DEUXIÈME INTERROGATOIRE
[Même jour.)
La dessusdite requeste accordée , comme dit est, icelui évesque tii venir ladite Jehaune, et l'admonesta carilalivement , et lui pria qu'elle dlst vérité des choses qui lui scroicnt demandées, laut pour l'abiévia-
1 Eu i'i'M, nouveau style.
396 A^ALÏSE RAlSOiNIvÉE
lion de sou procès que pour la descharjie de sa conscience , sans quérir subterfuges ne cauielles , et qu'elle jurast sur les saints Evangiles de dire vérité de toutes les choses sur lesquelles elle seroit interrogée.
Laquelle Jehanne respondit : " Je ne sçay sur quoy vous me voulez » interroger , adventure me pourriez-vous demander telles choses que » je ne vous diray point. "
Sur quoy ledit évesque lui dit : « Vous jurerez de dire vérité de ce » qui vous sera demandé, qui concerne la foy catholique, et de toutes » autres choses que vous sçaurez. »
A quoy ladite Jehanne respondit : que de ses père et mère , et de toutes les choses qu'elle avoii faites, depuis qu'elle avoit prins le chemin pour venir en France, volontiers en jureroil; mais de révélations à elle faites de par Dieu , que jamais elle ne l'avoit dit ne révélé fors à Charles, que elle dit estre son roy; et se on lui debvroit couper la tesie, elle ne les révèleroil , pource qu'elle sçavoit par ses visions qu'elle debvoit les tenir secrètes , mais que dedans huit jours elle sçaura bien se elle les doibt révéler.
Après lesquelles paroles , ledit évesque l'admonesta et pria que , en ce qui touclieroit la foy, elle tist serment de dire vérité. Laquelle Jehanne se mit à genoux , les deux mains sur le livre , c'est à sçavoir un missel, et jura qu'elle diroit vérité de toutes les choses qui lui seroient demandées , qui concernent la matière de la foy ; mais que des révélations dessusdites , elle ne les diroit à personne.
Item, ce mesme jour, après aucuns inlerro;;atoires faits à ladite Jehanne , c'est à sçavoir du nom de ses père et mère , et du lieu où elle avoit esté née , et de son âge , ladite Jehanne soy plaignant des fers qu'elle avoit aux jambes , lui fut dit par ledit évesque : que par plusieurs fois elle se estoit efforcée de s'eschapper des prisons ; pourquoy, afin qu'elle fust gardée plus seuremcnt, on avoit commandé qu'elle fust enferrée.
A quoi ladite Jehanne respondit : qu'il estoit vray que autresfois elle avoit bien voulu s'eschapper de la prison, ainsi qu'il est licite à chacun prisonnier. Et dit outre : que quand elle pounoit eschapper , on ne la pourroit reprendre qu'elle eusl faussé ou violé sa foy à aucun; car elle ne l'avoit baillée jamais à personne.
Pour laquelle response, ledit évesque commanda à Jehan Rys, Jehan Bernard et Gtiillaumc ïallebot, commis à la garde de ladite Jehanne, ttu'ils la gardassent seurement ', et qu'ils ne permissent aucunes personnes parler à elle, se ils ne avoient exprès congé de lui ; et Ht auxdits "ardes uiettie les mains sur le missel dessusdit, sur lequcls ils firent serment solempnel de faire tout ce qui leur avoit esté commandé.
Ce jour mesme , ladite Jehanne interrogée de ses nom et surnom , respondit : que au lieu où elle avoit esté née, on l'appeloit Jehaunelle, et en France, Jehanne ; et du surnom n'en sçait rien ^.
1 L'évêque de Beauvais sachant que les Anglais ne voulaient pas se dessaisir de la Pucelle, et voulant faire croire que, pour rendre la procédure régulière, ou l'avait remise entre ses manis, n'eut point d'autre ptirti à prendre que du nommer, pour garder la Pucel'e, ci ux auxquels les Anglais l'avaient conDée. et de leur faire prêter serment de la garder fidèlement. Ces personnes sont nommées: Jehan le Gas, Jehan Wervoie et Guillaume Tallebol. dans les actes latins du procès ; et dans la minute française, Jehaa ilis, Jehan Bernard et Guillaume Tallebol. ( Du Bois )
2 Le surnom de Jeanne d'Arc était la Pucelle; on voulait l'embarrasser en la forçant de s'expliquer sur ce surnom ; elle se tontenla de répondre qu'elle ue counaibsait pas te surnom. ( Du Bois. >
DIS DOCLMtMS SLll LA 1»LCI:LLC. 31)7
liilii r<»j;<'0 i!u lieu (îc; s;i iKiissruicc, rcspondil: qu'elle avoit cslé iicc en lin vill;i};e qu'on ;qi|»c'iU)it Doinp-lîemy de due ' ; auquel lieu de Grue ■■ est la piiiicipale é;;ii>c.
Inierroffée du nom de ses père et mère , rcspoudit : que son père csloil nommé Jac ques Tare \ cl sa mère Isabeau.
ln(erro;;éc où elle fut baptisée, respondit : (pie ce fut en l'éylise de Domp-Remy.
Interrogée qui fut ses parrains et marraines, respondit: que une femme nommée Agnès et une autre nommée Jelianne , et un nommé Jehan Barcni ^ fut son parrain. Dit outre : qu'elle avoit bien ouy dire à sa mère , que elle avoit d'autres parrains et mai raines que les dessnsdits.
Interrogée qui fut le prestre qui la baptisa , respondit : que ce fut un nommé Jehan Nynei ^, ainsi comme elle croit.
