‹ Jeanne d'ArcChapitre 77 sur 95 · VL SON EMPRISOIN^^EMENT ET SA REMISE AUX ANGLAIS · texte numérisé non relu

VL SON EMPRISOIN^^EMENT ET SA REMISE AUX ANGLAIS

Ce qu'elle avait le plus redouté c'était l'infortune d'être prise et l'infortune plus grande d'être remise aux mains des Anglais , et ce double malheur lui était réservé. Ellemême décrit au vif, dans son interrogatoire, la terreur qu'elle éprouvait à l'idée d'être remise entre les mains de ses ennemis les Anglais.

« Interrogée premièrement, quelle fut la cause poui quoi elle sailhtde la tour de Beau-Revoir, respond : qu'elle ouyt dire que ceux de Com])iégne, tous, jusques à l'âge de sept ans , dévoient estre mis à feu et à sang , et qu'elle aimoit mieux mourir que vivre après une telle destruclion de bonnes gens; ce fut l'une des causes; l'autre, qu'elle sceut qu'elle estoit vendue aux Anglois, et eust eu plus cher mourir que d'estre en la main des Anglois ses adversaires.

» Interrogée si sa sainte fut du conseil de ses voix, respond : que sainte Catherine lui disoit à presque lousles jours, qu'elle ne saillist point et ([ue Dieu lui aydcroit, et mesme à ceux de Compiégne. Et ladite Jchanne dit à sainte Catherine , puisque Dieu aydcroit à ceux de Compiégne elle y vouloit estre. Et sainte Catherine lui dit sans faute : « Il ») faut que preniez en gré ; et ne serez ])oint deslivrée tant que ') vous ayez vu le roi des Anglois. » Et ladite Jehannerespon-

dit : « Vraiement je ne vonlsisse point le voir; je aimasse » niii'iix mourir que de estremiso en la main des Anglois. »

» Interrogée, quand elle saillit, se elle se cuidoit tuer, respond : que non, mais en saillant se recommanda à Dieu ; et cuidoit, par le moyen de se saut, eschapper et évader qu'elle ne fust livrée aux Anglois. (Interrog. du IZi mars, p. ^85.)

» Dit : que la demoiselle de Luxembourg requit à monseigneur de Luxembourg qu'elle ne fust point livrée au>; Anglois. (Interrog. du 3 mai, p. 478.) »

Jean de Luxembourg , comte de Ligny , hésita longtemps et finit par céder aux demandes du roy d'Angleterre et de l'université de Paris alors composée des suppôts du roi d'Angleterre, tous les hommes indépendants ayant quitté Paris pour suivre Charles YII.

Voici comment la chronique de la bibliothèque d'Or» léans raconte ce fait :

« Après ladite prinse, le roy d'Angleterre et son conseil craignants que ladite Pucelle eschappast, en p:iyant rançon ou autrement, fit toute diligence de la recouvrer. Et à cestc fin envoya plusieurs fois vers ledit duc de Bourgongne et ledit Jehan de Luxembourg ; à quoy icelui de Luxembcurg ne vouloit entendre ; et ne la vouloit bailler à nulle fin: dont ledit roy d'Angleterre esloit bien mal content. Pourquoy assembla son conseil par plusieurs fois , pour adviser qu'il pourroit faire pour la recouvrer. Et en la fin fut :onseillé mander l'évesque de Beauvais, auquel il fit ren:onstrer : que ladite Pucelle usoit d'art magique et diabolique, et qu'elle estoit hérétique; qu'elle avoit esté prinse en son diocèse, et qu'elle y estôit prisonnière; que c'estoit à lui à en avoir cognoissance et en faire la justice, et qu'il dcbvoit sommer et admonester ledit duc de Bourgongne et ledit de Luxembourg de lui rendre ladite Pucelle, pour faire son procès, ainsi qu'il est ordonné par disj)osition de droit aux prélats faire le procès contre les hérétiques , en lui offrant payer telle somme raisonnable qu'il sera trouvé

