PREMIER INTERROGATOIRE
{Mercredi 21 février.)
Le luercredy vingt-uniesme jour de février quatorze cent ireiilc ', en la chapelle royale du chasteau de Rouen , es présence diidit évesque et de messeigneurs et maistres , monseigneur Gilles , abbé de Fescanip, Jelian Beau-Père , Jehan de Chaitillon , Jacques leTessicr, INicol'c Midy, Guérart Feuillet, Guillaume Hecton, Thomas de Courcelles et maistre Richartl Prati , furent lues les lettres du roy d'Angleterre , par lesquelles il mandoit aux juges ordinaires de Rouen qu'ils baillassent et deslivrassent la Pucelle audit évesque , pour faire son procès, les lettres du chapitre de Rouen, comment ils avoient ])erniis audit évesque de besongner audit procès en territoire de Rouen, et la citation pour faire entrer ladite Pucelle devant lui , avec la citation de celui qui l'avoit citée; lesquelles lues, maistre Jehan Fstivet ordouné promoteur en ce procès par ledit évesque, demanda et requit que ladite Pucelle fust amenée et interrogée selon la voye de droit, ce qui lui fut accordé par ledit évesque. Ft sur ce que ladite Jehanue avoit supplié et requis qu'il lui fust permis de ouyr la messe , icelui évesque dit : qu'il avoit eu conseil avec aucuns sages et notables personnages, par lesquels il avoit trouvé que , attendu les crimes dont elle estoit accusée et diffamée, et aussi qu'elle avoit porté l'habit d'homme, on lui debvoit différer ladite requeste; et amsi le desclara.
Assez lost après, ladite Jehanne fut amenée devant ledit évesque et les assistants dessus nommés. Laquelle venue, icelui évesque lui dit et reni'uistra : comment elle avoit esté prinse dedans les marches de sou diocèse; et pource qu'il estoit bruit et renommée de jdusieurs de ses faits qui estoient contre nosire foy, non pas seulement en royaume de France, mais partons les royaumes èsquels ils estoient divulgués et publiés, et qu'elle estoit accusée d'hérésie, elle lui avoit esté badiée et deslivrée pour faire son procès en matière de la foy. Après lesquelles paroles, le pron)oteur dessusdit remoustra comment, à sa requeste, elle avoit esté citée et convenue pour respondre en matière de la foy, ainsi qu'il apparoissoit par les lettres et actes qu'il exhiba présentement , siq)pliaiit qu'elle fust adjurée de dire vérité, et interrogée sur les parties f|u'il bailleroit; laquelle requeste lui fut accordée par ledit évesque et assistants.