Interrogée si ledit Nynet vit encore, respondit: que ouy, ain.si comme elle croit.
Interrogée quel âge elle avoit, respondit : qu'elle avoit dix-neuf ans ou environ. Et outre dit : que sa mère lui apjirint le Pater nosler, Ave Marin et Credo , et que autre personne que sadite mère ne lui apprint sa créance.
Requise qu'elle dist Pater nostrr et ^fvc Maria, respondit : qu'elle les dira volontiers , pourvu (jue mondit seigneur l'évesque de Beauvais, r|ui estoit présent, la voiulroit oiiyr de confcs:-ion. Kt combien qu'elle fust plusieurs fois requise de dire Pater nostcr et Ave Maria . elle respondit : qu'elle ne le diroil ])ninl, se ledit évesque ne l'ouoyt de confession. Et adonc ledit évesque dit : « Je vous ordonneray un ou i\e\i\ no- » tables personnages de ceste compagnée '^, auquel vous direz Pater » noster el Jve Maria. » A qiioy elle respondit : ■< Je ne le diray point, » se ils ne me oyent de confession. »
i Prtsqtiier, dans ses llee/ierc/ia, el Hapin Thoyras, qui le copie dans sa Dissertdtion sur In Piieelic. supposent que Jeaune d'Arc est née à Domprèmy; ils se Boni trompés l'un et l'auire. ( De Bois. )
2 Gretix.
3 II y a si peu de difftTenre dans la prononriation des mots Tfirc el d'Arc, qu'il n'est pus eitiaordiiiaui' que le pn Hier ail pris l'un pour l'autre Celle erreur est une nouvel e preuve que les actes que j'offre au |)ublic ont été rodicés en eiUeudant parler la Tucelle, et non en traduisant la minuie Inliiie. ( De lîois. )
-'i II est nommé Barey, dans les actes latins <Iu procès; on y voit aussi une autre marraine appelée Sibilie, et un autre parrain nommé Jean I.ingue. ( De Bois. )
5 II est nommé Minet dans les actes latins. I De Bois- )
CM de rwerdy, page 27, rapporte, dapiés la minute laline, que dans la séance du 2( février, la l'urelle ,'\yniit leru.M' à re\éque de Beauvais de lui reciier le JUtfer nnster et WJve M/niii, ^ moins qu'il ne l'enlendi. en conf.ssion, ce prélat offrit (le lui désigner deux personnes notables sachant la lantiie frnrç lisC, de liiif/ua sallicana, auxquelles elle rériierait le Pater noster, et qu'elle lui répondit qu'elle ne le ferait pis, à moins qu'il ne voulût la confi sser Ini-ménie. M. Le Brun des Cliiirmeties prétend que dans les actes latins on lit : « \ n oins que ceux qu'on » lui deMsnerail ne voulussent l'entendre. » Dans cette diversité fie sentiiiients, puis-je nie dispenser de consulier le- actes Uniinsdu procès de la Pncelle. Dans la minute franç.iise. il est dit que lé^ôque de Be.iinais proposa a la Fucelle de lin désipner un ou deux noi' blés personnages lie rette compagnie, c'est-à-dire choisis parmi ses assistants Celte proposition me panit plus exacleqneceilequ'un lit dans les actes laline. toi'nrceque tous ceux qui étaient présents fomme afsesseiiisetaient FrHiiçiis; el 2" parce qu'on ne peut pas supposer qu'on ail entendu parles mots do ////^'•«^/ ^v////ca«</, une personne aitariiée au roi de France. J.miais l'évéque f^e Ueauvjiis n'aurait \oulu le pro oser à la rucelle, tant il redoutait les Aiigicis. ■ Dt Bois. )
3t)8 ÀI\ÀLYSE RAlSOIMNEE
TROISIÈME l.NTI-nUOGATOinE.
{Du 'l^ février.)
L'an mil quatre cents trente , le vin{jt-cleuxiesme jour de fcvi-icr , cil la salle tlu cliasteau de Rouen, où estoient assembles avec ledit cvesque, levérends pères, seijjnetirs et maistres : l'abbé de Fescamp , Johati de Cliastillon, Jehan Beau-Père, Guillaume le Boucher, prieur de l.oiiguevillc, Maurice de Quesnoy, Jacques deTouraine, [Nicolas Midy, Jehan de Save , Deuys de Sabreuvoys , Jehan Séveslre , Jehan Magistri , bachelier en théologie, niaisire lîaoul Roussel, Nicole des Vendéres , l'abbé de Jumicge , Jelian Brûlot , André Marj^uerie , Jehan Pmchon , Jehan Basset , les abbés de Sainte-Catherine , de Cormeilles et de Préaux , Denys Gastinel , INirolle Coupe-quesne, Cille Des Champs , Geoffroy du (;rotoy.
Lu la présence desquels et de frère Jehan Magistri , vicaire de l'in- ((uisiteur de la foy, ledit éves<jue ex])osa : comment il avoit sonnné et requis ledit Magistri , comme l'inquisiteur de la foy général , de se adjoindre au procès de ladite Jeliaïuie, en lui offrant communiquer tout ce qui avoit esté fait en ledit ])r()cès. A quoy ledit Maçistri respondit : qu'il estoit seulement commis en la cité et diocèse de lîouen ; mais comme en territoire emprimlé , il auroit doubté de se joindre audit procès. Mais tant afin que ledit procès ne demeurast invalable et nul , que pour la descharge de sa conscience, en attendant qu'il eust plus "rand pouvoir de l'uiquisileur général, il estoit content de assister audit procès.
