‹ Jeanne d'ArcChapitre 54 sur 95 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

COMPlÈGiNE.

Le même soir, les Français se présentèrent devant Paris, qui était défendu par messire Louis de Luxembourg , évêque de Thérouanne , par un chevalier anglais nommé sir Jehan Ratcliff, et par trois mille hommes à peu près, sans compter ceux des bourgeois qui , ayant pris part dans le temps au massacre des Armagnacs , étaient plus intéressés encore que les Anglais à ce que le roi ne leprît point sa capitale, sachant bien que, Paris repris , il n'y aurait pas

126 JEU \IVi\E-LiV PI CELLE.

de merci pour eux. Les Français passèrent au-dessous de iMontmarlre, et vinrent se ranger en bataille depuis la porte Saint-Honoré jusqu'à la butte aux Pourceaux, c'està-dire sur l'espace compris aujourd'hui entre la Madeleine et la rue des Martyrs. Là ils établirent une baiteric de canons , et tirèrent plusieurs coups pour en essayer la portée. Llle était bonne , et les boulets portèrent jusque dans la ville. Aussitôt Anglais et bourgeois coururent aux murailies ; il y avait aussi un corps de Bourguignons parmi eux , ce qui était facile à reconnaître à la croix vermeille qu'ils portaient sur leur étendard.

Mais ce soir-là il n'y eut rien autre chose que quelques coups de canon échangés. A l'aspect de l'ennemi , au bruit des bombardes , à l'odeur de la poudre , Jehanne avait repris son ancien courage et s'était chargée de conduire l'assaut, tandis que les ducs d'Alençon et de Bourbon se tiendraient tout armés avec h^us gens derrière la butte aux Pourceaux, qui les mettait à couvert de l'artillerie de la place , pour tomber sur les assiégés s'ils tentaient quelque sortie.

Cependant, malgré ces préparatifs, les Parisiens croyaient * pouvoir demeurer tranquilles pendant la journée du lendemain , car c'était le jour de la Nativité de Notre-Dame, et ils ne croyaient pas que les Français osassent attaquer la ville pendant une si grande solennité ; aussi leur terreur fut-elle grande lorsque, vers onze heures à peu près, ils entendirent les cloches qui venaient de sonner la messe heurter le tocsin , et qu'ils virent nombre de gens courir par la ville en criant : Alarme! alarme! les Armagnacs sont au rempart! Paris est pris! tout est perdu! Mais le son des cloches et les^ris des fuyards, loin d'intimider la garnison , lui donnèrent courage. Anglais , Bourguignons et bourgeois coururent aux murailles , et ils virent qu'effectivement l'assaut était commencé , mais que les choses étaient loin d'être en aussi bon train pour les Français que le disaient ces prétendus fuyards , qui n'étaient autres que

Page 1