CHAPITRE X. l
flicval ail irot , elle se dirigea vers la porle , où rattcndait sa Iroupe. Au même instant la poite fut ouverte, et Jelianne, suivie de cinq ou six cents gens d'armes à peu près, s'élança dans la plaine, et vint fondre sur les quartiers du sire de Noyelles au moment où Jehan de Luxembourg et quelques-uns de ses cavaliers se trouvaient là, y étant venus pour examiner la ville de plus près.
Rien ne pouvait faire prévoir cette sortie, aussi le premier effet en fut terrible : tous les gens du sire de Noyelles étaient surpris sans armes, et Jehan de Luxembourg seul, avec les cavaliers qu'il conduisait, essaya de faire résistance, tandis qu'un messager courait ventre à terre à son quartier pour y demander du secours. Pendant ce temps les Français sabraient à qui mieux mieux, renversant tout ce qui résistait , et pénétrant jusqu'au logis de sir John Monigomery. Alors chacun se mit hâtivement sur pied, car le cri : La Pucelle ! la Pucelle! avait retenti d'un bout à l'autre du camp ; bientôt des masses dix fois plus nombreuses que ne l'était la petite troupe des assaillants s'avancèrent contre eux, et force leur fut de reculer. La Pucelle menait la retraite comme elle avait mené l'attaque, la dernière à l'une comme la première à l'autre, se retournant chaque fois qu'elle était trop pressée , et à chaque fois qu'elle se retournait voyant reculer devant son étendard toute celte masse d'ennemis. Mais en arrivant à la barrière elle ne put empêcher qu'un peu de désordre ne se mît dans sa iroupe; chacun voulait rentrer le premier, et il y avait lutte pour passer. Jehanne vit que si elle ne donnait pas un peu de temps à ses hommes, la moitié serait étouffée dans les portes ou jetée du haut du pont au fond des fossés. Elle se retourna une dernière fois pour charger l'ennemi ; c'était la troisième : l'ennemi recula. Jehanne le poursuivit avec une centaine d'hotumes à peu pr<3S qui formait son arrière-garde , mais lorsqu'elle revint elle trouva que les Anglais s'étaient glissés entre elle et le boulevard ; alors elle lira son épéc, ce qu'elle n'avait point encore fait de la
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journée, et chargea pour s'ouvrir un passage. Les Anglais furent renversés du choc, car c'étaient les plus hardis qui étaient restés avec la plus brave ; mais en arrivant à la barrière Jehanne trouva que la barrière était fermée et que malgré ses cris personne ne venait l'ouvrir. Alors il lui fallut essayer de faire retraite à travers champs; elle se retira donc entre la rivière et Compiègne , afin de gagner ou bien le large, ou bien quelque autre porte qu'on lui ouvrirait; mais quand on la vit ainsi abandonnée avec une centaine d'hommes à peine , les plus lâches reprirent cœur et se ruèrent sur elle. Attaquée par-devant , coupée en arrière , force fut alors à Jehanne de s'arrêter et de faire face à l'ennemi. La lutte fut longue et terrible : Pothon-le-Bourguignon fit des prodiges de valeur, et Jehanne des miracles. Enfin un archer picard qui s'était glissé entre les pieds des chevaux parvint jusqu'à elle, la saisit par son surcot de velours, et la tira si violemment à lui qu'il la renversa de son cheval. Cependant à l'instant même Jehanne se remit sur pied et continua de se défendre; mais enfin ses forces s'épuisèrent, elle tomba sur un genou : elle jeta un dernier regard sur ses soldats ; chacun combattait pour son compte , nul ne pouvait la secourir ; elle comprit que tout était perdu pour elle, que l'heure fatale prédite par ses voix était arrivée, et elle rendit son épée à Lionel, bâtard de Vendôme, qui lui parut le plus considérable de ceux qui l'entouraient.
Aussitôt un grand cri s'éleva qui parcourut le camp des Bourguignons et qui devait retentir par toute la France : — Jehanne-la-Pucelle est prisonnière!
Cet événement arriva le 28 mai 1^30.