Ladite offre ainsi faite, ladite Jehanne premièrement fut admonestée et requise de faire le serment qu'elle avoit fait le jour ])récédent, de dire vérité de tout ce qui lui seroit demandé sur les crimes et les maléfices de quoy elle estoit accusée et diffamée. A quoy ladite Jehanne respondit: que desjà elle avoit fait ledit serment, et qu'il debvoit sutiire.
Et lie re( hef fut admonestée , qu'elle jurast absolument de dire vérité de tout ce c[ui lui seroit dcmaiMé , en lui remoristrant qu'il n'y a jjrince qui ))ust ne deust reffiiser à f liie ledit serment de dire vérité en matière de foy. A <pioy elle respondit: « Je le Ils hier, vous me chargez » trop. » Fiuablenicut , elle fit le serment en la forme qu'elle l'avoit fait, au jour de devant. Après lequel serment fait , ledit évesque commanda à maistre Jehan Beau-Père que il l'intcrrogeast. En obéissaiit auquel command ment , ledit Beau - Père l'interrogea ainsi qu'il s'ensuit.
Premièreminl lui demanda si elle dirolt vérité. A quoy elle respondit : « Vous me pourrez bien demandi r telle chose de laquelle je vous >• respondray le viay, de l'autre non. » Dit outre : « Se vous estiez bien » informés de moy, vous voudriez que je fu.-^se hors de vos mains ; je » n'av rien fait fors par révélation, tî
Interrogée de quel âge elle estoit quand elle partit de la maison de sou père, dit . qu'elle ne sçauroii dc'poser.
Interrogée se elle avoit appriiis aucun art ou mesiicr , dit : que oui, et que sa mère lui avoit ap[)riiis à coudre, et qu'elle ne cnidoit })oint qu'il y eust femme dedans liouen (\u\ lui en sceust apprendre auciuie chose. Dit outre : qu'elle avoit laissé la maison de sou père en partie pour dou))te des Bouiguignons , et (pi'elle se estoit allée au Neiif- Chdstcl avec une icunne nommée la Bousse , où elle demeura par
DES DOCrMENTS SI R LA PICËLLE. .399
((iiinze jours, en laquelle m;iLson elle faisoil les négoces tle ladite maison , ei ne alloil point aux champs {farder les brebis ne autres bestes.
Inlenogée se elle se confcssoit tous les ans , dit : que oui , à sou pror? pre curé ; et se il estoit empesché , elle se confessoit à uu autre prestre par le congé dudit cure. Et si dit : qu'elle s'est confessée deux ou trois fois à des religieux mendiants, et (tu'elle rccepvoit le corps de Nosireçeigneur tous les ans à Pasques.
Interrogée se elle rccepvoit point le corps de Nostre-Seigueur à autrtî feste qu'à Pasques , respondit : .1 Passez outre. » Et si dit : que , dès lage de treize ans, eut révélation de Nostre-Seigneur par une voix qui l'enseigna à soy gouverner; et pour la première fois, qu'elle avoit eu grand paour. Et dit : que ladite voix vint ainsi que à midy, en temps d'est(', elle estant au jardin de son père, en un jour de jeusne. Et si dit : que ladite voix vint au cosié dexlre vers l'église. lù dit : rjue ladite voix n'est guères sans clarté, laipielle est tousjours du costé de ladite voix. Dit outre : <jue ladite voix, après qu'elle l'eust ouye par trois fois , elle congueut que c'esioit la voix d'un ange. Dit aussi : que ceste voijç l'a tousjours bien gardée.
Interrogée quel enseignement ceste voix lui disoit pour le salut de son anie, respondit : qu'elle lui apprint à se bien gouverner; et lui disoit qu'elle debvoit fréquenter l'église; et après, lui dit qu'il estoit nécessaire qu'elle \inst en France; et lui disoit, deux ou trois fois la sep^ maine, qu'elle partist pour venir en France et que son père ne sceust rien de son parlement; avec ce lui dit qu'il falloit qu'elle se liastast de venir et qu'elle lèveroit le siège devant Orléans; et qu'elle allast ^ l'iohert de Beaudricourt , capitaine de Vaucouleurs, et que il lui bailleroit des gens pour la conduire. A ({uoy elle respondit : qu'elle estoit une jiauvre femme, qui ne sçauroit ne chevaucher, ne faire, ne démener Id guerre. Et après ces paroles, elle s'en alla en la maison d'un sien oncle, où elle demeura huit jours; et que après, son oncle la mena audit lîobert de Beaudricourt, lequel elle cogneut bien, et si ne l'avoit jamais veu ; et dit qu'elle le cogneut par la voix qui lui avoit dit cpie c'estoit il. Dit outre : que leJii de Beaudricourt la refusa par deu\ fois : à la tierce la reccut et lui bailla gens pour la mener en France, ainsi comme lui avoit dit la voix. Dit aussi : que quand elle partit de Vaucouleurs, (pi'elle print habit d'homme et priut une espéc que lui bailla ledit de lieaudricourt sans autre armure. Et si dit : qu'elle estoit accompagnée d'un chevalier et de quatre autres hoiu.mes, et ([ue ce joiir s'en allèrent coucher en la ville de J^aint-Urbain, où elle coucha en l'abbaye.
Dit aussi : que, au chemin, elle passa par Auxerre , où elle ouyt la messe en la grande église et qu'elle avoit souvent ses voix avec elle.