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qu'elle debvra payer pour sa rançon. Laquelle chose, après plusieurs renionslrances , ledit évesque accorda faire par conseil , s'il trouvoit qu'il le deust el peust faire. Et pour ce se conseilla à messieurs de l'université de Paris , qui furent d'opinion qu'il le pouvoit et debvoit faire. Et pour complaire au roy d'Angleterre, accordèrent audit évesque, qu'ils escriroient de par l'université de Paris à monseigneur Jehan de Luxembourg, qui tenoit la Pucelle prisonnière : qu'il la debvoit rendre pour faire son procès , et que s'il faisoit aultrement, il ne se monstreroit pas bon catholique , et plusieurs autres remonstrances contenues es dites lettres, ainsi qu'il sera veu par le double d'icelles, qui est csciipt ci-après.

Lettre de l'Université de Paris au duc de Bourgogne pour f engager à remettre Jeanne d'Arc à l'inquisiteur et à t'évêque de BeauvaisK

» Très hault et très puissant prince et nostre très redoubté et honoré seigneur, nous nous recommandons très humblement à vostre noble haultece. Combien que autreffois nostre très redoublé et honoré seigneur, nous ayons pardevers vostre haultece escript^ et supplié très humblement a ce que celle femme dicte la Pucelle estant, la mercy Dieu , en voslre subjeccion , fust mise es mains de la justice de l'église pour lui faire son procès deuement sur les ydolatries et autres matières touchans noslre sainte foy, et les escandes réparer à l'occasion d'elle survenues en ce royaume, ensemble les dommages et inconvéniens innumerables qui en sont ensuis : toutesvoies, nous n'avons en aucune responce sur ce ; et n'avons point sceu que pour faire du fait d'icelle femme discucion convenable , ait esté

' M. Jules Quiclieiat a inséré cette lettre en français dans l'interrogatoire latin (p. 8); c'e4 d'après lui que je la donne ici, car elle est omise par le clironiquenr de la BiltliotliC(ine d'Orléans.

2 Cette première lettre, que l'Université rappelle an dnc de Bourgogne, n'est pas consignée dans la grosse dti procès.

faicte aucune provision ; mais doublons inoult , que par la faulceté cl séduccion de l'eiinemy d'enfer, et par la malice et subtilité des mauvaises personnes , vos ennemis et adversaires, fpii mettent toute leur cure , comme l'on dit, à vouloir délivrer icelle femme par voyes exquises , elle soit mise hors de vostre subjeccion par quelque manière; que Dieu ne veuille permettre! car en vérité, au jugement de tous bons catholiques cognoissant en ce, si grant lésion en la sainte foy , si énorme péril , inconvénient et dommaigc pour toute la chose publique de ce royaume ne sont avenues de mémoire d'ommes, si comme seroit se elle partoit par telles voyes dampnées , sans convenable reparaccion , mais seroit- ce en vérité grandement au préjudice de vostre honneur et du chrestien nom de la maison de France, dont vous et vos très nobles progéniteurs avez esté et estes continuelment loyaulx prolecteurs et très nobles menbres principaulx. Pour ces causes, nostre très redoublé et honoré seigneur, nous vous supplions de rechief très humblement que, en faveur de la foy de Nostre Sauveur, à la conservacion de sa sainte église et tuicion de l'onneur divin, et aussi pour la grant utilité de ce royaume très chrestian , il plaise à vostre haullesce ycelle femme mettre es mains de l'inquisiteur de la foy, et envoler seurement pardeçà , ainsi que aulreffois avons supplié , ou icelle femme bailler ou faire bailler à révérend père en Dieu monseigneur l'évesque de Beauvais , en la jurisdicion espirituele du quel clic a esté appréhendée, pour à icelle femme faire son procès en la foy, comme il appartendra par laison , à la gloire de Dieu, à l'exaltacion de nostre dicte sainte foy, et au prouffit des bons et loyaulx catholiques et de toute la chose publique de ce royaume , et aussi à l'onneur et louenge de vostre dicte haultece, la quelle Nostre Sauveur veuille maintenir en bonne prospérité e^ fmablement lui donner sa gloire. Escript *

^ Aucune des expéditions autUentiqucs ne donne la date de cette lettre.

