‹ Jeanne d'ArcChapitre 66 sur 95 · EI- DE NOUVEAUX DOCUMENTS INÉDITS · texte numérisé non relu

EI- DE NOUVEAUX DOCUMENTS INÉDITS

No longer on Sainl-Denis will \ve cry, lUii Joan-la-Puoelle sliall be France's saint. ShaksPiîauf., i" partie ^'Hcurj FI, act. i,

11 n'est pas un seul épisode de nos annales qui excite autant d'admiration et d'intérêt que la courte histoire de l'arrivée de Jeanne d'Arc au-camp français, de ses exploits, de ses vertus et de son supplice. Un événement aussi extraordinaire a donné lieu aux conjectnres les plus opposées et souvent les plus étranges : les uns, partageant les idées du temps, l'ont crue véritablement inspirée de lumières surnaturelles, et ont vu en elle un instrument des desseins secrets de la Providence; d'autres, moins disposés à croire à l'intervention directe de la divinité dans les choses humaines, n'ont regardé son enthousiasme que comme l'effet d'une exaltation de sentiments patriotiques et religieux, qui se confondaient dans cet esprit aussi simple que pur et él('\é; ceux-ci , tonjou- s empiesM''s à supposer de profondes

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combinaisons dans les événements les plus spontanés, en font l'agent ou la dupe d'une vaste et profonde intrigue ourdie par les hommes d'état de la cour de Charles VII pour agir plus efficacement sur l'esprit des peuples; un dernier, enfin , bâtit sur cette sublime histoire un doucereux roman d'amour, transforme la paysanne lorraine en une sœur de Charles VII , et , tout satisfait de cette ingénieuse découverte, en déduit à son aise l'explication des faits qui avaient offert les difficultés les plus insurmontables aux historiens moins hardis que lui.

De tous ceux qui ont parlé avec quelques détails de l'apparition de la bergère de Greux à la tête des hommes de cour et des guerriers de la France , apparition qui , sous quelque point de vue qu'on la considère, n'en a pas moins eu sur l'avenir du pays les conséquences les plus vastes et les plus importantes, Voltaire et Hume ont été, il faut l'avouer, ceux qui ont mis le plus de légèreté dans l'élude des faits et le moins d'esprit de critif|ue dans leur discussion ; leur profond dédain pour toutes les superstitions humaines , et leur horreur pour tous les fléaux que l'auibition et la cupidité d'un côté, et l'ignorance de l'autre, avaient accumulés sur les peuples pendant les âges précédents, les ont rendus quelquefois injustes envers les hommes comme envers les choses , et trop souvent ils se sont refusés à reconnaître la vertu parce qu'elle se trouvait associée à un peu de déraison partielle , le bien parce qu'il était mêlé à un peu de mal. Nés à une époque où la raison humaine commençait à ressaisir son empire , ils ont voulu profiter de ce moment de succès pour lui assurer un triomphe durable , en anéantissant d'un coup et sans retour toutes les erreurs et les folies humaines. Ce qu'ils ont fait ne pouvait être l'ait peut-être que par eux , de cette manière et à ce temps. Nous, qui sommes arrivés après la victoire, nous sommes obligés aujourd'hui à plus d'impartialité , et le triomphe certain do la philosophie est la meilleure garantie de la modération et de l'esprit de justice des écri-

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vains. Nous n'allons donc plus scruter les événements pour les combattre , mais bien pour les connaître. Nous voulons qu'on nous reproduise les faits tels qu'ils ont agi sur les hommes à chaque époque , et nous aimons à nous identifier pour quelques instants avec les erreurs et les préjugés, que nous combattrions !e plus vivement si, à travers la poussière des tombeaux , ils venaient à se faire jour pour arriver jusqu'à nous.

Cet esprit de recherche , si avide et si indépendant , est ce qui convient particulièrement à l'époque dont je vais donner la chronique : le sublime s'y trouve à chaque instant mêlé au ridicule , l'ignorance , la superstition , l'héroïsme, l'amour de la patrie , s'y présentent tour à tour et souvent confondus; mais, comme dans un drame bien composé, il ne faut pas faire de retour sur le temps où l'on vit , pour ne rien perdre de l'intérêt que l'on prend à des temps si différents des nôtres.

Afm de rappeler plus constamment le lecteur au sentiment de l'époque à laquelle apparut Jeanne d'xirc, et le lendre , pour ainsi dire , contemporain de notre héroïne , je vais rechercher dans les monuments historiques du quinzième siècle, publiés et inédits , tout ce qui se rapporte à ce grand drame du salut de la France, en citant exactement les textes ; et , pour donner plus de clarté et d'autorité à la narration ainsi qu'au développement de tous ces faits , je distribuerai ces divers matériaux sous neuf grandes divisions :

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