CHAPITRE XI
mise à la juslicc ecclésiastique furent lues en présence de niesseigncHHS et maîtres Gilles, abbé de Fécanip, Jehan Beaupère, Jehan de Chàiillon, Jacques le Terrier, Nicole 31idi, Guérard Feuillet, Guillaume Ilecton, Thomas de Courcel et maître Richard Prati. Alors maître Jehan Fstevit, promoteur du procès, demanda que Jehanne fût amenée pour être interrogée, ce qui fut à l'instaut même accordé par l'évêque. Un huissier présenta une requête de Jehanne, demandant qu'avant l'ouverture du procès il lui fût permis d'entendre une messe. L'évêque et les juges délibérèrent, et décidèrent que la requête devait être refusée h Jehanne, attendu les crimes dont elle était diftamée. L'ordre fut en conséquence donné de la conduire à l'instant même devant le tribunal. Jehanne fut amenée aussitôt, et le même jour l'interrogatoire commença.
Ce fut alors que Jehanne se montra vraiment ^'rande et belle. La pauvre jeune fille, qui ne savait ni lire ni écrire, à qui Ton avait seulement appris à coudre et à filer, et qui, outre cela, connaissait pour toutes choses, comme elle le disait elle-même, son Pa er, son Jve Maria et son Credo, la pauvre prisonnière isolée, sans conseil hnmaiu, soutenue seulement par Dieu et par sa conscience, se montra toujours calme, souvent énergique, quelquefois, sublime : aussi nous contenterons-nous de citer, pour donner à nos lecteurs une idée de cette majestueuse figure, quelques questions et quelques réponses prises presque au hasard dans son interrogatoire :
Admonestée de jurer sur tous les saints Évangiles qu'elle dirait la vérité en touies choses sur lesquelles elle serait interrogée ,
Jehanne répondit : — Je ne jurerai point , attendu qu'il y a telles choses concernant le roi de France sur lesquelles je ne puis répondre à ses ennemis.
— Mais, reprit l'évêque , vous jurerez au moins de dire la véiilé sur ce qui concernera la foi catholique et sur les choses qui n'intéresseront que vous.
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Jehanne répondit que, sur ses père et mère et sur toutes choses qu'elle avait faites depuis que, partant de Domremy, elle avait pris le chemin de la France , elle élait prête à répondre et jurerait volontiers de dire la vérité; mais, que sur les révélations à elle faites de la part de Dieu, et qu'elle n'avait jamais confiées qu'au roi Charles, lui dût-on couper la tète, elle ne les révélerait point avant d'en avoir congé du roi Charles et de Dieu.
Cette réponse faite avec la simplicité d'une jeune fille et la fermeté d'un héros, l'évéque l'admonesta de jurer de dire la vérité en ce qui toucherait la foi. Jehanne alors se mit à genoux , posa les deux mains sur le missel , et jura qu'elle dirait la vérité sur les choses concernant la foi ; mais elle ajouta que de ses révélations elle ne dirait rien à personne qu'elle n'en eût reçu la permission de la même voix qui les lui avait faites. Puis s'adressant à l'évéque et le regardant en face :
— Regardez-y h deux fois , lui dit-elle , avant de vous faire mon juge ; car, au nom de Dieu , je vous réponds que vous prenez là une lourde charge.
Interrogée sur le lieu de sa naissance , sur l'âge qu'elle a et sur l'éducation qu'elle a reçue.
Elle répond qu'elle est née à Domremy, qu'elle a dixneuf ans ou environ , et qu'elle sait le Pater Doster, V Ave Maria et le Credo,
Interrogée à quelle époque elle eut ses premières révélations et par quel intermédiaire,
Elle répond que c'était à l'âge de treize ans et par la même voix qui l'enseigna toujours depuis à se bien gouverner; mais que la première fois qu'elle entendit cette voix , elle eut grand' peur ; que ladite voix retentit en temps d'été , en plein midi , et tandis qu'elle était dans le jardin de son père.