Interrogée qui lui conseilla de prendre habit d'homme, A laquelle interrogatoire j'ay trouvé en un livre : que ses voix lui avoieut commandé qu'elle priust habit d'homuie ; et eu l'autre, j'ai trouvé : que conduen qu'elle eu fust plusieurs fois interrogée, touiesfnis elle n'eu ht point de response, fors : « Je ne charge homme; » et ay trouvé audit livre que plusieurs fois varia à ceste interrogitiou. Dit outre ; que ledit Robert de Beaudricourt fit jiner ceux qui la mcnoicnt, cjue ils la mèneroient bien et seurcmeut.
Item, dit : que quand ledit de Beautlricourt se despartit d'elle, il lui flit : " Va-t'en, et en adviegne ce qu'il pourra advenir. »
Itrm, dit : fpi'elle srail bien (\uc Dii>u ^liuie bien le Aixr d'Orh-aiis . cl
400 ANALYSE RAISOiXXÉE
qu'elle avoit eu plus de révélations ilc lui que d'homme de France , e\cepié de son roy.
Item, dit : qu'il falloit nécessairement qu'elle cliangeasi son habit.
lnterro{}ce quelles lettres elle envoya aux Anglois, et que elles contcnoicnt, dit : qu'elle envoya des lettres aux Auj;lois qui estoieut devant Orléans, par lesquelles elle leur escripvoit qu';l falloil qu'ils se partissent del.'i. Et dit : que en ses lettres, ainsi qu'elle ouyl dire, on a changé deux ou trois mots, c'est à seavoir : « Reniiez à la Pucelle ; » et il y doibt avoir r « Rendez au roy. » où il y a « corps pour corps » et « chef de guerre » cela u'esioit point èsdiles lettres '.
Jtern.^ dit : que sans enqiescheinent elle vint jusques à son roy.
Item, dit : qu'elle trouva son roy à Chinon , où elle arriva environ niidy , et se logea à une lioslellerie; et a|)rès disner elle alla devers le roy, qui estoit au chastel.
Item, dit : qu'elle entra avant en la chambre où estoit le roy, lequel elle cognent bien entre les autres, par le conseil de la voix.
Item, dit : qu'elle dit au roy qu'elle vouloil aller faire la guerre contre les An;;lois.
Interrogée se, quand la voix lui monstra le roy, se il y avoit point do lumière , respond : « Passez outre. "
luterrOjjée se elle vit point d'ange sur le roy, res|)ond : « Pardonnezmoy. ),
Ifein , dit : que devant cpie le roy la niist en œuvre, il eut plusieurs apparitions et de belles révélations.
Inictrogée quelles révélations, respondil : <i Je ne les vonsdiray point M encore; mais allez au roy et il vous les dira. »
Item, dit : que la voix lui promit que, bieiuost aprcs qu'elle viendroit, le rov la recej)vroit.
Iton, dit : que ceux de son pariy cogneurent bien que la voix e.^toit de
iiar Dieu, et que ils virent et cogneurent la voix et qu'elle le sç;iit îien.
Item , dit : que le roy et j)îusieurs autres de son conseil oiiyrent et virent les voix qui venoicnt à elle, et entre autre Charles, duc de Bourbon.
Item , dit : cpie jamais ne requit à la voix , fors , à la Hu , la sal ation de son a me.
Item, dit : que la voix lui avoit dit qu'elle demeurasl à Saint-Denys en France et en quel lieu elle voulust demeurer; mais les seigneurs ne lui voulurent point laisser, ])Oiir ce qu'elle estoit blessée, et que autrement elle n'en f'ust point partie. Et si dit : (ju'elle l'ut blessée dedans les fossés de Paris, de laquelle blessure elle fut guerye dedans cinq jours.
lient, dit : qu'elle fit faire une grosse escarmouche devant Paris, Interrogée s'd estoit feste le jour (pi'elle fit faire escarmouche, respondit, après plusieurs interrogatoires : qu'elle croyoit bien qu'il liisi feste.
Interrogée si c'estoit bien fait de faire un assaut à jour de feste, re.spond : « Passez outre. »
Lesquelles interrogatoires et responses ainsi faites, ledit évcsque de Beauvais continua la matière jusques au samedy ensuivant.
{ Voyez cci lettrcp, psges 2i:; cl 2(0
QUATRIÈME INTERHOGATOlRr..
(^Vu samedi 2% février.)
Le samedy ensuivant, qui esloit vin;;I-([iiatricsmc de février, ceux (jui y avoiciJt esté le jour precéilciit furetil convoqués el appelles jjar le doyen de la cliresliemé de Rouen. Ledit évesque de Beauvais persuada et admonesta ladite Jelianne , qu'elle jiirast alisolument et sans condition de dire vérité de ce faire; et fut trois fois admonestée et re(piise. A quoy elle lespondit : « Donnez-moi congé île parler. » Va puis dit : « Par ■ ma foy, vous me pourriez demander telles choses que je ne vous di- » rois pas.
Item, dit : il. Peut-esire que, de beaucoup de choses que vous me » pourriez demander, que je ne vous clirois pas le vray, espécialement » de ce qui touche les révélations; car vous me pourriez constraindre n par adventure à dire telle chose que j'ay juré ne dire point. Ainsi se- » rois parjure; que ne debvriez pas vouloir. »
lient, en s'adressant à monseifjneur de Beauvais , lui dit : « Advisez Il bien de ce que dites esire mon juge; car vous prenez une grande Il charge et me chargez trop. »
Item, dit : qu'il lui estoit advis que c'esloit assez d'avoir juré deux fois.
Interrogée derechef se elle veut point jurer simplement et absolument, respond : « Vous vous en pouvez bien passer; j'ay assez juré de deux Il fois; et croy que tout le clergé de Rouen et de Paris ne m'y sçauroient I) constraindre, se ils ne avoicut tort. » Et si dit : qu'elle ne auroit pas tout dit en huit jours.