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Autre icttre de l'université de Paris à mcssirc Jehan de Luxembourg pour ta rendllioii de ta PucelteK

» Très-noble , honnoré et puissant seigneur, nous nous recommandons très-affectueusement à vostre haute noblesse. Voslre noble prudence sçait bien et cognoit que tous bons chevaliers catholiques doibvent leur force et puissance employer, premièrement au service de Dieu et en après au prouffit de la chose publique. En espécial le serment premier de l'ordre de chevalerie si est garder et deffendre l'honneur de Dieu et la foy catholique et la sainte église. De ce serment vous est bien soubvenu quand vous avez vostre noble puissance et présence personnelle employée à appréhender ceste femme qui se dit la Pucelle , au moyen de laquelle l'honneur de Dieu a esté sans mesure offensé , la foy excessivement blessée, et l'église trop forl déshonnorée ; car, par son occasion, idolâtries, erreurs, mauvaises doctrines et autres maux et inconvénients irréparables se sont ensuivis en ce royaume. Et en vérité tous loyaux chrestiens vous doibvent mercier grandement d'avoir fait si grand service à noslre sainte foy et à tout ce royaume; et quant à nous, nous en remercions Dieu de tous nos courages et vostre noble prouesse, tant acertes que faire le povons. Mais peu de chose seroit avoir fait une telle prinse, s'il ne s'ensuivoit ce qu'il appartient, pour satisfaire à l'offense par icelle femme perpétrée contre noslre très-doux créateur et sa foy et sa sainte église, avec ses autres meffaits innumérables, comme on dit. Et seroit plus grand inconvénient que oncques mais, et plus grant erreur demourroit au peuple que par avant, et si fort intolérable offense contre la majesté divine, se ceste chose

* M. de l'Averdy, page 9 , dit que la lettre de l'Université au duc de Luxembourg est sans date; on verra plus bas qu'elle est datée du 14 juillet 1430.

(lemeuroit en ce point, et qu'il advint que ceste femme fust deslivrée ou perdue, comme ont dit aucuns des adversaires soy vouloir efforcer de faire, et y appliquer tout leur euten-^ dément par toutes voyes exquises , soit par argent ou rançon. Mais nous espérons que Dieu ne permettra pas advenir si grand mal sur son peuple , et que aussi vostre bonne et noble prudence ne le souffrira pas , mais y sçaura bien pourvoir convenablement ; car se ainsi estoit faite desli^ vrance d'icelle , sans convenable réparation , ce seroit déshonneur irréparable à vostre grande noblesse , et à tous ceux qui de ce se seroient entremis. Mais, à ce que tel escande cesse le plus tost que faire se pourra , comme lo besoing est, pource que en ceste matière le deslay est trop périlleux et très-préjudiciable à ce royaume, nous supplions très-humblement et de cordiale affection à vostre puissante et honnorée noblesse, que, en faveur de l'honneur divin, à la conservation de la sainte foy catholique et au bien et exaltation de tout ce royaume, vous vueillez icelle femme mettre en justice , et envoyer par -deçà à l'inquisiteur de la foy, qui icelle a requise et requiert très-instamment pour faire discussion de ses grandes charges , tellement que Dieu en puisse estre content, et le peuple édifié duement et en bonne et sainte doctrine ; ou vous plaise icelle femme rendre et deslivrer à révérend père en Dieu , et nostre très-honnoré seigneur l'évesque de Beauvais , qui icelle a pareillement requise, à la jurisdiction duquel elle a esté appréhendée comme on dit. Lesquels prélat et inquisiteur sont juges d'icelle en la matière de la foy ; et est tenu d'obéir tout chresfien, de quelque estât qu'il soit, à eux en ce cas présent, sur les peines de droit qui sont grandes. Et en ce faisant , vous acquerrez la grâce et amour de la haute divinité , vous serez moyen de l'exaltation de la sainte foy, et aussi accroistrez la gloire de vostre haut et noble nom, et mesmement de très-haut et très-puissant prince nostre très-redoubté seigneur et le vostre, monseigneur le duc de Bourgongne, et sera chacun tenu à prier Dieu pour