Interrogée sur ce que lui ordonna cette voix ,
Elle ré|)ond que deux ou trois fois la semaine cette voix lui ordonnait de partir pour venir en France sans que son
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père sût rien de son départ , et qu'il fallait qu'elle se hâtât de partir, et qu'elle ferait lever aux Anglais le siège d'Orléans et mènerait sacrer le dauphin à Uheinis.
Interrogée si, quand elle quitta son père et sa mère, elle croyait pécher,
Elle répond : — Puisque Dieu le commandait, eussé-je eu cent pères et cent mères , et eussé-je été fdle de roi , je fusse partie.
Interrogée si elle trouva quelque empêchement sur sa route ,
Llle répond que, sans empêchement aucun, elle vint jusqu'au roi.
Interrogée du lieu où était le roi ,
Elle répond qu'elle trouva le roi à Ghinon, où elle arriva vers le midi ; qu'elle se logea dans une petite hôtellerie , et qu'après le dîner elle se rendit devers le roi qui était en son château.
Interrogée si le roi lui fut désigné ,
Elle réi)ond que non , mais qu'elle le reconnut par le conseil de sa voix.
Interrogée de quelle étoffe était son étendard, et si c'était de toile ou de drap ,
Elle répond que c'était de blanc satin.
Interrogée par quel sortilège elle rendait le courage aux soldats qui suivaient son étendard ,
Elle répond : — Je disais : Entrez hardiment parmi les Anglais , et j'y entrais la première.
Interrogée d'où vient que son étendard était au sacre plus près du chœur qu'aucun autre ,
Elle répond : — C'était bien le moins, étant le premier à la peine , qu'il fût le premier à l'honneur.
Inleriogée si l'espérance de la victoire était fondée en elle ou en son étendard ,
Elle répond : — Elle étaitf ondée en Dieu et non ailleurs.
Interrogée si ceux de son parti croyaient fermement qu'elle fût envoyée de par Dieu ,
lo2 JEIIANi\E-L\-PUCEI.LE.
K]\q. répond : — S'ils le croient , ils ne sont pas abusés.
Interrogée si saint iMicliel lui apparaissait nu ou habillé,
Jille répond : — Croyez-vous que Dieu n'a pas de quoi le vêtir ?
Interrogée si elle fit la sortie de (lompiègne à l'instigation de ses voix ,
Elle répond qu'un jour, étant sur les fossés de Melun , il lui fut dit par ses voix qu'avant qu'il fût la Saint-Jean d'été elle serait prise par les Anglais; mais qu'il ne fallait pas qu'elle s'en abattît , mais qu'au contraire elle prît la chose comme lui venant du Seigneur, et que le Seigneur l'aiderait.
Interrogée si depuis ce jour ses voix lui ont renouvelé le même avertissement,
Elle répond que plusieurs fois elle l'a reçu , et qu'alors elle a demandé quand cela arriverait et dans quel lieu , mais qu'à cette demande elle n'a jamais eu de réponse.
Interrogée dans le cas oii elle eût su qu'elle devait être prise si elle eût fait cette sortie ,
Elle répond qu'elle ne l'eût pas faite volontiers, mais que si cependant ses voix l'eussent ordonné , elle eût suivi leur commandement jusqu'à la fin.
Interrogée pourquoi elle sauta du haut de la tour de Beaurevoir dans les fossés ,
Elle répond : — 11 m'était plus cher de mourir que de tomber aux mains des Anglais.
Interrogée si ses voix lui ont conseillé ce moyen d'évasion.
Elle répond qu'au contraire elles le lui ont défendu , et cpe c'est la première fois qu'elle leur a désobéi.
Interrogée si , en sautant ainsi , elle croyait se tuer,
Elle répond qu'elle n'en savait rien , et qu'en sautant elle se recommanda à Dieu.
InteiTOgée si , après cet essai de fuite , elle fit pénitence pour l'avoir tenté contre l'avis de ses voix ,
Elle répond : — î\la pénitence fut la douleur que je me fis eu tombant.