Item, dit : que de sa venue en France elle dira volontiers vérité; mais non pas de tout.
Item , sur ce qu'd lui fut dit qu'elle eust advis aux assistants, se elle debvoit jurer ou non , respondit : que de sa venue elle dira volontiers vérité et non autrement, et qu'il ne lui en falloii plus parler. Et sur ce qu'elle fut admonestée, en lui remonslrant qu'elle se reudoit suspecte, de ne vouloir jurer, respondit comme devant.
llem, sur ce que ledit évesque la somma et requit de jurer précisément et absolument , respondit : « Je diray volontiers ce que je scauray Il et non pas tout. »
llem, du outre : qu'elle esloit venue de par Dieu, et qu'elle n'avoit ici que faire, et que on la renvoyasl à Dieu, dont elle estoit venue.
Item , ajirès de rechef fut sommée et requise de jurer comme dessus et admonestée de ce faire, sur peine de eslre atteinte et convaincue dos cas à elle imposés, res| ondit : <• J'ay assez juré; passez outre »
Item , derechef et d'abondant fut admoneslée de dire vérité de ce qui loiichoit sou procès, en lui reuionstrant qu'elle se mettoit en danger, respondit : « Je suis preste de jurer et dire ce que je scauray touchant » mon procès; mais je ne diray |)oint tout ce que je sçay. » Et après ces paroles elle jura. Ces choses faites, fui interrogée par maistre Jehan Beau-Père.
Et premièrement lui demanda despuis quelle heure elle ne avoit heu ou mangé, llespondit : » Despuis hier a|)rès midy. »
Inleriogf'e (les|)(iis quand elle ne ouytsa voix, respondit : qu'elle l'avoii ouye hier et huy.
lnterr(»gée à quelle heiue elle lavoit hier ouye, dit .'qu'elle l'avoil
oiiye trois fois, l'une au matin , l'autre à heure de vespres et l'autre à l'heure de VAoc Mario : encore l'oyoit-elie plus souvent qu'elle ne dit. Interrogée que elle faisoit hier au matin quand elle ouyt ceste vois , res[)ond : qu'elle dornioit et que ladite voix l'esveilla.
Interro;;ee se ladite voix l'esveilla par voix , ou par la toucher par le bras ou ailleurs, responil : que par ladite voix elle se esvedia , sans lui toucher.
Interrop;ée se ladite voix estoit encore en sa chambre, respond : que non , qu'elle sache ; mais qu elle estoit au chastel.
Interrogée se elle mercia point ladite voix , et se elle se agenouilla , respond : qu'elle la mercia, elle estant assise en son lit. Et dit : qu'elle joignit les mains, et lui requit et pria qu'elle lui aydast , et la conseillasi de ce qu'elle avoit à faire; à quoy ladite voix lui dit qu'elle respondist hardiment.
Interrogée que la voix lui dit, quand elle fut esveillée, respond : qu'elle lui dit qu'elle demandas! consed à Nostre-Seigneur,
Intenogée se, au devant qu'elle la requist, se elle lui avoit dit aucunes paroles, respond : que devant qu'elle fiist esveillée, que la voix lui avoit dit aucunes paroles qu'elle n'entendoit pas; mais despuis qu'elle fut e.«veillée, qu'elle entendit que la voix lui dit qu'elle respondisl hardiment.
Itirn , dit derechef audit évesque : « Vous dites que vous estes mon » juge; adviscz bien que vous ferez, car de vérité je suis envoyée de par » l)ieu; et vous mettez en grand danger. »
Interrogée se celle voix avoit point mue aucune fois sa deslibération, respond : qu'elle ne l'avoil jamais trouvée en deux paroles contraires.
Interrogée se c'est un ange de Dieu, sans moyen' ou de saint ou de sainte, respond : qu'elle vient de par Dieu. « Et je croy que je ne vous <> dis pas pleinement ce que je sçay ; et ay greigneur paour de dire quel- « que chose qui leur desplaisc , que je n'ay de respondre à vous. » Et dit : « Quant à ceste interrogation , je vous prie que je aye dilation. »
Interrogée se elle croit que Dieu soit desplaisant que on dise vérité , respond à monseigneur de Beauvais : que les voix lui ont dit qu'elle die aucunes clioscs au roy, et non pas à lui.
Item, dit : que la voix lui a dit ceste nuit moult de choses pour le bien du roy, lesquelles elle voudroit que le roy les sceust ennuit% et qu'elle ne beust de vin jusques à Pasques, et il en seroit plus aise, à disner.
Interrogée se elle pourroit tant faire devers ceste voix , qu'elle voulsist obéir et porter message à son roy, respond : qu'elle ne sçait se elle y voudroit obéir, se ce n'estoit la volonté de Dieu, et que Nostre-Seigneur le ronsentist; et se il plaist à Dieu , il le pourra bien faire révéler au roy ; et de ce seroit bien coniente.
Interrogée pourqiioy elle ne sçait maintenant parler avec son roy , comme elle faisoit quand elle estoit en sa présence, respond : qu'elle ne sçait se c'est la volonté de Dieu.
Itern, dit : que se ce n'estoit la grâce de Dieu elle ne pourroit riens faire.
Interrogée se son conseil lui a pioint révélé que elle eschapperoit, respond : « Je ne vous ay à dire. »
Interrogée se ennuit celle voix lui a point donné d'advis et de conseil
1 Intermédiaire.
2 A présent.
de ce qu'elle debvoit respoudre, respond : se elle lui a révélé ou djl (jtielque chose, elle ne l'a pas bieu entendu.
