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instainmenl. ol enjoignons , en faveur de la foi calholiqne , et sur les peines de droit, d'envoyer et amener par devers nous prisonnière ladite Jehanne, véhénienlement soupçonnée de plusieurs crimes sentant hérésie , pour être , selon le droit, par devers nous procédé contre elle par le promoteur de la sainte inquisition. »
Mais ni le duc de Bourgogne ni le sire de Luxembourg n'étaient disposés à obtempérer à cette réquisition : ils savaient que livrer cette jeune fille aux Anglais, c'était là livrer à la mort; et le duc de Bourgogne, qui avait reçu ses lettres et qui s'était entretenu près d'ime heure avec el|/g à l'instant où elle avait été prise , savait mieux que personne que c'était une noble héroïne , et non pas , comme le disaient ses ennemis , une misérable sorcière. Il fut donc convenu entre lui et Jehan de Luxembourg qu'on ne ferait aucune réponse aux Anglais, et qu'on attendrait, avant de rien décider sur la prisonnière, des nouvelles du roi de France.
Cependant ces nouvelles devaient arriver dans un certain délai , afin de produire quelque efficacité. Il y avait un traité de guerre entre le duc de Bourgogne et le roi d'Angleterre, par lequel ce dernier pouvait réclamer certains prisonniers moyennant dix mille livres de rançon ; seulement il fallait que ce prisonnier fût un roi , un prince du sang royal , un connétable , un maréchal de France ou un général. Or , comme Jehanne n'avait aucun grade positif dans l'armée, le duc de Bourgogne pouvait s'excuser sur ce point dans le cas où , moyennant une rançon égale ou supérieure à celle qu'il attendait du roi d'Angleterre, il la rendrait au roi de France.
Mais le duc de Bourgogne attendit vainement : Charles VU, qui avait retenu la pauvre fdle de Domremy au moment où elle avait voulu se retirer, en lui disant que , si elle était prise, il vendrait, pour la racheter, la moitié de son royaume , Charles YII n'envoya point de messager de Paris, Charles VIT n'offrit point de rançon. Ainsi, à
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peinn la ronronne (^lait-ello alTciMnie sur sa tOto qu'il oubliait colle qui l'y avait posée : il est vrai qu'il en était alors au plus tendre de ses amours avec Agnès Sorel.
Six semaines s'écoulèrent , i>endant lesquelles les Anglais, voyant qu'ils ne pouvaient obtenir aucune réponse du duc de Bourgogne , assemi)lèrent plusieurs conseils ; cbacun de ces conseils fut suivi d'une nouvelle sommation , mais toutes furent inutiles.
Cependant la réponse du régent d'Angleterre était parvenue : il consentait à traiter Jehanne en général d'armée, et à offrir pour elle une somme égale à celle qu'il eût olîerte pour un roi ou pour un prince royal, c'est-à-dire dix mille livres. En même temps on invitait Pierre Gauchon , le même qui avait été cliassé de son diocèse lorsque la ville de Beauvais s'était faite française , à réclamer Jehanno tant en son nom qu'au nom du roi d'Angleterre, sous prétexte qu'ayant été arrêtée sur les terres de sa juridiction c'était à lui d'instruire son procès. Pierre Gauchon résista quelque temps : une fois chargé du procès de Jehanne, il se trouvait placé entre la vengeance des Anglais s'il la reconnaissait innocente, et l'exécration de la postérité s'il la déclarait coupable. L'évêque crut alors se tirer d'affaire en répondant qu'il devait, avant de rien décider par lui-même, prendre l'avis de l'université de Paris. On le pressa de prendre cet avis; Pierre Gauchon tarda tant qu'il put, mais enfin il fut forcé d'écrire. L'université se composait en grande partie de docteurs vendus aux Anglais : la réponse fut donc que , puisque Jehanne avait été prise dans son diocèse, il devait la réclamer et instruire son procès.
Pendant ce temps, la prisonnière , conduite d'abord au château de Beaulieu, avait été transférée ensuite dans celui de Beaurevoir, situé à quatre lieues de Cambrai, où elle trouva la femme et la sœur de Jehan.de Luxembourg. Les deux nobles dames étaient d'abord fort prévenues contie Jelianne , qu'elies regardaient comme sorcière, ou tout au moins comme héiétiijue : mais, an premier aspecl
de leur captive , en voyant celte simplicité , cette modeslie, celle chasteté empreintes dans toute sa personne , elles se laissèrent aller à un mouvement d'infe^^rêt ([ui fil bientôt place à une pitié réelle et profonde. Un mois après , Jehanne était devenue leur amie.
Aussi leur premier et seul désir était-il de la sauver. Plusieurs fois elles obiinrent du sire de Luxembourg, impatient du silence de la France et effrayé des menaces de l'Angleterre, de nouveaux délais. Cinq mois s'écoulèrent ainsi.
Pendant ces cinq mois, comme on le pense bien, les Anglais n'avaient point ralenti leurs poursuites. L'éveque de Beauvais , pressé par cette université même à laquelle il avait déclaré s'en référer, était parti le 15 juillet de Paris avec un notaire apostolique et un envoyé de l'université. Le 16, une seconde sommation fut signifiée au duc de Bourgogne et à Jehan de Luxembourg , au nom du roi d'Aîigleterre. Dans celle sommation , le régent réclamait Jehanne comme un des principaux généraux du roi de France, et offrait en conséquence à Jehan de Luxembourg la somme portée au traité, c'est-à-dire 10,000 livres, ce qui faisait à peu près 70,000 francs de notre monnaie; de plus, une rente viagère de 300 livres était assignée à Lyonel , bâtard de Vendôme , auquel , comme nous l'avons vu , elle avait rendu son épée.
Les offres étaient pressantes et le refus dangereux : tous les jours le sire de Luxembourg racontait à sa sœur et à sa femme la marche ascendante des choses , et tous les jours ces deux nobles femmes obtenaient de lui qu'il ne prît encore aucune décision. On espérait éternellement dans le roi de France ; mais le roi de France restait froid et silencieux , préoccupé , à ce qu'il paraît , d'intérêts plus importants que celui de racheter une pauvre paysanne.
Cependant Jehanne menait, en attendant la décision de son sort , une sainte vie qui édifiait et attendrissait tous ceux qui s'approchaient d'elle : elle passait son temps en