‹ Jeanne d'ArcChapitre 43 sur 95 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

— Eh bien ! dit le roi, qu'il soil donc fait comme vous le désirez, Jehanne; mais croyez-moi, c'est une grande responsal)ilité que celle dont vous vous chargez là.

— Qu'on me laisse faire, dit Jehanne, et je réponds de tout.

— Faites donc , dit le roi, car vous parlez d'un ton si convaincu , qu'il faut bien que chacun se rende à votre avis.

Jehanne fit une révérence au roi ; puis, sortant aussitôt du conseil, elle monta à cheval, prit une lance, et, suivie de son porte-étendard, elle mit en besogne chevaliers, écuyers et gens d'armes , afin d'apporter des fagots , des fascines, des poutres, et jusqu'à des portes et des fenêtres, afin de faciliter les approches de la ville , et d'asseoir le plus près possible des murailles une petite bombarde et quelques canons de moyen cahbre qui étaient dans l'armée , donnant des ordres aussi exacts et aussi précis que si de toute sa vie elle n'eût fait autre chose que de commander des sièges : ce qui émerveillait tout le monde et surtout les petites gens qui , ayant le bonheur d'avoir moins de science que les grands, avaient aussi plus de foi.

Or, les gens de Troyes , voyant les grands préparatifs que l'on faisait contre eux , commencèrent à s'assembler sur les murailles et à murmurer hautement. En ce moment, soit hasard, soit signe du ciel, une nuée de papillons blancs vint voltiger autour de l'étendard de Jehanne, si nombreux qu'ils semblaient un nuage. A cette vue, les bourgeois de la ville n'y tinrent pas davantage, et, criant au prodige, ils déclarèrent aux Anglais que c'était offenser Dieu que de résister à celle qui était envoyée de par lui; et, que ce fût ou non le plaisir des gens de guerre, ils voulaient parlementer. De leur côté , les gens de guerre , qui n'élaient pas trop éloignés d'entrer en aiTangement, de peur qu'il ne leur en arrivât autant qu'à ceux de Jargeau, nommèrent quelques-uns d'entre eux pour accompagner l'évoque et les bourgeois les plus notables de la ville qui

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s'étaient incontinent réunis pour venir au-devant du roi. Le même soir, et comme Jehanne continuait toujours ses préparatifs, Charles, à son grand étonnement, vit donc s'ouvrir les portes de la ville, et une nombreuse députation s'avancer vers lui. Elle venait demander au roi des conditions si raisonnables, qu'elles furent à l'instant même acceptées : ces conditions étaient que les gens de guerre auraient la vie sauve et s'en iraient chez^ eux avec leurs biens, et que ceux de la ville se mettraient en l'obéissance du roi.

Le soir même , il y eut une grande fête et grande réjouissance dans la ville : car les bourgeois ne pouvaient même attendre que l'ennemi fût parti pour exprimer la joie qu'ils avaient d'être redevenus français; et, comme ils savaient qu'il y avait dans l'armée des pauvres gens qui depuis cinq ou six jours ne vivaient d'autres choses sinon que de fèves et d'épis de froment, ils envoyèrent au camp bon nombre de voitures de vivres qui furent distribués parmi les hommes d'armes : et chacun, depuis le roi jusqu'au dernier soldat , bénissait Jehanne de ce que , dans une si dure circonstance, elle avait constamment eu confiance en Dieu , ce dont Dieu évidemment la récompensait.

Le lendemain , la garnison anglaise sortit par une porte tandis que les archers du roi entraient par l'autre et se formaient en haie par toutes les rues où il devait passer; mais à celte sortie, il s'éleva une grande contestation : les Anglais voulaient emmener leurs prisonniers avec eux , prétendant qu'ils avaient traité à la condition de sortir de la ville eux et leurs biens, et que les prisonniers de guerre, devenant la propriété jusqu'à rançon de ceux qui les avaient faits , devaient être compris dans ces biens. Jehanne, de son côté, soutenait que l'on n'avait entendu par i>iens que les chevaux , les armes et l'argent. On en était donc là, tenant bon pour soi et ne voulant point changer d'opinion , lorsque le roi Charles envoya dire que les An-

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