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la prospL'rité de vostre très-noble personne ; laquelle Dieu Noslre Sauveur veuille conduire par sa sainte grâce en tous ses affaires, et finalement lui rétribuer joye sans fin.

» Escript à Paris, le quatorzieeme jour de juillet mil quatre cents trente.

» Quand ledit évesque eut ouy le conseil et l'offre de ladite université, il accorda faire ladite sommation , qui fut mise par escript , de laquelle la teneur s'ensuit.

Vouhte de la céduiic de la sommation faite fav i'èvesqiie de Beauvais au duc de Boiirgongne et monseigneur Jehan de Luxembourg , pour rendre la Pucelle.

» C'est ce que requiert l'évesque de Beauvais à monseigneur le duc de Bourgongne , à monseigneur Jehan de Luxembourg et au bastard de Waendonne^ de par le roy nostre seigneur, et de par lui comme évesque de Beauvais : que icelle femme nommée Jehanne la Pucelle , prisonnière, soit envoyée au" roy pour la deslivrer à l'église, pour lui faire son procès, pource qu'elle est souspcçonnéc et diffamée d'avoir commis plusieurs crimes, comme sortilèges, idolâtries, invocations d'ennemi 2, et autres plusieurs cas touchant nostre foy et contre icelle. El combien qu'elle ne doive point estre de prinse de guerre, comme il semble, considéré ce que dit est, néant-moins, pour la rémunération de ceux qui l'ont prinse et détenue, le roy veut libéralement leur bailler jusques à la somme de six mille livres, et pour ledit bastard qui l'a prinse lui donner et assigner rente pour soustenir son estât jusques à deux ou trois cenis livres.

* Il s'appelait Lyonel et servait en qualité d'homme d'armes du'^^ la compagnie de Jean de Luxembourg, qui, pour le récompenser de cette prise, 1 ' nomma capitaine de Nesle et de Beaulieu en Vermandois Wendonne, aujourd'hui Wandomme, est un bourg du département du Pas-de-Calais.

2 C'est-à-dire de l'esprit malin.

» Item, ledit évesquc requiert de par lui aux dessusdits et à chascuu d'iceux : comme icelle femme ayt été prinse en son diocèse et soûles sa juridiction spirituelle , qu'elle lui soit rendue pour lui faire son procès, comme il appartient; à quoy il est tout prest de entendre, par l'assistance de l'inquisiteur de la foy, si besoin est , et par l'assistance des docteurs en théologie, en décrets, et autres notables personnes experts en fait de judicature, ainsi que la matière requiert, afin qu'il soit duement et meurement fait , à l'exaltation de la foy et l'instruction de ceux qui ont esté en ceste matière deceus et abusés à l'occasion d'icelie femme.

» Item, et en la parfin , se par la manière avant dite , les dessusdits ou aucuns d'eux ne vueillent estre contents, ni obtempérer à ce que dessus est dit, combien que la prinse d'icelie femme ne soit pareille à la prinse de roy , prince ou autres personnes de grant estât, (les quels toutes voyes se prins estoient , ou aucun de tel estât, fust le roy, le dauphin ou autre grand prince, le roy pourroit l'avoir s'il vouloit, en baillant au preneur dix mille francs, selon le droit, usage et coustume de France), ledit évesque somme et requiert les dessusdits , au nom comme dessus , que ladite Pucelle lui soit deslivrée, en baillant seureté de ladite somme de dix mille francs pour toutes choses quelconques ; et ledit évesque , de par lui , selon les formes et peines de droit , la requiert à lui estre baillée et deslivrée comme dessus est dit. »

On fit aussi écrire la lettre suivante au duc de Bourgogne par l'inquisiteur de la foi :

Lettre de l'inquisiteur de ia foi au duc de Bourgogne i.

