‹ Jeanne d'ArcChapitre 67 sur 95 · La réhabihtation de sa mémoire · texte numérisé non relu

La réhabihtation de sa mémoire

180 AIMALYSE llAJSOi\I\EE

« L'an mil quatre cent vingt neuf, il y avoit une jeune fille vers les marches de Vaucouleurs , native d'un village nonmié Domp-Remy, de l'élection de Langres, qui est tout un avec le village de Greux, fille de Jacques d'Arc et d'Ysabeau sa femme, simple villageoise, qui avoit accouslumé aucunes fois de garder les besles ; et quand elle uc lesgardoit, elle apprenoit à coudre, ou bien elle filoii. Elle cstoit âgée de dix sept à dix huit ans , bien compassée de membres et forte. » (Chronique de la Pucelle K)

« Elle est née dans un petit village appelé Dom-llemy et en Bassigny aux confins du royaume de France, sur la Meuse qui est là en Lorraine. Ses parents, comme on sait, étaient de bons et simples villageois. C'est dans la nuit de l'Epiphanie de A'otre Seigneur, nuit où les fidèles ont coutume de se rappeler avec allégresse les actions du Christ , qu'elle vint au monde. Tous les habitants furent saisis d'une joie extraordinaire. Sans être instruits de la naissance de l'enfant ils couraient de tous côtés et se demandaient ce qu'il y avait de nouveau. Il y avait des cœurs brisés de joie. Bien plus les coqs , pour annoncer l'événement , firent entendre, non leur chant accoutumé , mais bien des sons qu'on n'avait jamais ouïs. Us battirent des ailes pendant deux heures comme pour présager la gloire du nouveau-né. L'enfant grandissait. A sept ans, selon l'usage des laboureurs , ses parents l'employèrent à la garde des moutons. La jeune fille n'en perdit jamais un seul , soit qu'il eût pu être égaré , soit qu'il eut pu être dévoré par les loups. Quand elle était dans la maison de son père , tout y était si bien en sûreté, que celui-ci n'essuva jamais le moindre dommage , soit du pillage des ennemis, soit de la méchanceté des barbares. » (Lettre de Per-

J Édition «.lu Fautliéon, p. 428.

DES DOCLMICMS SLR LA PLCliLLE. 181

ceval, sieur de Bonlonrmack , adressée au duc de Milan, en date de Bourges 21 juin 1429 *.)

» Interrogée de ses nom et surnom , resjiondil : que au lieu où elle avoit eslé née, on l'appeloit Jeliannelte , et en France Jehannc ; et du surnom ^ n'en sçaii rien.

» Interrogée du lieu de sa naissance , respondit : qu'elle avoit esté née en un village qu'on appeloit Domp Remy de Grue ^ ; auquel lieu de Grue est la principale église.

» Interrogée du nom de ses père et mère, respondit : que son père estoit nommé Jacques d'Arc et sa mère Isabeau.

» Interrogée où elle fui bapiisée , respondit : que ce fut en l'église de Domp Remy.

"Interrogée qui fut ses parrains et marraines, respondit : que une femme nommée Agnès et une autre nommée Jehanne ^; et un nommé Jehan Barent fut son parrain K Dit outre : qu'elle avoit bien ouy-dire à sa mère qu'elle avoit d'autres parrains et marraines que les dessusdits.

» Interrogée qui fut le prestre qui la baptisa , respondit : que ce fut un nommé Jehan Nynet% ainsi comme elle croi(.

» Interrogée si ledit Nynet vit encore , respondit : que ouy , ainsi comme elle croit.

» Interrogée quel âge elle avoit, respondit : qu'elle avoit dix neuf ans environ. Et outre dit que sa mère lui apprint le Pater noster , Ave Maria et Credo et que autre personne que sa dite mère ne lui apprint sa créance. (Premier interrogatoire en séance publique le 21 février ^)

' Vol. du Panthéon sur la Pucelle, p. 521. - Le surnom de Pucelle.

5 Greux.

* Les actes latins en désignent encore une froisiènie nommée Sibylle. V. Procès de Jeanne d'Arc publié par la Société de l'Iiist. de France, t. i, p. 4G.

^ Patrinorum vero unus vocabatur Johannes Lmgué, alter Johannos Barrey. Id., ibid.

6 Les actes latins le nomment Johaimes Minet. Id , ibid. ' Vol. du Panthéon, p. -469.

Ig2 ANALYSE RAISOIMNEE

» liileiTogée * si elle avait apprins aucun art ou métier, (lit : que ouy et que sa mère lui avoit apprins à coudre, et qu'elle ne cuidoit point qu'il y eust femme dedans Rouen qui lui en sceust apprendre aucune chose. Dit outre ; qu'elle avoit laissé la maison de son père en partie pour doubte des Bourguignons, et qu'elle se estoit allée au Neuf- Chastel avec une femme nommée La Rousse, où elle demeura pour quinze jours ; en laquelle maison elle faisoit les négoces de ladite maison , et ne alloit point aux champs garder les brebis et autres bestes.

