‹ Jeanne d'ArcChapitre 7 sur 95 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

que chacun en avait, il y eût un seul de tous cos bravos gens qui osât inlenoger ni le page ni le coustelier,

Parmi cos groupes, il y en avait un qui, sans offrir à la vue rien de plus remarquable que les autres, doit cependant attirer l'attention du lecteur.

Ce groupe sfi composait : d'un homme de quarantehuit à cinquante ans environ, d'une femme de quarante à quarante-cinq ans, de trois jeunes gens et d'une jeune fille. L'homme et la femme, quoique paraissant, à cause dos rudes travaux de la campagne, un peu plus âgés qu'ils ne l'étaient réellement, semblaient être cependant d'une santé robuste , que devait contribuer à entretenir la sérénité d'âme qui se lisait sur leur visage; quant aux trois jeunes gens, dont les deux aînés pouvaient avoir, l'un vingt-cinq ans et l'autre vingt-quatre, et dont le troisième en paraissait seize, c'étaient de vigoureux laboureurs qui, depuis leur naissance, on le voyait bien, avaient été exempts de ces mille petites indispositions auxquelles est en butte la santé étiolée de l'enfant dos villes; aussi paraissaient-ils devoir supporter joyeusement et vigoureusement le fardeau du travail héréditaire auquel Dieu condamna l'homme en le chassant du Paradis terrestre ; enfin , quant à la jeune fille, c'était une grosse et fraîche paysanne, dans laquelle, malgré les formes adoucies de la femme, et quoiqu'elle eût dix- neuf ans à peine, on pouvait reconnaître encore la puissante organisation de son père et de ses deux frères aînés.

Quoique ce groupe fût le plus rapproché de celui que formaient le page, le coustelier et les trois chevaux, aucune des personnes qui le composaient ne paraissait décidée à inter roger autrement que des yeux les serviteurs du chevalier, le page leur imposant par l'air dédaigneux et railleur de son visage, et le coustelier, par une physionomie dont la brutale expression allait jusqu'à la férocité : ils se contentaient donc do les regarder en silence, et d'échanger entre eux , et à voix basse , quelques suppositions , lorsqu'un

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paysan, so détachant d'un dos groupes voisins, s'approcha de celui que nous avons recommandé à l'attention de nos lecteurs, et frappant sur l'épaule de l'homme que nous avons indiqué comme le chef de la famille :

— Eh bien, frère Jacques, lui dit-il, es-tu plus savant que les autres , et peux-tu nous dire quel est ce chevalier qui fait une si longue et si sainte prière dans notre église ?

— Par ma foi! frère Durand, répondit celui auquel la question était adressée, tu me rendrais fort service de me le dire toi-même, car je ne me rappelle pas avoir jamais vu son visage.

— C'est sans doute quelqu'un de ces capitaines qui courent notre malheureux pays bien plus pour faire leurs propres affaires que pour faire celles de notre pauvre roi Charles VII , que Dieu garde ! et sans doute il est resté le dernier dans l'église pour s'assurer si les vases et les chandeliers étaient d'argent et valaient la peine d'être volés.

— Frère , frère , murmura Jacques en secouant la tète, quoique l'âge devrait t'avoir corrigé de ce défaut , tu es toujours prompt et léger de paroles comme si tu avais encore vingt-cinq ans. Il n'est ni beau ni bon de censurer ainsi sans raison la conduite du prochain, surtout quand cette conduite n'a rien donné à reprendre , et tout au contraire s'est manifestée comme celle d'un prud'homme et d'un pieux chevalier.

— Eh bien ! répondit Durand , si tu es si sûr de sa courtoisie, que ne vas-tu hardiment lui demander d'où il vient et qui il est ?

— Oh ! si Jehannette était là , dit le plus jeune des trois frères , elle nous le dirait bien , elle.

— Et pourquoi penses- lu que ta sœur en saurait plus que nous, Pierre? A-t-elle jamais vu ce chevalier?

— Non , mon père , murmura le jeune homme , je ne crois pas qu'elle l'ait jamais vu.

— Et alors qui te fait penser, dit Jacques d'un air se-

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