UNE FAMILLE DE PAYSANS
Le saint jour des Rois de l'an de Nolre-Soigneiir H29, vers les dix heures du matin, un chevalier armé de toutes pièces, monté sur son cheval de bataille, et suivi de son coustelier et de son page , qui marchaient à quelques pas derrière, entrait dans le village de Domremy, que l'on nommait Domremy-les-Qreux , et qui, depuis, a perdu celte seconde appellation. Arrivé en face de l'église, et voyant que le saint sacrifice de la messe n'était point achevé, il s'arrêta, descendit de son cheval, remit son casque, son épée et ses éperons aux mains de son page % et, ainsi désarmé, jl monta les quatre marches qui conduisaient
1 Le privilège d'entrer arme, casqué, éperonné dans les églises était chose rare en France, où l'on citerait à peine trois ou quatre exemples d'une pareille concession. Un des plus anciens chevaliers qui le possédassent était un seigneur hreton nommé le siie de Kergournadech.
Ce privilège lui avait été accordé par saint Paul Aurcllen , premier é\ê(iue de Lyon , mort vers l'an 600, en récompense de ce que ce chevalier s'était offert pour tuer un serpent qui désolait le pays. Celte maison s'est éteinte dans la personne d'Olivier, sire de Kergournadech , mort sans postérité, et de François de Kersaoson. .Jeanne de Kergournadech , sa sœur aînée, hénta de ses hiens, et les porta en dot à Alain de Kerlioent, à la condition que, tout en gardant son nom de Kerhoent, il ferait prendre à son fds aîné les armes de Keigomnadech.
b JEHANNE-LA-PUCETXE.
au porche de l'église, passant, de ce pas ferme et assuré du t;entilhoinnie , au milieu des manants, dont la maison du Seigneur regorgeait de telle sorte que les derniers venus avaient été forcés de s'agenouiller sur les degrés et même dans la rue. Mais , comme on le comprend bien , le noble homme d'armes n'était point de ceux qui restent humblement à la porte; aussi fendit-il cette presse qui, du reste, au bruit résonnant de ses pas, s'ouvrait d'elle-même, et alla-t-il s'agenouiller à son tour près de la petite grille de fer qui séparait le prêtre des assistants : si bien qu'il était en avant même des chantres, et qu'il ne se trouvait entre le desservant et lui que le sacrisiain et les enfants de chœur. iMalheureusement pour les désirs religieux du bon chevalier, il s'y était pris un peu tard, et comme la messe lirait à sa fin au moment où il était entré, à peine eut-il le temps de dire un Pater, que le pi être prononça les paroles sacramentelles annonçant que le service divin était terminé, et passa devant lui, emportant dans la sacristie le ciboire d'argent dans lequel il venait de communier.
\ cet avertissement et à ce départ de l'officiant, chacun, comme c'est la coutume, se releva, fit le signe de la croix, et s'achemina vers la porte, à l'exception du chevalier qui, n'ayant pas terminé son oraison sans doute , demeura le dernier de tous agenouillé devant le chœur et priant Dieu avec une religion qui, dès ce siècle, commençait à être bien rare parmi les hommes d'armes : aussi , soit que les paysans eussent été frappés de cette piété, soit que, voyant un homme qui paraissait appartenir à la noblesse, ils espérassent avoir |)ar lui des nouvelles sur les affaires du temps, qui, à cette époque, étaient assez désastreuses pour occuper depuis les premiers du royaume jusqu'aux plus humbles villageois , une faible partie des fidèles seulement se retira chez soi; quant à la majorité , nonobstant un froid assez vif, causé par deux ou trois pouces de neige qui étaient tombés durant la nuit, elle resta sur la place, se formant par groupes, mais sans que, malgré la bonne envie