LE PROCÈS
Ce fut une grande joie, comme on le pense bien, qnela ])rise de Jehanne au quarlier des Bourguignons et des Anglais ; on eût dit que l'on y avait gagné quelque bataille pareille à Crécy , à Poitiers et à Azincourt , et que c'était le roi de France lui-même qui était prisonnier. En effet, cette pauvre fille, maintenant chargée de chaînes, était le plus terrible adversaire qu'ils eussent rencontré sur la teric de France : avant son apparition, ils avaient presque conquis le royaume; tandis qu'au contraire, depuis qu'elle avait paru, ils n'avaient compté que par défaites, et avaient reperdu les deux tiers de la France.
Aussi chacun se hàta-t-il d'accourir au quartier du sire de Luxembourg pour voir la prisonnière que le bâtard de Vendôme lui avait remise. Le duc de Bourgogne y vint comme les autres, et même des premiers; et, comme il s'enferma seul avec elle , nul ne sait sur quel sujet roula leur conversation; seulement on remarqua qu'en quittant Jehanne c'était le duc qui semblait le vaincu et la jeune (ille la victorieuse.
Et cependant le péril que courait Jehanne était imminent ; des courriers avaient été envoyés au duc de Bedfort , au comte de Warwick et à l'évoque de AVinchester ; et trois jours s'étaient écoulés à peine, que les Anglais, ardents à la vengeance , avaient fait adresser au duc de Bourgogne , par frère Martin , maître en théologie et vicaire-général de l'inquisiteur de la foi au royaume de lùance , la sommation suivante :
(' Usant des droits de notre office et de l'autorité à nous commise par le saint-siége de Rome, nous requérons