«Interrogée si elle se confessoit tous les ans, dit : que ouy, à son propre curé; et se il esloit empesché, elle se confessoit à un autre preslre par le congé du dit curé. Et si dist : qu'elle s'est confessée deux ou trois fois à des religieux mendiants , et qu'elle recevoit le corps de Nostre Seigneur tous les ans à Pasques.

» Interrogée si elle recevoit point le corps de Nostre Seigneur à autre feste qu'à Pasques , respondit : Passez ouire. (Interr. du 22 février 1/|S0. )

» Interrogée se , en sa jeunesse , elle alloit se esballre avec les autres aux champs , dit : qu'elle y a bien esté aucunes fois , mais ne sçait en quel âge.

» Interrogée si elle fut oncques avec les petits enfants qui se combatloient pour le party des Anglois et des François, respond : que non , dont elle ayt mémoire ; mais a bien vu que aucuns de ceux de leur ville s'estoient combattus contre ceux de IMarey ^ et en revenoient aucunes fois bien blessés et saignants.

» Interrogée se , a son jeune âge , elle avoit grande intention de persécuter les Bourguignons , respond : qu'elle avoit bonne volonté que le roi eust son royaume.

» Interrogée se elle menoit point les bestes aux champs, dit : qu'elle a respondu ; et que depuis qu'elle est grande et

1 Page 471, éd. du Panthéon.

3 Qui étaient du i>arli bourguijinon. Majccy-sui-Meusc.

qu'elle a eu entendement ne les gaidoil pas, mais aydoit bien à les conduire es prés, en un chaslel nommé l'isle, pour doubte des gens d'armes; mais de son jeune âge , se elle les gardoit ou non , n'en a pas la mémoire.

» Interrogée de l'arbre , respond : que assez près de Domp Remy a un arbre qui se appelle l'Arbre des Dames, et les autres l'appellent l'Arbre des Fées ; et auprès a une fontaine ; et a ouy dire que les gens malades de fiebvre en boivent ; et mesme en a veu aller quérir pour en guérir ; mais ne sçait se ils en guérissent ou non.

» Dit : qu'elle a ouy dire que les malades, quand ils se peuvent lever, vont à l'Arbre pour leur esbatlre. Et si dit : que c'est un grand arbre nommé Fou, dont vient de beau may , et souloit estre à monseigneur Pierre de Bolemont.

» Dit : qu'elle alloit aucunes fois avec les autres jeunes filles en temps d'esté et y faisoit des chapeaux pour Noslre Dame de Domp Remy.

» Dit : qu'elle a ouy dire à plusieurs anciens , non pas de son lignage , que les fées y repairoient ; et a ouy dire à une nommée Jehanne, femme du mari de la fille de sa marraine , qu'elle les avoit veues là. Se il estoit vray , elle ne sçait.

» Dit : qu'elle ne vit jamais fée qu'elle sache, à l'arbre ne ailleurs.

» Dit : qu'elle avoit veu mettre es branches du dit arbre des chapeaux par les jeunes filles, et elle-mesme yen a mis avec les autres filles ; et aucunes fois les emportoient et aucunes fois les laissoient.

» Dit : que despuis qu'elle sceut qu'elle debvoit venir en France, elle fit pou d'esbalements et le moins qu'elle peust ; et ne sçait point que, despuis qu'elle eut entendement, qu'elle ayt dansé près du dit arbre ; mais aucunes fois y l)eut bien avoir dansé avec les enfants; mais y avoit plus chanté que dansé.

» Dit bien : qu'il y a un bosc que on appelle le Bois- Chenu que on voit de l'huys de son père ; et y a petite es-

184 ANALYSE RAISOMVÉE

pace, non pas d'une lieue; mais qu'elle ne sçail , ne ouyl oncques dire que les fées y repairassent. (Inlerrog. du samedi 2/; février, p. [ilU et hl5.)

« Interrogée se elle savoit point au devant d'aujourd'hui que les fées fussent mauvais esprits, respond : qu'elle n'en savoit rien. (Interrog. du 13 mars, p. 492. )

') Interrogée se elle sçait rien de ceux qui vont avec les fées , respond : qu'elle n'en fit oncques ou sceut quelque chose , mais en a ouy parler , et qu'on y alloit au jeudi ; mais n'y croit point, et croit que ce ne soit que sorcerie. (Inlerrog. du 17 mars, p. 69/i. )

» Quant à son instruction , dit : qu'elle a apprins sa créance, et qu'elle est bien instruite et enseignée comme un bon enfant doibt estre. (Interrog. du 27 mars, p. Z|97.)

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