Interrogée se, à ces deux jours que dernièrement elle a ouy ses voix, se il est venu la lumière, respoud : que au devant de la voix vient clarté.
Interrogée se avec les voix elle dit quelque chose, respond : « Je ne '. vous dis pas tout, car je n'en ay congé ; et aussi mon serment ne tpi^- » chepas cela; mais je vous dis qu'il y a voix belle, bonne et digne, et » n'eu suis point tenue d'en respondre. »
Interrogée se la voix a veue, c'est à sçavoir se elle a des yeux, pour ce qu'elle demanda à voir par escript les points sur lesquels on la voi»loil interroger. A quoy elle respond : « Vous ne l'avez pas encore, v
Item, dit: que le dit des petits enfants est : que on pend bien aupune§ fois les gens pour dire vérité.
Interrogée se elle sçait qu'elle soit en la grâce de Dieu, respond : « Se je n'y suis. Dieu m'y veuille mettre; et se je y suis, Uieu m'y veuille " tenir. »
Item , dit : que se elle savoit qu'elle ne fust en la grâce de Dieu, qu'elle seroit la plus dolente du monde.
Item, dit outre : se elle estoit eu peschc, que la voix ne viendrojt j)oint à elle; et voudroit que chacun l'entendist aussi bien comnje elle.
Item, dit : qu'elle cuide qu'elle esioit en l'âge de treize ans, quand h voix lui vint la première Fois.
Interrogée se, en sa jeiinesse, elle alloit se esbaitre avec les aiJtres aux champs, dit : qu'elle y a bien esté aucunes fois, m^is ne sçait en quel âge.
Interrogée se ceux de Domp-Remy tenoient le party des Bo^irguir gnons ou Arm;ignacs, respond : qu'elle ne coguoissoit que nu Bourguignon qu'elle eusi bien voulu qu'il eusi la leste conpée , vojre sp il ejist pieu à Dieu.
Interrogée se à Marey ils estoient Bourguignons ou Arniagnacs, respond : qu'ils estoient Bourguignons.
Interrogée se la voix lui dit en sa jeunesse, qu'elle haist les Bourguignons, respond : que despuis «ju'elle entendit que les voix estoient pqur le roy de France, elle n'a point aimé les Bourguignons.
Item , dit : que les Bourguignons auront la guerre, se ils ne font ce cju'ils doibvent ; et le sçait par la voix.
Inierrogée se en son jeune âge elle eut voix que les Auglois debvoient venir en France, respond : que ils estoient jà en France quand ses voix commencèrent à venir,
Intel rogée se elle fut oncques avec les petits enfants qui se combattoient pour le party des Anglois et des François, respond : que non, dont elle ayt mémoire; mais a bien veii que aucuns de ceux de leur ville s'estoient combattus contre ceux de Marey ; et en revenoient aucunes fois bien blessés et saignants.
Interrogée se, en son jeune âge, elle nvoit grande intention de persécuter les Bourguignons, respond : qu'elle avoit bonne volonté que le roy eust son royaume.
Interrogée se elle eust bien voulu estre homme^ quand elle sceut qu'elle debvoit venir, dit : que autresfois y avoit respondu.
Interrogée se elle menoit point les bestes aux champs, dit : qu'elle a respondu : et que despuis qu'elle a esîé grande et qu'elle a eu entendement, ne les gardoit pas, mais aydoit bien à les conduire es prés en un
chastel nommé l'Isle, pour double des gens d'armes ; mais de son jeune âge, se elle les gardoit ou non n'en a pas la mémoire.
Item , interrogée de l'Arbre, i espond : que assez près de Domp-Remy, a un arbre qui se appelle l'Arbre des Dames, et les aulrcs ra[)pellent l'Aibre des Fées; ei auprès a une fontaine; et a ouy dire que les gens malades de Kebvres en boivent ; et niesme en a veu aller quérir pour en guérir ; mais ne sçait se ils en guérissent ou non.
Item , dit : qu'elle a ouy dire que les malades, quand ils se peuvent lever, vont à l'Arbre pour leur esbattre. Kl dit : que c'est un grand arbre nommé Fou, dont vient de beau may; et souloit estre à monseigneur Pierre de Bolémont.
Item , dit : qu'elle alloil aucunes fois avec les autres jeunes filles , en temps d'esté , et y faisoit des chapeaux pour Noslre-Dame de Domp- Remy.
Item, dit : qu'elle a ouy dire à plusieurs anciens, non pas de son lignage, que les fées y repairoient ; et a ouy dire à une nommée Jebanne, femme du mary de la fille de sa marraine, qu'elle les avoit veues là. Se il esioit vray, elle ne sçait.
Item , dit : qu'elle ne vit jamais fée qu'elle sache , à l'arbre ne ailleurs.
Item , dit : qu'elle avoit veu mettre es branches dudit arbre des chapeaux ])ar les jeunes filles ; et elle mesme y en a mis avec les autres filles; et aucunes fois les emportoient, et aucunes fois les laissoient.
Item, dit : que despuis qu'elle sceui qu'elle debvoit venir en France, elle Ht pou d'esbatemeuls , et le moins qu'elle peust ; et ne sçait point que, despuis qu'elle eut cntendenjent, qu'elle ayt dansé près dudit arbre; mais aucunes lois y peut bien avoir dansé avec les enfants; mais y avoit plus chanté que dansé.
