‹ Jeanne d'ArcChapitre 51 sur 95 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

la bataille de Boiivinos; il avait ses flancs convorts par des haies et des fossés ; la rivière et un grand étang le protégeaient par derrière ; enfin , sur tout son front , des pieux aiguisés des deux bouts avaient été plantés aussi serrés qu'une palissade, et derrière ces pieux se tenaient ces terribles archers anglais qui, en montrant les douze flèches que contenaient leurs trousses, se vantaient de porter au côté chacun la mort de douze hommes.

En d'autres temps, à l'époque où Jehanne était inspirée, aux jours d'Orléans , de Jargeau et de Patay , la Pucellc n'aurait eu qu'à déployer son étendard , à marcher en avant, et chacun l'aurait suivie sans faire aucun doute de la victoire; mais la confiance, en l'abandonnant, avait abandonné l'armée dont elle était l'âme, si bien que les chefs de guerre, réunis au conseil , décidèrent que la position était trop forte pour être attaquée , et pour que le roi risquât de perdie ainsi en un seul jour ce qu'il avait reconquis avec tant de peine. On fit donc offrir aux Anglais la bataille s'ils voulaient sortir ; mais de leur côté les Anglais n'étaient plus les hommes de Crèvent , de Verneuil et de Rouvray ; ils répondirent qu'ils étaient prêts à combattre, mais dans leur camp, et qu'ils attendraient en conséquence qu'on les y vînt attaquer : de sorte que comme la veille il n'y eut que quelques escarmouches entre les plus braves des deux armées.

Le soir venu, les Anglais se retirèrent dans leur parc et les Français regagnèrent leurs batailles; puis la nuit se passa de notre côté dans l'attente d'une afl'aire décisive pour le lendemain , car on avait su par un prisonnier que les sires de Croy , de Créquy, de Bétlmne, de Fosseuse, de Lannoy , de Lalaing et le bâtard de Saint-Paul , seigneurs bourguignons, qui tenaient le parti du duc Philippe et qui servaient dans l'armée anglaise, avaient été faits chevaliers par le duc de lîedforl , ce qui n'airivait guère qu'à l'occasion d'une grande bataille ; chacun se prépara donc de son mieux; mais, le jour venu , on s'aperçut que les An-

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glais avaient quitté leur camp pendant la nuit et avaient rej)ris la route de la capitale.

En effet, il était arrivé de tristes nouvelles au duc de Bedfort : le connétable , que le roi ne voulait pas sonlTrir en sa présence, agissait de son côté, et, étant entré dans le !\Jaine, il avait pris Ramefort, i^ialcione et Gallerande. Il y avait plus, on disait qu'il marchait sur Évreux. Ainsi, ce n'étaient plus les Ang'ais qui menaçaient le Poitou, la Saintonge et l'Auvergne ; c'étaient les Anglais au contraire qui étaient menacés jusqu'au cœur de la jNormandie. Le retour du duc de Bedfort vers Paris n'était donc point inopportun , car, en rentrant dans la capitale, il apprit la reddition de cinq nouvelles villes : c'étaient Aumale et Torcy, près de Dieppe; Estrapagny, proche de Gisors , et Bon-L^Ioulin et Saint-Célerin , proche d'Alençon. De plus, le duc de Bourgogne, ému parla lettre de la Pucelle, avait consenti à recevoir des ambassadeurs à Arras, et dans les premiers jours d'août les premiers pourparlers avaient eu lieu. Il n'y avait donc pas de temps à perdre de la part du duc de Bedfort s'il voulait faire face à la fois à tous les dangers qui le menaçaient; aussi, laissant deux mille cinq cents hommes à Paris, distribua-t-il le reste dans la Normandie, et accourut-il à Pxouen pour y tenir ses états.

Voyant que cette fois encore l'ennemi lui échaj)[)ait, et ne sachant point ({uelle cause le ramenait à Paris, le roi , au lieu de poursuivre le duc de Bedfort, ce qui l'eût mis dans un grand embarras, partit de Montépiloy pour Crespy, et sans s'y arrêter s'achemina vers Compiègne , où il fut reçu par les bourgeois avec un grand enthousiasme. Le roi leur donna pour gouverneur et capitaine un gentilhomme de Picardie, nommé Guillaume de Flavy ; et ayant appris que ceux de Scnlis, se croyant abandonnés par le duc de Bedfort, venaient de se soumettre à lui, il partit pour cette ville , où il vint loger le soir même du jour où il avait quitté Compiègne.

Néanmoins, pendant les (juelques jours que le roi avait

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