CHAPITRE IX
j)assés à Compiègne , un grand événement y avait eu lieu. En réponse aux ouvertures d'Arras , le duc de Bourgogne avait envoyé des ambassadeurs à Compiègne : ces ambassadeurs étaient Jehan de Luxembourg, l'évéque d'Arras, les sires de Brimeux et de Charny ; et sur un premier échange de conditions, une trêve avait été conclue. Une des conditions de cette trêve était que les Anglais seraient admis à traiter ; le roi y avait consenti à condition que les princes j)risonniers en Angleterre depuis quinze ans seraient admis, de leur côlé , à rançon. Celle trêve que le roi devait encore à Jehanne, et que l'on espérait être le prélitniiiairc d'une paix, n'était cependant que partielle ; elle s'étendait pour tous les pays de la rive droite de la Seine , depuis Nogent jusqu'à Honfleur, Paris et les villes servant de passage sur la rivière exceptées ; le roi ayant le droit de les attaquer, et le duc se réservant de les défendre.
Mais pendant que toutes ces conditions se discutaient à Compiègne, La Hire, qui n'avait rien à faire avec la politique et que tout repos lassait , s'en était allé avec ((uelques hardis compagtions pour chercher des aventures de guerre, et il avait tant chevauché, lui et les siens, qu'un matin i! s'était trouvé en face de la forteresse de Château- Gaillard , à sept lieues de Rouen. Comme c'était au point du jour à peine, et que le commandant, nommé Kingston, n'avait aucune crainte d'être attaqué, sachant les Français à plus de vingt lieues de lui, La Hire eut le temps de s'emparer d'une des portes avant que les Anglais n'opposassent de résistance : il profita de ce premier avantage pour faire sommer le gouverneur de se rendre. Celui-ci , se voyant surpris à l'improvisle, et ignorant le nombre de ceux à qui i! avait alTaire, demanda la vie sauve, avec grande crainte de ne pas l'obtenir. La Hire la lui accorda , et , à son grand étonnement, il vit entrer ks vainqueurs; la garnison anglaise était numériquement du double plus forte que ceux à qui elle se rendait. Kingston n'en tint pas moins sa parole; il rendit le château avec tout ce ({ui était didans,
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ainsi que la condition on avait été faite, et partit. La Hire s'installa aussitôt en son lieu et place.
Tandis cju'il était on train de déjeuner, on vint lui annoncer que dans une salle basse on venait de trouver un prisonnier français enfermé dans une cage de fer ; La Hire descendit aussitôt et ne reconnut point le captif, tant il était changé; mais le captif le reconnut. C'était le noble et brave sire de Barbazan , qui, depuis neuf ans qu'il avait été pris à Melun , avait été renfermé et vivait dans cette cage, dont la porte même était rivée, de peur que le captif ne parvînt à l'ouvrir. La Hire en lit rompre les barreaux à l'instant même. Mais, quoiqu'il vît cette issue inespérée ouverte devant lui , le vieux chevalier secoua la tête et s'assit dans un coin, déclarant qu'il avait promis au gouverneur d'être son loyal prisonnier, et que tant qu'il ne serait pas relevé de sa promesse rien au monde ne pourrait le faire sortir de sa cage. La Hire eut beau lui affirmer sur son honneur que Kingston avait rendu le château avec tout ce qui était dedans, et que par conséquent il se trouvait tout naturellement compris dans la capitulation ; Barbazan répondit que cela pouvait être, mais qu'il n'en resterait pas moins où il était jusqu'à ce que sa parole fût dégagée. Force fut donc à La Hire de faire courir après Kingston , lequel revint délivrer Barbazan , qui ne sortit effectivement de sa cage que lorsque son geôlier lui eut rendu sa parole. La Hire laissa garnison à Château-Gaillard et revint vers le roi avec le vieux chevalier, qui s'était hâté de reprendre ses armes et mourait d'envie de s'en servir : tous deux le trouvèrent à Senlis, et il fut bien joyeux, ainsi que tous ceux qui l'entouraient, de revoir le brave sire de Barbazan, dont personne n'avait entendu parler depuis un si long temps que chacun le croyait mort.
Le roi venait d'apprendre en même temps le départ du duc de Bedfort pour Rouen , et il était résolu de faire un mouvement sur Paris , alin de profiter de son absence : le renfort des deux braves chevaliers qui lui arrivaient le