Item, dit bien : qu'il y a nn bosc que on appelle le Bois Chesnu, que on voit de l'huys de son pjrc ; et y a petite espace, non pas d'une lieue ; mais qu'elle ne sçait, ne ouyt oncqucs dire, que les fées y repairasseiit.
Item, dit : qu'elle a ouy dire à son père que on disoit au pays qu'elle avoit ])rins ses révélations à l'Vrbre des Fées; mais non avoit; et lui disoit bien le contraire. Et dit outre : quand elle vint devers le roy, que aucuns demandoient se en son pays avoit point de bois que on appellasl le Bois Chesnu; car il y avoit prophéties qui disoient : (jue de devers le Bois Ciiesnii debvoit venir une |)ucelle qui venroit faire merveilles; mais en ce n'a point adjousté de foy.
Interrogée se elle voudroit avoir habit de femme , rcspond : « Se « vous m'en voulez donner congé, baillez m'en un, et je le prendray » et m'en iray, et autrement non; et suis contente de celui-ci, puisqu'd •> plaist à Dieu que je le porte. »
Aj)rès les inierrogntions ainsi laites, fut faite assignation au mardy ensuivant, à heure de huit heures, demain; et furent requis les assistants de eux y trouver ledit jour, à heure dite, affin qu'ils ne fussent jioinl intéressés ', le manly ensuivant, qui fut le viugt-scptiesme jour du mois de février, après le dimanche Remiiuinere , en l'an mil quatre cents trente , pour la quinte session.
\ C'est-à-dire sous pciue d'être frappcj da:is leurs intérèls, d'être mis à fanisnde.
DES OOCIMENTS SIU LA l»l CELLE. 405
CINQUIEME IXTERROGATOIHF..
(D» mardi 27 février.)
IVemièreinent , furent appelles tous les assisratils ; et en leur présence fut rcqiisc ladite Jeliiniio , par monseigneur l'évesque de Beauvais , de jurer et faire serment de ce que touclioil son pr.icès. A (juoy elle respondit: <pie volonliers elle jureroii de ce qui loiiclieroil son pro. ces, nmis non pas de tout ce (pi'elie sçauroit.
lUin , derechef fut recptise par le>lit év(>sque,de re>ipondre ve'rittf de loni ce ([ui lui seroit demandé. Respond comme dcv.mt : «Il me semble » que vous dt-bvez eslre contents; car j'ay assez juré. »
Item, parle commandement de mons iyneur de Beauvais, maistre Jelian Bcai'- l'ère comiuenç» à inlcrrogcr ladite Jehanne; et lui demanda comment elle s'est portée depuis le samedy. Ucspond : « Vous voyez » que je me suis porlée le mi. ux que j'ay peu. »
Jnterrojite se elle jeusnoit tous les jours de ce carcsme, respond : n Cela est-il tie vostre procès ? » A quoy ledit Beau-Père dit : « Uni , » vrayment, il sert au procès » Respond : » Oui, vraymeut j'ay loiis- » jours jeusné. »
Interrogée se despnis samedy elle a ony sa voix , respond : a Oui , « vrayment , beaucoup de fois. •>
Interrogée se samedy elle l'ouyt en ccste salle, respond : <> H n'est point en vosire procès. » Et après dit : que oui.
Interrogée que samedy elle lui dit, respond : « Je ne la entendois » pas bien ; et u'entendois chose que je vous puisse recorder jusques I) au retour h ma chandire. »
Interrogée qu'elle dit, quand elle fui retournée à sa chambre, respond : Il Que je sous respondisse hardiment. » El dit : qu'elle deman-f di.it conseil des choses qu'on lui demandoit.
Item , dit : ce qu'elle aura congé de Nostre-Seigneur de révéler, elle le dira volontiers ; mais de ce cpii louchera les révélations louchant le roy de France, elle ne le dira pas sans congé de sa voi.x.
Interrogée se la voix lui a deffendu qu'elle ne disl tout, respond : qu'elle n'a pas encore bien entendu.
Interrogée (pie la voix lui dit , respond : qu'elle demandoit conseil d'aucunes choses que on lui avoit demandées.
Interrogée se elle lui donna conseil d'aucunes choses , respond : que d'aucuns pciinls elle a eu conseil.
/<£•»(, dit aussi : que d'aucuneschoses lin pourra l'on demander response, dont elle ne respondra pas sans congé; et se elle respoiidoit sans congé par advcnliire , elle ne les auroit point en garant : « Et (piand je auray » congé de Nostre-Seigneur, je ne doubleray point à respondre ; car je » auray bon garant. »
Interrogée se ce estoit voix d'angel , ou de saini, ou de s.iinie, ou de Dieu sans moyen ', respond : que c'est la voix de saintes Catherine et Marguerite. « Et leurs ligures sont couronnées de belles comonnes » moult richement et moult précieusement. Et de ce j'ay congé de Nos- » lie-Seigncur. Se de ce vous faites double, envoyez à l'oilicrs, oi'i aii- » iresfois ay été interrogée. »
Interrogée, qu'elle srait que ce sont ces deux saintes, el se elle cognnisl
l Internié.li ire.
406 ANALYSE RAISOTVIVÉe
bien l'une et l'antre, responil : qu'elle srait bien que ce sont elles, et que elle cojynoist bien l'une et l'antre.
Interroj^ée comme clic cognoisl bien l'i;ne et l'autre, respond : qu'elle les co{][noist par le salut qu'elles lui font.
Item, dit : qu'il y a sept ans que la {)remière fois lui ont appris à se {]Ouverner.
Item , dit : qu'elle les cognoist mesme pource qu'elles se nomment à el'e.
