent dit la vérité jusqu'à présent pour que l'on me crût sur parole, surtout quand je ne demande pas une chose plus difficile que d'attendre deux ou trois jours.

— Jehanne, reprit alors le chancelier, après avoir consulté chacun des yeux, si l'on était seulement certain que la ville se rendît dans six jours, on attendrait bien encore jusque-là; mais qui nous dira que ce que vous dites est la vérité?

— C'est la vérité comme tout ce que j'ai dit jusqu'à présent, n'en faites aucun doute, dit Jehanne avec tranquillité.

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