« A très hault et très puissant prince Philipe, duc de Rourgoingne, conte de Flandres, d'Artois, de bourgoingnc

^ Donnéo par 1\I. Jnles Qnicliorat, p. \9..

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et de Namiir, et à tous autres à qui il appartendra , frère Martin, maislre en théologie, et général vicaire de l'inqui- L^teur de la foy au royaume de France, salut en Jhesucrist nostre vray sauveur. Comme tous loyaulx princes chreslians et tous autres vrais catholiques soient tenus extirper tous erreurs venans contre la foy, et les escandes qui s'ensuivent ou simple peuple chrestian; et de présent soit voix et commune renommée que, par certaine femme nommée Jehanne que les adversaires de ce royaume appellent la Pucelle , aient esté, à l'occasion d'icelle, en plusieurs cités, bonnes villes et autres lieux de ce royaume , semés, dogmatises, publiés, et fais publier et dogmatiser pluseurs et divers erreurs, et encoresfontde présent, dont sen sont ensuis et ensuyent pluseurs grans lésions et escandes contre l'onneur divin et nostre sainte foy, a la perdicion des âmes de plusieurs simples chreslians ; lesquelles choses ne se pevcnt ne doivent dissimuler ne passer sans bonne et convenable réparation ; et il soit ainsi que, la mercy Dieu ! la dicte Jehanne soit de présent en nostre puissance et subjeccion, ou de vos nobles et loyaulx vassaulx ; pour ces causes, nous supplions de bonne affeccion à vous, très puissant prince, et prions vos dis nobles vassaulx : que la dicte Jehanne par vous ou iceulx nous soit envolée seurement pardeça, et briefment; et avons espérance que ainsi le ferez, comme vrais protecteurs de la foy et défendeurs de l'onneur de Dieu. Et à ce que aucunement on ne face empeschement ou delay sur ce, que Dieu ne veuille! nous, en usant des droits de nostre office de l'auctorité à nous commise du saint-siége de Romme, requérons instamment et enjoignons, en faveur de la foy catholique et sur les peines de droit, au dessusdit et à toutes autres personnes catholiques, de quelque estât, condicion, prééminence ou auctorité qu'ils soient, que, le plustost que seurement et convenablement faire se pourra, ils et chacun d'eulx envoient et amènent toute prisonnière par devers nous , ladicte Jehanne, souspeçonnée véhémentement de plusieurs crimes

DES DOCLMEINTS SUR LA PLCELLE. 335

scnlans hérésie, pour ester à droit pardevant nous contre le procureur de la sainte Inquisition , respondre et procéder, comme raison devra , au bon conseil , faveur et aide des bons docteurs et maistres de l'université de Paris, et aultres notables conseillers estant pardeça.

» Donné à Paris, soubs nostre scel de l'office de la Sainte Inquisicion, l'an mil ccccxxx, le xxvr jour de May. Sic signala : LEVovRJiEVK, Hébert.