Interroge'e se elles estoient vestues d'un mesme drap, respond: « Je » ne vous en diray maintenant autre chose; - et qu'elle n'a pas congé de révéler. « Et se vous ne me croyez , allez à Poitiers. »
Jtcm , dit : « I! y a des révélations qui vont au roy de France , et non » pas à ceux qui Tinterrogent. v
lulerrogée se elles sont de mesme âge, respond : « Je n'ay pas congé » de vous le du'e. »
Interrogée se elles parlent ensemble, ou l'une après l'autre, respond: « Je n'ay pas congé de vous le dire, et toutesfois j en ay tous les jours » conseil de toutes les deux. »
Interrogée laquelle apparut la première, respond : « Je ne les cogneiis 11 pas si tost. » El l'a bien sceu aucunes fois, mais l'a oublié; et s'elle a conseil, le dira volontiers; et ce est en registre tie Poitiers.
Item, dit aussi : qu'elle a eu le conseil de saint Michel.
Interrogée lequel vint le premier , respond : que ce fut samt Michel.
Interrogée se il y a gnères de temps, respond : « Je ne vous nomme » ])oint de voix de saint Michel , mais de grand confort. »
Interrogée qui estoit la première voix qui vint à elle en l'âge de treize ans , respond : que ce fut saint Michel qu'elle vit devant ses yeux ; et n'esloit pas seul , mais estoit bien accompagné de angels du ciel. Kt dit outre : que elle ne vint en France sinon du commandement de Dieu.
Interrogée se elle vit saint Michel 'et les angels corporellcment et formément , respond: « Je les vis de mes yeux corporels, aussi bien » que je vous vois. » Et quand ils se partirent de elle , elle pleuroit ; et euslbien voulu que ils l'eussent emportée.
Interrogée en quelle figure estoit saint Michel : « Je ne vous ay pas » encore respondu, et je n'ai point encore congé de le dire. »
Interrogée à celle première fois que saint Michel lui dit , respond :' " Vous n'en aurez ennuit ' response. »
Interrogée se il estoit nud : « Pensez-vous, respondit-elle, que Nostre- )i Seigneur n'ayt de qnoy les vestir? »
Interrogée se ledit saint Michel avoit sa lance, respond : «Je n'en sçay rien. »
Item, dit : qu'elle a grand' joie quand elle le voit, et dit ([u'il lui est advis, quand elle le voit, qu'elle n'est pas en pesché mortel.
Item, dit : que sainte Caiherine et sainte Marguerite la font volontiers confesser; c'est à sçavoir de fois à autre.
Item , (lit : que se elle est en ])esché mortel, elle ne sçait.
lulerrogée . quand elle se confesse, se elle cuide estre en pesché mortel alicunes fois, respond: qu'elle ne sçaii se elle y a esté, mais n'en cuide poiiu avoir fait les œuvres. « Et jà ne plaise à Dieu que je
\ A présent.
DES DOCÛMEINTS SUR LA PLCÈtLE. 407
» y fusse oiirques ; et jà ne plaise à Dieu que j'en fasse les œuvres , du « que je les aye faiies, par (pioy mou anie soit chargée de pescljé mortel !»
Interrogée quel si{;ue elle donua à son roy, pour lui nionstrer c[u'ellc venoit de par Dieu, respond : •• Je vous ay tousjoiirs respoiulu que » vous ne me le tirerez jà de la bouche : allez le lui demander. »
Interro.j;ée se elle a juré non révéler ce qu'on lui demandera touchant le procès , lespond : <• Je vous ay autresfois dit que , ce qui r touche le roy, je ne vous le diray pas ; mais ce qui louche le procès " et la foy, je vous le diray. «
Interrogée se elle sçait point le signe, respond : « Vous ne le sçaurez » pas de par moi. »
Item , lui fut dit que ce louche le procès. Respond : « Je le dirois » volontiers; mais de ce j'-iy prom s tenir bien secret, et je ne le vous i> diray point; je l'ay promis en tel lieu que je ne le vous puis dire sans » moy parjurer. »
Interrogée à qui elle a promis, respond : que à sainte Catherine et à sainte Marguerite; et ce fut monstre au roy.
Item , dit : qu'elle leur promit , sans qu'elles la requissent, et à la requeste d'elle qui parle. Et dit : que trop de gens lui eussent demande , se elle ne f'eust promis.
Interrogée se , en la coinpagnée où elle monstra le signe, se il y avoit autre jjersonne que le roy, respond : « Je pense, il n'y avoit autre » personne que lui , combien (|ue assez près il y avoit assez de gens. »
Interrogée se elle vil point de couronne sur la leste du roy, quand elle monstra le signe, respond : « Je ne le vous puis dire sans nioy par- » jurer. »
Interrogée se il avoit couronne à Reims , respond : que elle pense que celle qu'il trouva à Reims , il la priai en qré ; mais une bien plus riche lui fust apportée après; et le fit pour hasier, à la requesie de ceux de la ville , pour éviter la charge des gens d'armes; et s'.l eust attendu , il eust esté couronné en une plus riche mille fois.
Interrogée se elle a veu la couronne qui est plus riche, respond : « Je » ne le vous puis dire sans moy parjurer ; et se je ne l'ay veue , je ay » ouy dire qu'elle esloit si riche. »
Et après les interrogations ainsi faites , fut faite assignation à tous ies assistants , au samedy ensuivant, heure de huit heures du inatiii ; et furent requis lesdits assistants' de eux y trouver au jour et à l'heure dessusdile , qu'ils ne fussent intéressés ; c'est-à-dire sur certaines peines.