‹ Jeanne d'ArcChapitre 44 sur 95 · CHAPITRE Mil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Mil

glais n'avaient qu'à mettre leurs prisonniers à un prix raisonnable, et qu'il les rachèterait. Les Anglais, qur avaient été sur le point de se les voir enlever pour rien , se montrèrent accommodants, de sorte que, le roi ayant accepté leurs conditions et leur ayant envoyé la somme qu'ils demandaient , les pauvres prisonniers se trouvèrent libres , bénissant de grand cœur la Pucelle, à laquelle ils devaient leur liberté; et la joie était d'autant plus grande parmi ces malheureux, que beaucoup étaient de pauvres Écossais qui, dans leur pays même, n'avaient pas de grandes ressources, et à plus forte raison, comme on le comprend, quand ils en étaient éloignés de cinq cents lieues.

Vers les dix heures du malin, tous les Anglais étant sortis de la ville, le roi, les seigneurs et les capitaines y firent leur entrée magnifiquement vêtus. Quant aux gens de l'armée, comme on avait peur, vu les grandes privations qu'ils avaient souffertes, qu'ils n'occasionnassent quelques dégâts chez les bourgeois , ils demeurèrent aux champs sous la conduite du seigneur de Loré, et on leur y envoya, comme la veille , bon nombre de voitures richement chargées de pain , de viandes et de fruits.

Le lendemain, sur l'exhortation de la Pucelle, qui semblait ne vouloir prendre aucun repos tant que le roi ne serait point sacré, Charles VIT reprit la route de Rheims; alors, en signe de possession, toute l'armée qui avait campé, comme nous l'avons dit, hors des portes, défda par la cité, en belle ordonnance et sans qu'il en résultât aucun désordre. De leur côté , ceux de la ville fiÇéat serment d'être bons et loyaux serviteurs du roi; sermeii#qu'ils tinrent exactement depuis lors.

Et le roi et les seigneurs, toujours précédés de la Pucelle, chevauchèrent tant qu'ils arrivèrent bientôt devant la ville de Châlons en Champagne. Pendant toute la route, on avait eu quelque crainte sur la façon dont on serait reçu dans cette cité, lorsqu'en approchant des murailles le roi vit les portes s'ouvrir, et venir au-devant de lui l'é-

vêque et les plus notables de la ville , qui demandaient à lui faire serment d'obéissance. Le roi voulait , comme à Troyes , que son armée campât hors des murailles ; mais les bourgeois étaient si contents qu'ils demandèrent à recevoir les soldats chez eux et à les festoyer. En quittant Châlons , le roi y mit , comme il avait fait à Troyes , un capitaine , des officiers et une garnison.

Et il en fut autant de la ville de Sept-Saux , dont le château appartenait à l'archevêque de Rheims , mais qui avait garnison anglaise. Cette garnison, quoique commandée par deux braves gentilshommes tenant le parti des Anglais, ne voulut point attendre l'armée royale, et partit, laissant les bourgeois libres de se rendre ou de se défendre : les bourgeois ne furent pas plutôt maîtres de cette liberté, qu'ils en profitèrent pour ouvrir leurs portes et pour venir joyeusement au-devant du roi.

Cette ville n'était qu'à quatre lieues de Rheims : il fut donc convenu qu'on ne ferait que s'y reposer, et que le roi en partirait le lendemain dès le matin , avec l'archevêque, pour recevoir son sacre; aussi toute la nuit fit-on force diligence pour que tout fût prêt. Et ce fut un miracle comment toutes choses se trouvèrent , entre autres les habits royaux, lesquels, sans que l'on sût comment ils étaient venus là, étaient si riches, si beaux et si frais, qu'on eût dit que le roi les y avait envoyés à l'avance.

Le roi , attendu que l'abbé de Saint-Remy n'a coutume de reme|tre la sainte-ampoule , dont il est le gardien , qu'après que certaines formalités sont accomplies , ordonna , pour les accomplir, le maréchal de Boussac , le seigneur de Relz, le seigneur de Graville et l'amiral Culant : tous quatre partirent avec leurs bannières et bien accompagnés pour aller chercher l'abbé de Saint-Remy. Arrivés à l'abbaye , les messagers royaux firent le serment de conduire à Rheims et de ramener sûrement à Saint-Remy l'abbé et la précieuse relique dont il était porteur ; puis ils remontèrent à cheval et accompagnèrent l'abbé, chacun mar-

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