‹ Jeanne d'ArcChapitre 50 sur 95 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

à deux lieues do celte ville, qu'il complait assaillir le lendemain, lorsque, arrivé là, il ap|)rit que le duc de Bedfort venait de nouveau de partir de Paris avec les quatre mille hommes dont on avait déjà entendu parler. Seulement, comme on le sut alors, ces quatre mille hommes , amenés par l'évèque de AVinchester, avaient été levés avec l'argent du pape pour marcher contre les Bohèmes, et, par un abus étrange d'auiorilé, étaient conduits contre les catholiques. Cela prouvait, au reste, le degré de faiblesse où en étaient venus les Anglais , et , pour se renforcer d'une si faible troupe, ils allaient jusqu'à se jouer avec les choses saintes. 3Jais, destinés à combattre Bohèmes ou Français, ils n'en venaient pas moins; de sorte que le roi ordonna que les sieurs Ambroise de Loré et Xainlrailles monteraient à che~ val et s'en iraient les reconnaître, afin de s'assurer de leur nombre et de leur intention. Les deux chevaliers désignés s'appareillèrent aussitôt, et, prenant avec eux vingt de leurs gens seulement, qu'ils choisirent parmi 1-es mieux montés, ils chevauchèrent si bien qu'ils arrivèrent sur le chemin de Senlis , et qu'arrivés là ils aperçurent un gros nuage de poussière qui semblait monter jusqu'au ciel. Ils dépêchèrent aussitôt un courrier au roi pour le prévenir de ce qu'ils avaient vu, et qu'ils croyaient que c'était l'armée du duc de Bedfort, lui assurant que, lorsqu'ils auraient quelque certitude, ils lui enverraient un second messager, mais le prévenant de se mettre toujours sur ses gardes. Effectivement, ils avancèrent encore , et si près et si hardiment qu'ils recoîinurent toute l'armée anglaise marchant droit sur Senlis. Alors , comme ils l'avaient dit , ils envoyèrent immédiatement un second chevaucheur, et le roi, prévenu, sortit aussitôt de Baron, où il était trop resserré, et se rangea en bataille dans les champs, ordonnant son armée entre la rivière qui passe à Baron et la tour de Monlépiloy. De son côté, le duc de Bedfort arriva vers deux heures à Senlis, et commença à passer la petite rivière, sur les bords de laquelle l'armée française était rangée. Aussitôl Am-

118 JEHANNE-LA-Pl CELLE.

broisc de Loré et Xainlrailles, qui avaient côloyé jnsqiie-là l'ennemi, mirent leurs chevaux au galop et revinrent vers le roi pour l'inviter à attaquer les Anglais au moment même où ils étaient occupés de leur passage. Le conseil parut bon à Charles , et il ordonna aussitôt de marcher contre eux. Mais, quelque diligence que fît le roi , le régent fit plus grande diligence encore, de sorte que l'avantgarde de l'armée française trouva en arrivant le passage effectué et l'armée en bataille. Comme il était déjà presque nuit , chacun campa où il se trouvait : les Anglais sur les bords de la Nonnette, et les Français à Montépiloy. Le soir même il y eut entre les coureurs des deux partis quelques escarmouches, mais sans qu'elles amenassent pour les uns ni pour les autres aucun résultat important.

Le lendemain, au point du jour, le roi rangea son armée en bataille : l'avant-garde était commandée par le duc d'Alençon et le comte de Vendôme ; le corps d'armée était sous les ordres des ducs de Bar et de Lorraine ; un troisième corps formant l'aile de l'armée était commandé par les maréchaux de Boussac et de Retz ; le sire de Graville et un chevalier limousin nommé Jehan Foucault menaient les archers ; enfm une arrière-garde , destinée à se porter en escarmouchant partout où besoin serait d'elle , était commandée par le bâtard d'Orléans , le seigneur d'Albret, Jchanne la Pucelle et La Hire ; quant au roi , il se tenait sur le côté , sans aucun commandement , et ayant pour sa garde le duc de Bourbon, le seigneur de La Trémoïlle, et bon nombre de braves chevaliers.

Le roi avait si grande envie d'attaquer que , s'avançant le premier en dehors des batailles , il passa et repassa sur le front de l'armée française , avec, le comte de Clermont et le sire de La Trémoïlle, pour voir de quel côté l'ennemi était vulnérable ; mais la science habituelle aux Anglais ne leur avait point failli en cette occasion : le duc de Bedfort avait choisi une situation presque inexpugnable , près de l'abbaye de la Victoire, fondée par Philippe- Auguste après

Page 1