» Ladite sommation et lettres dessus escriptes et dépeschées, l'évesque de Beauvais, nommé messire Pierre Cauchon , accompagné d'un homme qui portoit les lettres de l'université de Paris, et d'un notaire apostolique , partit de Paris , et s'en alla à Compiègne , où le duc de Bourgongne et le duc de Luxembourg estoient au siège devant ledit Compiègne; auquel dit duc, ledit évesque présenta la cédulle de la sommation. Lequel duc, après qu'il l'eust receue , la bailla à monseigneur Mcolle Rollin , son chancelier, qui estoit présent ; et lui dit qu'il la baillast à monseigneur Jehan de Luxembourg et au seigneur de Beau-Revoir; ce qu'il fit présentement; car tous deux survindrent là. Laquelle cédulle ledit de Luxembourg receut et lut. Et après , lui furent présentées les lettres de l 'université , qu'il leut pareillement , ainsi qu'il est contenu en l'instrument d'un notaire apostolique nommé Triquelot , auquel est seulement fait mention de la cédulle de la sommation, lequel instrument j'ay translaté de latin en françois ainsi qu'il s'en suit.

La teneur de Vinstrument du nolaire qui fut présent à la sommation faite pour rendre (a Puceite.

» En l'an de grSce mil quatre cents trente, le seiziesme jour de juillet , en l'indiction huitiesme du pape Martin cinquiesme, l'an treiziesme de son pontificat, en la bastille de très-illustre prince, monseigneur le duc de Bourgongne , eslablye au siège devant Compiègne, en présence

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(le nobles hommes messeigneurs Nicolle de iMailly, bailly de Vermandois, et Jehan de Pressy, chevalier, avec plusieurs autres nobles en grande multitude , fut présentée par révérend père en Dieu, monseigneur Pierre, évesque et comte de Beauvais , audit très-illustre prince , monseigneur le duc de Bourgongne, une cédulle en papier, contenante de mot en mot cinq articles escripls en double d'icelle ici devant escripte ; laquelle cédulle mondit seigneur le duc bailla réaiment à noble homme Nicolle Roilin , son chancelier, qui estoit présent, et lui commanda la bailler à noble et puissant seigneur, monseigneur Jehan de Luxembourg , chevalier et seigneur de Beau-Revoir. Laquelle cédulle icelui chancelier réaiment bailla audit de jAixembourg présent ; laquelle il receut , ainsi qu'il me sembla. Ces choses dessus escriptes ont esté faites en ma présence. Ainsi signé ïriquelot, notaire et tabellion apostolique et impérial. »

» Après ladite cédulle et lettres de l'université baillées et présentées comme dit est, ledit évesque parla audit de Luxembourg. Et après plusieurs paroles , il fut appointe , que, en lui baillant une certaine somme d'argent', ladite

1 10,000 livres, valant environ 60,000 de notre monnaie; car, dans les comptes de la ville d'Orléans pour l'année 1430, on 1 1 que le marc d'argent était estimé 7 liv. 15 sous parisis ou 8 liv. tournois, c'est-à-dire à peu près six fois plus qu'il ne vaut actuellement.

Lorsque Jean de Luxembourg eut promis de rendre la Pucelleh condition qu'on lui payerait une rançon de 10,000 liv., le duc de Bcdford, n'ayant point de fonds, se trouva fort embarrassé; pour s'en procurer, il convoqua à Rouen, pour le quatre août 1430, les états de la province de Normandie et des piovinres qui avaient été conquises depuis dix à douze ans : 10,000 liv, devaient servir à payer la rançon de Jeanne d'Arc, 10,000 à faire le siège de Louviers ou de Bon-Moulins, et on exii:ea que , sur cette somme, on payât 80,000 liv. avant la fin du mois de septembre. On possède, à la bibliotlièque d'Oiléans, plusieurs pièces curieuses qui ont été copiées en 1775, par M. Mercier, abbé de Saint-Léger de Soissons, sur les acte'i originaux qui se trouvaient alors dans les aicliives de

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Pucelle lui seroit deslivr^; ce qui fut fait trois ou quatre jours après*. Laquelle Pucelle receue par ledit évesque, la mit entre les mains des Anglois , qui la menèrent à Rouen ; et la mirent dedans le chasleau dudit lieu, en une forte prison, bien enferrée, bien enfermée et bien gardée. » (Petite chronique de la Pucelle, p. 46/|.)

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